DE L'AUTEUR
Des hommes instruits ont souvent pensé que l'Horticulture serait essentiellement avancée, si les principes physiologiques , dont le succès de ses opérations dépend , étaient réduits en une série de simples lois qui pourraient se pVésenter facilement h la mémoire de ceux qui ne veulent ou ne peuvent s'adonner à l'étude sérieuse et détaillée des phénomènes compliqués de la vie végétale.
L'importance de ces lois est si grande, qu'il n'y a pas la moindre pratique du jardinier, du laboureur ou du forestier dont la raison puisse être comprise, si
— xg — elle a rapport au règne végétal , sans la connaissance de ces lois.
A, la vérité, il est arrivé que plusieurs faits très intéressans d'Horticulture , d'Agriculture et d'Arboriculture ont été découverts par hasard ; tous les jours des améliorations se doivent à la même cause ; mais on ne saurait douter que cei» découvertes ou ces améliorations n'eussent été faites depuis long-temps, si l'on eût connu plus tôt l'exact principe des lois donif elles ne sont qfue les résultats. ^
Il ne peut , au reste , y avoir qu'un petit intérêt pour l'homme intelligent,* à observer le succès des opérations dont les raisons lui sont inconnues, .surtout si l'on Ci(Mupare cet intérêt à celui qu'on éprouve quand on peut prévoir tous les phénomènes qui appartiennent à l'art , que l'on peut (aireanticiper.leurs résultats ou apprécier les causes de leur non-réussite.
Il est également manifeste quQ quel-
— xiij — que habile que puisse devenir un homme par la seule force de l'habitude, et cela en suivant certaines règles que Fexpë^ rience a ou parait avoir sanctionnées, il devrait cependant s'attendre à obtenir beaucoup plus de succès s'il agissait d'après des principes fixes dont la vérité est bien constatée, au lieu de suivre des recettes empiriques dont il ne peut .comprendre les motifs.
Il ne faut pas non plus conclure de cette dernière observation que les règles de la culture doivent être négligées quand elles ne peuvent s'expliquef physiologiqucment. Au contraire, un mode de culture ayant été suivi pendant une certaine période par. des personnes expérimentées et fortement intéressées aux succès de leurs entreprises, devrait acquérir une grande autorité ; car il est bien connu qu'il existe beaucoup de faits importans dont les raisons sont ou très obscures ou tout-à-fait incompréhensibles, b
-- xir —
C*est dans les écrits des botanistesphysiologistes qu'on trouve ce que Ton sait des relations de la Botanique avec la culture des plantes; mais cela y est toujours si confondu avec d'autres matières, qu'il est impossible au lecteur ordinaire de dire ce qui traite d'Horticulture ou d'an autre sujet.
Je ne sais pas s'il existe actuellement en aucune langue , un ouvrage exclusivement destiné à séparer cette partie de la physiologie végétale qui a rapport à la science de la culture , de ce quiappar* tient à la Botanique pure ou à d'autres sujets ; je n'ai même pu apprendre qu'on ait eu en vue d'écrire un tel ouvrage.
J'ai donc été conduit à présenter ce petit ouvrage au public, d'abord , parce que je suis persuadé qu'il vaut mieux de faire un essai imparfait que de n'en pas faire du tout; et, 'secondement, parce qu'on a fait un accueil favorable à quelques idées sur ce sujet que j'avais hasar-
^' dées dans un ouvrage publié il y a quel-
^^ ques mois (l).
^ Les propositions qui suivent ont été
^^ rédigées sur le même plan que cellesd'un
^' ouvrage élémentaire de Botanique (â),
1^ publié d'abord à l'usage des leçons de
'' Botanique de l'Université de Londres,
mais qui , arrivé à sa seconde édition en ^ Angleterre, traduit en français et en alle-
mand et réédité dans l'Amérique septen- * trionale, peut être considéré comme
^ ayant atteint le but auquelje le destinais,
celui <t de réduire les premiers principes de Botanique à leur plus simple expression. »
' (1) Guide du verger et du jardin potager, par
Georges Lyndley G. M. H. S. in-8o un vol.
(2) Esquisses despremiers principes de Bota^ nique, un vol in-18 2«™« édition , Londres 1831 . (•a troisième édition de cet ouvrage est actuellement $0118 presse h Londres. Nous comptons le trtduire et J^augmenier de notes.
{Note du traducteur,)
— xvj —
Ici , pareil but a été teha en vue. Mon intention n'a pas été d'écrire un ouvrage sur la philosophie de l'Horticulture, mais simplement elle a été de démontrer de la manière la plus simple et la pins claire ce que sont les principes fondamentaux de cette philosophie.
L'explication de ces principes a nécessairement été, dans tous les cas, très concise , mais il n'y aura pas de désavantage à ce laconisme , si l'ouvrage n'est qu'an exercice pour la mémoire et la raison, ou un guide pour la pratique.
Peut-être croira-t-on que beaucoup de points qu'on aurait désiré d'y introduire ont été omis , tels que l'influence de l'électricité sur la végétation, la théorie des engrais , celle de la taille et des pépinières , les difierentes manières de greffer, etc. , mais il est possible qu'une légère considération démontre que ces objets n'entrent pas strictement dans le but de l'ouvrage.
En premier lieu , on doit faire une distinction entre l'art et la science de l'Horticulture; le premier enseigne la manière , la seconde la raison de la culture ; et ce n'est qu'à celle-ci que ces propositions s'appliquent. Secondement, le plan de ces esquisses exclue tout ce qui est simple spéculation , ou ce qui est incapable d'être réduit en certains principes fixes.
L'électricité est une force dont nous ne savons presque rien de certam , par rapport à la végétation. Si l'on a beaucoup écrit sur cette matière, on doit avouer an moins qu'on a prouvé bien peu de chose.
On peut en dire autant des engrais : la théorie de leur action est expliquée aux paragraphes 19, 262 et 266.
Tailler et élever les plantes forment une partie de l'art de la culture et dépendent d'une grande variété de lois physiologiques dont la courte explication forme
X¥llj
l'objet de cçi ouvrage. Quelques avis sur ce sujet se .trouyent irëanmoins aux chapitres III j I^, VI et VIII.
Les différentes manières de greffer forment aussi partie de l'ari de raorticulture et sont des déductions des lois expliquées au chapitre XIV.
Conclusion : le lecteur doit se rappeler avant tout qu'il ne peut former son opinion sur aucun point par la simple lecture d'une ou de deux propositions isolées, mais il doit la former sur l'ensemble des phénomènes qui forment l'objet des pages suivantes. Il trouvera que les actions vitales dépendent tellement les unes des autres et sont d'une nature si compliquée , que tandis que le tout ne peut être compris sans Fétude des parties, de même aucune des parties ne peut être exactement comprise sans une connaissance du tout.