PAYS CONQUIS
(Extrait du IIe Livre des Rois.)
1. Et ainsi Salmanasar, roi d'Assyrie, avait dompté et pris Samarie avec toute la province qui s'étend jusqu'aux hautes montagnes ;
2. Et il avait relevé les forteresses, édifié sur les hauts lieux des temples en bois de cèdre couverts de lames d'or, et il traitait tout le pays comme si c'eût été son patrimoine ;
3. Et, la nuit, quand la lune éclairait, l'acier des casques reluisait entre les créneaux des villes;
4. Et Salmanasar disait à ses ministres, dans Babylone : « Voilà que les enfants d'Israël tremblent devant moi: ils m'ont adopté pour père et ont oublié leur première patrie. Les bœufs regimbent d'abord ; leur corne est indocile; puis ils acceptent le joug, et leur front se baisse de lui-même. »
5. Cependant ceux qui étaient restés dans la terre de Juda pensaient à leurs frères séparés d'eux, et gémissaient en disant : « Est-il vrai qu'ils nous aient oubliés ? Hélas ! ils acceptent peut-être leur nouveau roi de bonne grâce. L'olivier est d'abord un sauvageon qui ne donne que des fruits amers ; puis il se laisse
cultiver, et à la fin il porte pour son maître des fruits de douceur et de servitude » ;
6. Et les habitants de la province captive pensaient qu'ils ne renieraient point leurs frères, et gémissaient en disant : « Pour nous, quand le roi d'Assyrie se lèverait encore une fois et viendrait encore une fois dans ce pays avec ses chars de guerre, nous écrasant comme les grains sous la meule,
7. Il n'obtiendrait pas de nous faire renoneer à ceux qui sont sortis des mêmes entrailles que nous et, dans des berceaux pareils, ont sucé le même lait ;
8. Mais qui peut savoir si ceux que nous continuons d'aimer se soucient encore de nous? Ne serait-il pas fou, l'agneau qui s'en irait en bêlant vers le berger, si le berger se détournait de lui et consentait à le voir déchirer par le lion? »
9. Cependant les captifs étaient tranquilles en apparence; ils travaillaient, ils tissaient le lin, ils cultivaient la terre, ils allaient et venaient dans les villes;
10. Et ainsi Salmanasar se réjouissait, attestant ses dieux et disant : « Vous voyez bien que les enfants d'Israël que j'ai domptés par la force sont devenus par la persuasion mes propres enfants !
11. Si je leur demandais quel maître ils préfèrent, assurément ils me choisiraient. Et j'atteste mes dieux que c'est pour cela que je les garde sous ma domination. Car, autrement, les asservir malgré eux, comme des bêtes de somme ou de labour, ce serait l'injustice même. »