‹ Esquisses de philosophie morale, trChapitre 58 sur 73 · Ce ne sont pas seulement les lois les plus · texte numérisé non relu

Ce ne sont pas seulement les lois les plus

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générales des corps terrestres qui étendent leur empire jusqu'aux parties les plus éloignées de l'univers. Il y a lieu de soupçonner que l'arrangement des détails à la surface des planètes est à peu près le même qu'ici-bas.

278. Malgré l'intérêt qui s'attache aux spéculations physiques, on trouve plus de plaisir encore à démêler l'uniformité de dessein déployée dans le monde moral; soit que rapprochant les instincts des hommes de ceux des bêtes , et les instincts des diverses espèces d'animaux les uns des autres, on s'attache à saisir parmi cette étonnante variété de moyens employés à l'accomplissement d'un même but, l'analogie qui leur imprime un caractère commun; soit que, retrouvant dans l'ame des différens individus de notre espèce l'influence des mêmes affections et des mêmes passions, on suive l'uniformité de leurs effets chez les hommes de tous les rangs et de tous les pays. Et de là le charme singulier qui s'attache à ce qu'on appelle la nature dans les compositions épiques et dramatiques , alors que le poète parle un langage qui trouve un écho dans tous les cœurs , et fait entendre des accens qui percent à travers les préjugés de l'éducation et de la mode, et rappellent aux lecteurs ou aux spectateurs de toutes les classes l'existence de

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ces lieDS moraux qui unissent chaque homme à son semblable , et tous ensemble à leur commun créateur.

279. Avant d'abandonner ce sujet il est bon de faire une remarque : c'est qu'on ne doit pas considérer les raisonnemens métaphysiques que nous avons employés pour Téclaircir, comme faisant partie de l'argument qui prouve l'existence de Dieu. Cet argument^ comme nous l'avons d'abord annoncé, est la conséquence immédiate des deux principes que nous avons posés en débutant. Les explications qui ont suivi n'avaient point pour objet de confirmer la vérité de la proposition , mais de combattre les ai^uties que le scepticisme a dirigées contre elle.

280. Mais le raisonnement et la réflexion sont nécessaires pour élever notre esprit à la notion sublime des attributs divins, et le guérir des préjugés qu'élèvent eu lui des vues liiïiitées et fausses de la nature. Tant que l'attention humaine s'attache à des apparences isolées et partielles, le polythéisme s'offre à elle comme la croyance la plus vraisemblable : ce n'est que lentement et par degré que la philosophie entr'ouvre ces magnifiques perspectives de l'univers, au sein desquelles les événemens physiques et mol'aux enchaînés se manifestent à nous comme les

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élémeas d'un seul système et les moyens d'un même plan.

281. Les objections sceptiques dont nous avons parlé ne sont pas les seules qu'on ait proposées contre la spéculation des causes finales : d'autres ont été faites dans des vues très différentes. Descartes, en particulier, regardant l'existence de Dieu comme suffisamment établie par d'autres preuves, la considérait comme une tentative non moins absurde qu'impie, de pénétrer dans les desseins de la Providence, et la bannissait entièrement des recherches philosophiques. On trouve dans les ouvrages de Maupertuis et de Buffon quelques observations à peu près dans le même sens. Boyle, dans un essai spécial sur ce sujet, a répondu d'une manière satisfaisante à cette classe d'objections.

282. A l'appui de cette opinion des philosophes français, on a fréquemment cité l'autorité de Bacon ; mais un examen attentif de ses écrits montrerait que les critiques dirigées par lui contre Aristote et ses sectateurs relativement à leurs conjectures sur les fins et les intentions de la nature n'attaquent pas la doctrine elle-même, mais simplement l'abus qu'on en faisait dans l'école péripatélique. Selon lui, c'est une ques-

lion qui n'appartient pas à la philosophie naturelle, mais à la métaphysique ou à la théologie, et qui ne contribua pas peu à égarer les péripatéticiens dans leurs recherches physiques. Dans un ouvrage qui avait pour but d'expliquer la vraie méthode d'investigation philosophique , il était nécessaire de faire ressortir l'absurdité de la confusion des causes physiques et des causes finales, et l'erreur que l'on commettait en substituant des conjectures sur les desseins de la nature à une exposition de ses opérations. Peut-être même était-il sage d'appuyer sur la nécessité de bannir entièrement du domaine de la physique de pareilles spéculations, dans un temps où les véritables règles de la méthode étaient si imparfaitement comprises. Mais que Bacon ait voulu condamner la spéculation des causes finales , renfermée dans ses véritables limites et appliquée à son objet propre, c'est une erreur non moins victorieusement démentie par une foule de passages particuliers de ses écrits, que par leur caractère et leur tendance générale.

283. À présent que la vraie méthode de philosopher en physique est assez généralement comprise, il nous semble moins nécessaire de bannir les causes finales de cette branche de la science; pourvu toujours qu'on les distingue des causes physiquesaveclesquelles il n'y a plus guère

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de danger qu'on les confoùde impriidemment.

Moyennant cette précaution , la considération des causes finales , loin d'égarer , peut fréquemment servir à diriger nos recherches. Cest, au fait, une manière de raisonner familière à tout philosophe, quelle que soit son opinion spéculative sur la religion naturelle. Ainsi, dans l'étude de l'anatomie , on procède toujours d'après cette maxime, que rien dans le corps d'un animal n'a été fait en vain; et lorsqu'on trouve une partie dont l'usage n'est point évident, on n'est point satisfait qu'on n'ait découvert, au moins en partie, le but auquel elle est destinée. « Je » me rappelle, dit Boyle, que lorsque je deman- » dai à notre fameux Harvey comment il avait été » conduit à l'idée de la circulation du sang, il » me répondit que quand il s'aperçut que les val- » vules de tant de veines étaient placées de ma- » uière à laisser un libre passage au sang vers » le cœur tandis qu'elles lui fermaient tout accès » dans la direction contraire, il ne put croire que » la nature, si pleine de providence, eût placé là )> tant de valvules sans dessein ; or puisque le » sang ne pouvait, à cause de l'interposition des » valvules, être envoyé aux membres par les vei- » nés, rien ne paraissait plus raisonnable que de » supposer qu'il était envoyé aux membres par » les artères et revenait par les veines dont les 9 valvules ne mettaient plus alors d'empêchement » à ion cours. »

28Â. Une exposition des avantages et des abus possibles y attachés aux spéculations concernant Ws causes finales , est encore un desideratum dans la science, et formerait une importante addition à cette branche de la logique qui a pour but d'établir les règles de l'investigation philosophique.

ARTICLE IL Des attributs moraux de Dieu,

285. Les observations précédentes qui renferment en substance les principaux argumens en Faveur de Texistence de Dieu démontrent en même temps son unité, sa puissance et sa sagesse. On peut dire avec vérité de ces deux derniers attributs, qu'ils sont infinis, c'est-à-dire que notre imagination ne peut leur donner de bornes, et que la conception que nous en avons s'élève toujours, à mesure que nos facultés reçoivent plus de culture et que notre connaissance acquiert un développement plus étendu. Ceux qui ont écrit sur la religion naturelle donnent ordinairement une énumération des attributs de Dieu , qu'ils divisent en naturels j intellectuels et moraux , et dont ils traitent longuement et d'une manière systématique. Nous ne pouvons adopter ici cette façon d'envisager le sujet, quels que puissent être ses

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