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LE CARDINAL GUIBERT, ARCHEVÊQUE DE PARIS

17 juillet 1886.

L'archevêque de Paris a été une des belles et curieuses figures de ce temps. Il aura sa place, une place unique, non seulement parmi nous, mais dans la longue série de nos archevêques. Rappelez-vous que ce siège a été occupé jadis par le cardinal de Retz, le prélat le moins détaché du monde, le moins évangélique des ministres de l'Évangile ; par Hardouin de Péréfixe, brave homme un peu épais, plaisant et emporté, d'un gros bon sens trivial; par François de Harlay, habile et maître de lui, fin politique, beau parleur et dépravé ; par le cardinal de Noailles, doux, faible et pâle ; par Christophe de Beaumont, grand seigneur et bel esprit ; enfin, plus près de nous, par M. de Quélen, homme d'autrefois, poudré, aristocrate, fin appréciateur du talent, et par Msr Darboy, travailleur infatigable, esprit sec et tendu, ami du pouvoir,

hautain avec ses inférieurs, spirituel et charmant dans le commerce du monde : voyez si parmi ces prédécesseurs fameux il en est un seul qui ressemble au cardinal Guibert. Tournure, esprit, caractère, tout chez ce dernier était original. . Sa figure osseuse, avec les traits forts, avec une étrange physionomie ; ses sourcils noirs, tandis que ses cheveux étaient tout blancs, lui donnaient une première apparence de dureté ; mais les yeux étaient clairs et bons. Dans sa soutane rouge, avec sa calotte de velours rouge, s'avançant d'un pas décidé, la tête en avant, il eût été admirable à peindre. Chose singulière, causant avec beaucoup de gaieté et de mordant, écrivant à la perfection, il était ennuyeux en chaire. Le public ne l'inspirait pas. Avec une haute intelligence et un vif sentiment du style, il ne fut pas orateur sacré ; avec une profonde érudition, il ne fut pas docteur de l'Église. Que fut-il donc, pour espérer que son nom survive ?

Il fut un politique et il fut un saint. Ce sont là deux mots qui jurent un peu, je le sens bien; mais c'est dans cet accouplement que je vois la grande originalité du cardinal Guibert. Politique, personne ne niera qu'il n'ait eu la situation la plus difficile qui puisse être faite à un pasteur d'hommes ; personne ne niera qu'il n'y ait apporté, entre autres talents, le plus rare chez ceux qui gouvernent : celui de se faire oublier. Il n'a jamais parlé ni écrit sans nécessité ; toujours il l'a fait en vue de prouver ou de défendre quelque chose. Il a généralement été doux avec les hommes et intransigeant avec les idées. Loin de partir en guerre,

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