‹ Esquisses de philosophie morale, trChapitre 7 sur 73 · XVJ PRÉFACE · texte numérisé non relu

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intelligence se fie à elle-même quand elle regarde au dehors, pourquoi ne s'y fieraitelle pas quand elle regarde au dedans, et comnient, restant la même et voyant également dans les deux cas, pourrait-elle inégalement croire à la réalité des phénomènes qu'elle découvre? Elle peut remarquer que les organes des sens Tinduisent quelquefois en erreur , et que les yeux , par exemple , soumis à certaines lois physiques, lui font voir rond dans quelques cas ce qui est réellement carré. Mais une fois prévenue de ces causes d'erreur qui ne viennent pas d'elle mais de son instrument, et ses précautions prises contre leur influence , il n'y a plus dé raisons pour qu'elle croie moins à ce qu'elle voit qu'à ce qu'elle sent, ni moins à ce qu'elle sent qu'à o^ qu'elle voit. Ce n'est donc pas seulement ua fait, mais une nécessité très facile à compr^sidre, que les informations des sens et celles de la conscience aient, à nos yeux, la même certitude.

Le fait que nous venons de constater nous

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révèle une vérité importante, c'est que notre intelligence a deux vues distinctes : l'une sur le dehors par l'intermédiaire des sens , l'autre sur elle-même et les faits qui se passent dans le for intérieur, sans aucun intermédiaire. La première de ces deux vues est Yabservatian senMle ; la seconde est \ob%îTvati(m interne , qu'on appelle aussi conscience ou sens intime. Il y a donc deux observations bien distinctes , également réelles, et d'une égale autorité. Ce que nous affirmons ici n'est pas un système ^ ce sont des faits aussi certains, aussi palpables qu'il y en ait ; et parce que les naturalistes n'ont aperçu que l'observation sensible et n'ont pas remarqué l'autre , celle-ci n'en existe pas moins, n'en agit pas moins en eux comme dans le reste des hommes , et n'en doit pas moins être reconnue comme un fait incontestable de la nature humaine.

Ces deux vues ou ces deux observations ont chacune leur sphère spéciale et distincte; en sorte que les sens ne peuvent pénétrer dans la sphère de la conscience ni la cons-

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cience dans la sphère des sens. Ce fait est remarquable^ et mérite qu'on s'y arrête. Rien de ce que nous sentons au dedans de nous n'est perceptible pour les sens ; rien de ce que les sens peuvent saisir n'est perceptible à la conscience. Le phénomène de la sensation en offre un exemple bien frappant. Il se compose de deux parties distinctes : une impression matérielle est produite sur l'un de nos organes par une cause quelconque ; cette impression est transmise au cerveau par le moyen des nerfs ^ et il en résulte en nous tantôt un sentiment douloureux ou agréable^ tantôt un sentiment et une idée. La nécessité de l'action d'une cause extérieure sur l'organe^ et de la transmission de cette action au cerveau par l'intermédiaire des nerfs^ pour que le sentiment et ridée soient produits en nous^ est une donnée de l'observation sensible ; mais toute l'attention possible^ aidée des meilleurs instrumens^ ne pourrait lui révéler ni le sentiment^ ni l'idée : ces faits échappent aux sens. D'un autre côté la conscience sent parfaitement

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le plaisir ou la douleur, perçoit très bien l'idée^ mais elle ne reçoit aucune notion ni de Torgane, ni du nerf ^ ni die l'impression faite sur Tun^ ni de la transmission opérée par l'autre. Jamais^ sans les informations de l'ob-^ servation sensible^ nous n'aurions appris que la sensation et l'idée sont précédées dans le corps de pareilles circonstances. Il en est de même du phénomène du mouvement volontaire; nous avons conscience de notre détermination^ mais nous n'avons pas conscience de la contraction musculaire qui opère ce mouvement ni du mouvement lui-même. Car ce qu'on appelle le sentiment de l'effort n'est autre chose que la conscience de la sensation plus ou moins douloureuse que la contraction musculaire nous cause ^ et point du tout la perception de cette contraction. Tout ce qu'il y a de physique dans la production du mouvement et le mouvement lui-même^ ne nous est révélé que par l'observation sensible, qui à son tour ne peut en aucune façon percevoir le phénomène de la détermination volontaire. Ainsi ^

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