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FRAGMENTS D'UNE COMÉDIE ANTIQUE

15 octobre 1887.

On va lire la traduction de plusieurs fragments comiques découverts récemment dans un couvent du mont Athos. On y reconnaîtra le sel un peu acre de la vieille comédie attique. On pourra même y deviner la main de quelque imitateur maladroit d'Aristophane. Les procédés sont les mêmes, sinon le génie. Mais, à défaut de mérite littéraire, ce petit ouvrage d'un auteur sans nom intéresse les moralistes. Il démontre plusieurs choses extrêmement neuves, dont voici les principales :

1° Quand l'amour du gain fait les fripons et que la vanité fait les dupes, les seconds n'ont pas grand'chose à reprocher aux premiers.

2° Il existe, même dans les démocraties, un furieux appétit de noblesse et d'inégalité, admirable mine pour les parasites et les charlatans.

3° Il se rencontre, dans les sociétés encore enfantines ou qui le redeviennent, des marchands d'honneur et des marchands de scandale. Le difficile est de se débarrasser des uns sans faire prospérer les autres.

4° Le premier instinct du publie, devant les maladies morales comme devant celles du corps, est de crier à l'épidémie et de mettre en quarantaine même les gens bien portants.

5° Il est ordinaire que l'amour-propre national se mêle à tout cela, que les Barbares se glorifient des scandales d'Athènes, et qu'Athènes en rougisse surtout à cause des Barbares, comme si la valeur d'un peuple se montrait plutôt par les infamies, de quelques particuliers que par la force publique des lois qui les découvrent et les châtient.

Combien de comédies meilleures ne renferment pas de meilleures leçons !

Il faut ajouter, pour la gloire ou pour l'excuse du poète, quel qu'il soit, qu'une plaisanterie rude atteint plus à fond certains vices que toutes les déclamations du monde ; enfin qu'il n'est pas plus défendu aux faiseurs de comédie qu'aux faiseurs d'articles démontrer les petits côtés des choses graves et les côtés gais des choses tristes.

Voilà sans doute ce que l'auteur aurait mis dans son prologue, s'il avait eu l'idée d'en faire un.

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