‹ Esquisses et sentencesChapitre 11 sur 57 · L'amitie consiste dans un echange de · texte numérisé non relu

L'amitie consiste dans un echange de

bons offices, de meme que la politesse dans un ^change de bons precedes.

139. — La nature s'estmontree bonne justiciere en voulant que nous fussions aussi facilement oublies de nos amis, dans Tadversite, que nous en sommes volontiers oublieux au jour de la pros perile.

140. — Nous devrions quelque reconnaitjsancea nos amis pour leurs defauts et leurs travers, puisqu'en definitive, ce sont eux qui eprouvent Tamitie et nous font un merite de leur rester attaches.

141. — L'affection de Thomme dont les travers nous font souffrir a pour effet de rendre ceux-ci encore plus insupportables , lorsqu'ils ue parviennent pas a nous les faire oublier.

142. — L'on a defini ramitie : la vertu heroique par excellence. C'est ce qui nous explique pourquoi ce sentiment, frequent au dire des naturalistes, chez certaines races d'animaux, Test si peu parmi les hommes. Quelques cas cependant en ont pu etre signales, m&meausein de notre espfece, et Ton ne manquera pas de se rappeler a ce propos, les noms de David et de Jonathas , d'Achille et de Patrocle ; il est vrai que c'est bien la de Fhistoire ancienne.

143. — La nature soucieuse avant tout de la perp6tuit6 de Fespece a donn6 une grande preuve de sagesse en faisant de Tamour paternel, moins une vertu, que le plus in'esistible de tous les instincts,

144. — La pire des trahisons, c'est en amitiS, la flatterie, et en amour, Tindiff^rence,

145. — II semble que I'amour soit de toutes les passions celle qui revSt les formes les plus diverses et se modifie davantage suivant les caractferes et les temperaments. On n'a guere qu'une fagon de ressentir la haine, Tenvie, le mepris et nous ne Savons meme pas, d'ordinaire, etre sots avec originality. Chaque amoureux, au contraire, a sa fagon de rstre , g6n6ralement fort differente de celle du

voisin et possfede sa mani^re propre, tout comme les fous et les grands artistes.

146. — L'amour est le seul sentiment qui nous fasse cherir jusqu'aux caprices et travers de la personne aimee^ le dernier effort d'une amiti6 sincere n'allant tout au plus qu'i nous les faire supporter.

147. — On n'aime par amour ni deux personnes, ni deux fois de la mSme faQon.

148. — Celui-li ne semble gufere susceptible d^aimer avec discernement qui ne serait pas capable de hair avec perseverance.

149. — Ce qui fait la force des caractferes bien trempes, c'est qu'ils saventhair, etla faiblesse des &mes .vulgaires, qu'elles ne savent pas pardonner.

150. — La haine est d'ordinaire plus clairvoyante que Tamiti^ et Tenvie toujours plus constante que Tamour.

151. — La haine nous 61eve parfois au-dessus de celui que nous detestons^ jamais au-dessus de celui qui nous m6prise.

132. — Nous en voulons d'autant plus a celui qui nous a fait du mal, que nous-m^mes y avons contribue davantage par nos fautes ou notre imprudence.

153. — Si aimer constitue le seul bonheur do rhomme sur la terre, il faut convenir qu'il y a des circonstances oh. hair devieni sa seule consolation.

154.-7— On a quelquefois vu des hommes se faire aimer par leurs defauts et leurs vices ; on n'en citerait giiere qui ne se soient fait hair par leurs travers et leurs caprices.

153. — Pas de plaisir plus delicat que de se sentir hai des gens que Ton a cess6 d'aimer ou d'es timer.

156. — Nous en voulons souvent plus h notre ennemi du mal que nous n'avons pa lui faire quo de celui qull nous a fait a nous-memes.

157. — Ce qui rend Thomme faible si tenace dans ses rancunes, c'est qu'il en veut moins encore du mal qu'on lui a fait, que du defaut d'energie qui Ta empeche de se defendre.

158. — II est des gens d'un caract5re si complaisant qu'ils ne savent jamais aimer ni hair que d'apres Timpulsion d'autrui.

159. . — Ce n'est que par la perte des biens dont nous jouissions, pour ainsi dire, sans nous en apercevoir, que nous sentons a quel point notre CQBur y 6tait attache.

160. — Chacun a sa tnaniere de gouter le bonfaeur en ce monde qui u'est pas du tout celle du voisin et c'est un travers lamentable que de vouloir forcer ceux que nous aimons k 6tre heureux k notre fagon, non k la leur.

161. — Lebonheur a ceci de commun avec la sagesse qu'il consiste surtout dans la moderation et a savoir etre content de peu.

162. — S'il est vrai que le bonheur consiste surtout k se croire heureux et le malheur dans I'opiijion contraire, Ton doit convenirqu'ilnepeut guere y avoir en ce monde que des biens et des maux imaginaires.

163. — Nous sommeSy d'ordinaire, heureux par nos gouts et tyrannises par nos habitudes.

164. — L'on dirait que Tesperance est au bonheur, ce que sont les valeurs de credit aux m6taux precieux ; bien. que tirant de ces derniers toute leur raison d'etre, elles sont d'un usage si commode qu'elles finissent toujours par se substituer a eux et les mettre hors de circulation.

165. — Les seules infortunes veritables sont celles qui nous enlevent jusqu'i Tesp^rance.

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