‹ Esquisses et sentencesChapitre 34 sur 57 · Trop compter sur son esprit pour reus · texte numérisé non relu

Trop compter sur son esprit pour reus

sir est souvent unmauvais calcul; semontrer plus spirituel qu'il n'est neces^aire constitue bien plut6t un moyen de froisser ses semblables que de les persuader:

161. — Le grand avantage qu'il y a a loujours repeter les memes choses ne consiste pas tant a en persuader autrui qu'^ parvenir a s'en persuader soi-meme.

162. — II ne faut jamais se lasser de redire h. soi-meni£ et aux autres, les chosos que Ton veut faire croire. Tocher de se persuader qu'elles sont vraies constitue, en realite, le meilleur moyen d!en convaincre aussi le prochain.

163. — On \ient a bout de bien des choses par Tesprit de suite et la volonte, de tout par la force d'inertie.

1. — Depourvues du secoars de la foi, les lumieres de la raisoa sont comme ces feux follets qui n'eclairent le voyageur que parce qu'ils regarent. Toujouis enveloppees d'incertitudes, elles ne conduisent guere Thomme a la possession de la v6rit6 et lui permettent tout au plus de Yentrevoir. Sans doute, la reflexion avait amene quelques penseurs de Tantiquit^ a constater la vanit6 des superstitions populaires et a reconnaitre Texistence d'un regulateur supreme, mais qu'ils 6taient loin de se faire une juste idee de sa nature et de sa toute-piiissance ! La n6cessite d'une j

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creation ex nihilo leur 6chappait et adinettant la co6lernile de la maiiere et de Dieii, ils voyaicnt en celui-ci, non pas Tauteur, mais simplement Torganisateur de Tunivers. A vrai dire, leurs plus hautcs speculations n'aboutissaient guere qu'a un panth^isme a peine deguise.

De la part de ces philosophes, d'ailleurs, nulle tentative serieuse et suivie pour determiner les devoirs particuliers auxquels Thomme est tenu vis-a-vis de cet etre souverain, mais passablement abstrait, qu'ils ne songeaient ni a adorer comme leur createur, ni a aimer comme leur sauveur et redempteur.

En un mot, si ces sages des anciens jours 6taient parvenus a une cerlaine notion de la divinite, ils n'en avaient pas cependant la connaissance r^elle, puisqn'en definitive, connaitre Dieu, c'est le prociamer digne d'amour par-dessus toutes choses, et d^sirer le servir.

Voulons-nous passer maintenant du domaine de la theorie k celui de Tapplication ? Les erreurs de la philosophie vont nous apparaitre plus d6sastreuses encore. Prenons, par exemple, la secte des Stoiciens qui, peu soucieuse des questions sp6culatives, reduisait toute la sagesse a la pratique du devoir, sans trop etablir, d'ailleurs, en quoi co dernier pouvait consister. Mais, outre qu'elle ne

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donnail d'aulre base k la vertu que le fondement ruineux de Torgueil et du seul sentiment de la dignite personnelle, on ne saurait nier que T^cole du Portique ne fut sujette k tomber dans d'etranges inconsequences. Trop souvent, nous A'oyons sa casuistique se moquerde sa morale, par exemple lorsqu'elle refusait k Tesclave le jus negandi, c'esta-dire le droit de r6sister aux ordres donnes, quels qu'ils fussent. Ainsi , ces hommes ayx yeux desquels le sage est roi, meme dans les fers, par faitement heureux au sein des plus cruelles souffrances, egalemeut inaccessible a lout sentiment de crainte ou d'esp6rance, admettaient neanmoins la lerreur inspiree par le maitre, comme une justification suffisante de tous les crimes commandes all serviteur, proclamant ainsi leur doctrine si noble, si 61ev6e en apparence, le plus colossal trompe-l'oeil dont Thistoire des opinions humaines ait gard6 le souvenir.

2. — Si Ton songe a rimb6cillit6 naturelle de Tesprit humain et a la facilite avec laqu^lle il se figure les * choses lelles qu'il lui plait qu'elles soient, on cessera d'etre surpris aussi bien des folies du paganisme que des divagations des philosophes.

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