Certaities grens ne savent se montrer cha
ritables que par procuration et se proclament g^Q^reux parce qu'ils out 6te importuns.
43. — A voir la faQon dont certaines gens rendent service, on dirait que ce qu'ils apprecient le plus dans la bienfaisance, c'est le plaisir d'humilier celui qui regoit.
44. — U en est du commerce des bienfaits comme de la plupart des autres ; nous cherchons k payer h vil prix, ce qu'autrui essaie de nous vendre frelate.
43. — Se faire une reputation d'homme serviable est presque toujours d'un bonne politique. Si Ton ne pent raisonnablement esp^rer beaucoup de gratitude de la part de ses obliges, du moins est-il permis de compter sur la bienveillance de ceux qui n'ayant rien regu de nous, ne sauraient alleguer aucun motif serieux de nous en vouloir.
46. — Pas de metier qui exige k la fois plus de finesse et de philosophic que celui d'homme serviable. On risque trop de ne faire que des m6contents si Ton echoue et des ingrats en cas de reussite.
47. — Si Ton pouvait p6n6trer les motifs qui font agir la plupart des bienfaiteurs, peut-etre
serait-6n surpris de la difficiiltfi qu'il yak devenir un parfait ingrat.
48. — L'homme judicieux seul peut se montrer digne du nom de bienfaiteur, car seul aussi il se troiive k Vahfi de toute illusion sur la gratitude k esperer de la plupart des obliges.
49. — C'est etounant comme rien ne nous dispose plus a offrir nos services au prochain que de savoir qu'il peut s'en passer et n'a nul besoin de nous.
50. — C*est le propre d'un sot de toujours craindre de se compromettre en rendant meme les seiTices qui ne lui coutent rien.
31. — Certaines gens eprouvent une telle crainte de se montrer utiles au prochain, qu'ils ne sauraient prendre sur eux de rendre service, meme lorsqu'ils auraient tout interet k le faire.
52, — L'egoiste intelligent aime k rendre les services qui ne lui coutent rien, etThomme habile, ceux qui lui rapportent.
53. — Refuser de rendre un service compromeltant peut etre le fait d*un homme prudent ; 6viter de rendre celui qui ne coute rien, presque toujours celui d'un sot.
54. — C'est un caraclere commun a Tenvieux et au sot que le trop de repugnance k reridre service k autrui.
35. — La charite de Toblige est de ne pas trop scruter les intentions du bienfaiteur.
56. — La reconnaissance semble regie par des Jois analogues a celles qui gouvernent les fluides imponderables. Elle diminueen raison de la grandeur du service rendu, de meme que la chaleur en raison du carre des distances.
57. — Ce sont les petits cadeaux qui entretiennent Tamitie et les petits services, la reconnaissance.
58. — La crainte du bienfaiteur est le commencement de la reconnaissance, de meme que celle de Dieu, le commencement de la sagessc.
59. — II en est de la reconnaissance de la plupart des obliges comme de la probite des intendants. ces vertus doivent exister assurement, puisqu'il n'est a pen pres personnc qui n'en ait entendu quelquefois parler.
60. — Ce n'est pas une mediocre preuvc de reconnaissance que d'accorder des louanges a un bienfaiteur pour s'eviter de lui rendre des services.
61. — C'est une preuve de tact peu ordinaire que de savoir fairo durer la gratitude aussi longtemps que Ton peut raisonnablement compter exploiter le bienfaiteur.
62. — La reconnaissance figure au. premier rang de ces vertus que le monde entoure d'un prejug6 favorable et estime plus qu'il ne les pratique. C'est presque toujours, k ses yeux, s'excuser suffisamment d'une faute commise que de pouvoir la mettre sur le compte de la gratitude.
63. — Nousne somnies pas toujours dispenses de reconnaissance pour un service rendu, sous pretexte que nous Tavons deja recompense avec usure.
64. — 11 est des cas oil reclamer les bons offices d'un homme, c'est lui temoigner tant d'estime qu'il se trouve tenu encore h plus de reconnaissance pour le service qu'on lui demande, que I'oblige pour celui qu'il rcQoit.
63. — r D6pr6cier un service sous pretexte qu'il a peu coute est le fait d'un ingrat. La reconnaissance exige que nous t^chions toujours d'exagerer la valeur du bienfait regu, de meme que la politesse, celle du divertissement que Ton nous offre.