Aristote fait, avec raison, de chaque vertu
le r^sullat de la rencontre de deus vices opposes, de meme que du point math^matique, celui de rintersection de deux lignes. Les vertus mondaines ne sont gufere, en effet, qu'affaire de mesure, que des vices att6nu6s et on pourrait les comparer a ces remedes de la medecine moderne, lesquels constituent de veritables poisons et donnent la mort des qu'on cesse de les prendre h dose homoBopathique.
7. — Je ne sais quel penseur fut censure par rtglise pour avoir declare vices, les vertus des pa'iens ; Teut-il 6te egalement, s'il se fut born6 k declarer que bien souvent, elles ressemblaient fort h des travers ou a des ridicules ?
8. — II semble que la nature se soit plu h donner les passions k rhomme pour le preserver de la tentation de devenir vertueux par calcul et honnete par egoisme, pour bien lui prouver que lorsqu'il veut prendre pour guide, la seule morale de rint^ret, ce ne pent gufere 6tre que celle de TinterSt mal entendu.
9. — La perfection de la vertu consiste moins h faire le bien qu i le faire pour lui-m&me et sans aucun retour d'int^ret personnel ni d'amourpropre.
10. — Nul ne ressemble davantage k un homme d6nu6 de toute vertu que celui qui n'est vertiieux que par temperament.
11. — Nous pardonnons plus volonliers a un homme de manquer de vertu que des vices dont nous esperions tirer profit.
12. — C'est sans doute parce qu'elle sentait a quel point il est difficile d'oblenir de Thomme un acte de vertu reellement desinteress6 et accompli par pur amour du devoir que certaine ecole philosophique indienne a proclame Tinaction, le plus grand des merites, et promis le repos des 61us k celui-la seulement qui n'aurait fait ni bien ni mal sur la terre.
13. — II est des cas oil Ton peut paraitre vcrtueux par orgueil, mais non par vanite.
14. — Les hommes se ressemblent par leurs vertus et leurs vices. Ce n'est guere que par leurs defauls ou qualites qu'ils different.
15. — La vraie sagesse consiste k savoir etre sage avec mesure et la prudence veritable a savoir se montrer 6uergique, lorsque Toccasion Texige.
16. — On peut etre sage par raison, on no s^avise gufere de Tetre par raisonnement.
17. — L'lndifferenco ne constitue pas plus la sagesse que Tabsence dc vice ne constitue la verlu et Ton peut quelquefois avoir lieu de se demander quelle est la plus verilablement honnSte de la femme qui n'a eu qu'une intrigue .dans sa vie ou de celle quel'apathie, la crainte ou Tamour seul de son repos ont empech6e de faillir.
18. — Quelques hommes poussent Thonnetetfi au point de convenir de leurs defauls, bien peu jusqu'a les combattre, personne ou a peu pres au point de les corriger.
19. — Sauf un peii de bon sens et d'honnetet6, je ne vois pas trop quelle est la vertu ou la qualite que Ton ne puisse esp6rer rencontrer chez la plupart des. hommes y a la condition de la bien chercher.
20. — C'est toujours, h notre avis, se montrer d'une exigence ridicule que de reclamer des hommes plus d'hpnnetete ou de bon sens que nous n'en pouvons fournir nous-memes.
21. — Pas d'honn6tet6 veritable sans une certaine delicatesse de sentiments et Thoniieur qui nous permet de menager les m6chants lorsque Tinteret nous y convie, n'est gufere moins d6shonorant que le crime lui-mSme.
22. — Certains hommes font consisler Thonneie\6 k aller aussi loin que la conscience leur permet sans iomber dans Timprobite flagrante et veulent 6tre estim^s gens de bien parce qu'ils se sont montr^s habiles ^quilibristes. Ce sont les acrobates de la morale, plus r^pugnants au fond que le coquiu de profession, lequel se moque de la vertu, mais ne la deconsidere pas en tentant de I'exploiter k son profit personnel.
23. — On pent comparer le bon sens et Thonnfetete k deux perles pricieuses, difficiles a rencontrer s6parees , presque introuvables r^unies et de Ik vient qu'il y a si peu d'hommes que Ton puisse consid6rer comme r6ellement complets.
24. — L'honnete hpmme, selon le monde, c'est celui auquel il n'a manque qu'une occasion favorable ou un peu d'6nergie pour se montrer un parfait sc6l6rat.
25'. — Le veritable 6loge de Thomme de bien, en ce bas monde, ce sont les critiques des sots et les d^dains des intrigants.
26. — Le plus galant homme du monde esti* mera toujours la soci^te bien injuste a son ^gard, de ne pas appr^cier ses rares vertus comme elles le m^ritenty et, en m6me temps, do trop remar*
quer les 16gers d6fauts qu'il peut avoir, puisqu'avec un peu de bonne volonlo, rien ne serait plus ais6 que de les transformer en qualitSs.
27. — La verit6 et la justice ont leur pudeur qui ne doit pas etre violee. II y a, d'ordinaire, moins a craindre pour elles des attaques de leurs ennemis que du zfele de faux d6fenseurs ou de sots amis et e'est les dishonorer que de les vouloir proteger par des moyens indignes d'elles.
28. — Nous avons toujours assez d'equitS pour bl^mer les travers du prochain et suffisamment d'energie pour resistor a ux tentationsqu'il 6prouve.
29. — La plupart des hommes aiment Tequite de la meme fagon que le larron, la propria le, une fois qu'il est venu k bout de mettre la main sur le bien d'autrui.
30. — II y a, en ce monde, bien plus de ch4timents injustes qu'il n'y en a d'imm6rit6s. Si nous Yoyons un homme malheureux, parions hardiment qu'il Test cent fois moins que ne voudrait r^quitg.
31. — La modestie const! tue Taccompagnement naturel du m^rite, de mSme que la parure, celui de la beaute. EUe ne le cr^e pas, mais en rehausse
r^clat et seule parvient k le rendre r^ellemeai aimable.
32. — La modestie, m^me chez rhomme de m^riley n'est, le plus souvent, qu'une orgueilleuse confiance dans sa propre superiorite. II sc la figure tellement ^videute que rien n'ea peut diminuer Teclat et le sola qu'il preud de la cacher oe constitue qu'un artifice ingeaieux pour la faire respleodir encore davantage,
33. — La felute indiflFerence que nous temoignons pour les eloges des hommes u'est, d'ordi-
' naire, qu'une fagon assez d6daigneuse d'et^blir notre superiorite et de bien prouver que chez nous le caractere est plus haut que les qualit6s de Tesprit.
34. — lien est du dedain de la flatterie chez rhomme le phis modeste comme de la sobriete chez le gourmet ; ce qui les degoute Tun et I'autre, ce n'est ni la grosseur des morceaux ni Texces de la louange, c'est qu'on n'ait pas su les appreter avec assez de sensuality.
35. - — Nous poussons assez souvent la nftodestie au poiiit d'avouer que nous avons des defauts, pourvu que ce ne soit pas ceux que nous possedons r^ellement.
36. — On ne saurait mieux comparer ces gens d ) valeur qui savent menager leur prochain at ne pis Teblouir de r6clat de leur rare m6rite, qu'i ces lainpes perfeclionnees dont un mecanisme ing6nieux fait baisser la lumiere, sit6t qu'elle devient trop vive et menace de crever les yeux des speclatcurs.
37. — Rien de moins compatible avec la bonte veritable qu'un trop grand excfes de douceur.
38. — L'homme habile aime k rendre des services, seul rhomme de bien s applique a rendre service.
39- — L'intrigant m6prise les hommes et ti\chc de s'en servir ; le sage les plaint et s'eflbree de les servir.
40. — Celui qui ne sait rendre service qu'aux depens d*autrui ne merite pas plus le titre de bienfaiteur que celui qui emprunte ses mots^ le nom d'homme d'csprit.
41. — Faire le bien parce que Ton cede i rimportunite n'est pas d'un cceur genereux, c'est payer une rauQon, non rendre un service.