‹ Esquisses et sentencesChapitre 36 sur 57 · VI. Tonte religion consistant en un corps de · texte numérisé non relu

VI. Tonte religion consistant en un corps de

doctrine, son premier m6rile sera visiblemenl la certitude et la netlet6 de son enseignement. Or, lo simple bon sens d^montre que pour atteindre ce but de la faQon la plus complete, deux conditions sont indispensables.

II faudra d'abord que I'figlise se reconnaisse depositaire de la verite absolue et que les articles de foi par elle admis ne puissent a aucuu titre 6tre revoques en doute. Quelle valeur aurait, par exempli, un recueil de lois, si Ton pouvait contester le caract^re juridique de chacun des articles qui le composent ?

Mais promulguer un code religieux ne servirait gufere, sile corps dirigeantne se proclamait investi par Dieu lui-meme du pouvoir de Finterpreter sainement, d'expliquer les textes obscurs oa mal compris, de retrancher du sein de sa communion ceux qui refusent d'accepter son verdict. Quel moyen autre de prevenir les schismes, les heresies, d'empecher les dogmes les plus essentiels d'etre mis en question ? Et que dirait-on d'une society possedant la legislation la plus parfaite du monde, si les tribunaux lui faisaient defaut pour Vappliquer, fixer la jurisprudence etpunirles delinquants?

En definitive, une soci^te religieuse a besoin d'etre aussi fortement constituee qu'une society

purement politique. II faut bieii qu'elle possfede, tout comme celte dernifere, les organes n^cessaires k la vie et h la sant6.

Mais ce programme que nousvenons d'exposer, qui Ta jamais rempli d'une faqon aussi complete, aussi absolue que I'Eglise romaine? Seule, elle n'a cesse de revendiquer pour elle le double privilege de riiifaillibilit^ et de Tindefectibilite. Et ceci semble d'une importance capitale; voyez combien, sous le rapport dogmatique aussi bien que sous celui de la stricte logique, la situation du catho- Jique se trouve meilleure que celle du protectant. Le premier, tout en reconnaissant Tautorlte des livres sacres, no les regarde pas comme le fondement unique de la foi, et cependant il se trouve consequent avec lui-meme en affirmant savoir d'une faQon infailliblement infaillible quels ouvrages sont reellement inspires et quels autres m^ritent d'etre relegues au rang des apocryphes. II n'a, en effet, qu'i se rapporter aux decisions des conciles k ce sujet. Au contraire, le chretien reform6, tout en faisant de la Bible et du Nouveau Testament la regie unique de sa cr.oyance, ne pent indiquer que d'une fagon probablement certaine les livres dignes de figurer au canon. C'est-k-dire qu'il s'en trouve reduit a des conjectures plus ou moins plausibles sur le point le plus essentiel de sa doc*

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triae. G'esl qu'il a'a d'autre guide, k cet ^g-ard, qu'une tradition donl la v^racite n'est pas parfaitement incontestable k ses propres yeux«

Nous declare ra-t-on maiulenant cette pretention de TEglise catholiqae k la possession de la verity indefectible, vaine et demeutie par les faits? Yieadra-t-on nous citer quclques ppints obseurs de rhistoire ecclesiastique ? Je doute que pareille allegation puisse satisfaire un esprit tant soit peu critique et reflechL Jouer k rinfaiUible n'est pas chose si aisee que certains rimaginent Si le privilege accorde a Pierre n'avait ^te qu'une invention du sacerdoce, resprithumain se serait chai*ge bien vite de d^molir T^difice par lui-meme eleve. ^'aurait ^te TafTaire de quelques annees. Pour en douter, il faudrait n'avoir aucune idee de ce que sont les passions el la versatilite des mortals. Depuis une longue suite de si^cles, TEglise romaine se proclame infaillible et ellc a pu resister a une pareille pretention, et les faits ne se sont pas encore charges de lui iiifliger le plus ecrasant des dementis ! Voil^ uu prodige mille fois plus renversant que tous ceuj: de la legende doree.

« YII. La plus grande prouve d'amour que le bon

Bleu ait pu donner a rhomme etant de se reveler

k lui, le simple bon s^tus nous annonce que, touLes

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ehoses ^ales d^ailleurs, ia vraie religion sera celle qui rend le plus eclatant temoignage de raffection de Dieu pour sa creature et met plus directement SSL touie-puissance au service de son infinie charite. Notre-Seigneur Jesus-Cbrist, vrai Dieu et vrai hommey eicpiraat sur la croix pour racheter DOS peches, semble bien plus dans son rdle de fondateur d'une doctrine nouvelle que Mahomet egorgeant ses compatriotes pour leur inculquer sa doctrine ou que Bouddha, lequel , d'aprfes la legende, mourut d'nne indigestion. Les ^glises grecques et romaines admettent la presence reelle, Ne serai t-ce pas, aux yeux de Tobservatenr impartial, une preave de leur superiorite sur le calvinisme qui la nie ?

Mais la logique exige que r£tre supreme soit, de son cdte, paye de retour. Un caracl^re irrecusable de la loi veritablement r^v^lee, ce sera done qu elle enseigne ^Thomme, plusetmieuxqu'aucune autre, Tesprit de sacrifice. Inutile d'ajouter qu'il s'agii ici d*un esprit de sacrifice, fruit, no a pas de Tostentation, mais biea d'un sentiment d'amour veritable et surtout guide par ia raison. Certains culies ont present a Thomme d'effroyables mortifications, lui ont inflige les pratiques les plus incommodes ei les plus genantes, sans que nous

ayons, pour cela, le moindre motif de leur attribuer une origine celeste,

Bornons-nous k un exemple : la loi des Banians inlerdit d'unefaQon absolue, Tusage de toute nourritiire animale. Cela ne semble gnhre justifiable.. Si le createur a fait de Thomme, un animal carnassior, s'il a voulu que Tusage de la viande lui fut, dans une certaine mesure, indispensable, ce n'est 6videmment pas pour lui defendre d'en jamais manger.

A eet egard, nuUe religion ne nous semble avoir agi avec aulant de sagesse, avoir montre autant d'esprit de mesure que le catholicisme. II recommande les oeuvres de penitence, mais h la condition qu'elles aient pour but la gloire de Dieu et le bion du prochain, et toutes les mortifications qu'il autorise se trouvent ainsi justifiees au point de vue logique et doctrinal. S'il declare la vie contemplative, la plus parfaite de toutes ; c'est qu'en vertu du dogme de la reversibilite des merites, les priferes et austerites du moine servent k racheter la tiedeur de Thomme du monde ou a procurer la conversion des infidfeles. Encore, les regies de tous les ordres monastiques interdisentelles les macerations qui compromettant la vie ou la sante du penitent , Tempecheraient de remplir

les devoirs de son 6tat. L'Eglise qui nous fait parfois une obligation rigoureuse de souffrir le martyre, defend neanmoins de le rechercher et Ton a vu, dit-on, les honneurs de la canonisation refuses a certains personnages morts en odeiir de saintete, parce que, sur ce point, ils 6taient convaincus d'avoir manque de prudence ou de discretion. Le celibat est impose a la soeur de charite aussi bien qu'au ministre des autels ; mais quoi de plus sage et de mieux raisonne ? Ne faut-il pas qu'elle se trouve degag^e de tout lien de famille, celle-l&. qui doit regarder comme ses enfants , lous les pauvres et les desherites? Quelle apparence, d'un autre c6te , que les fideles montrent beaucoup d'empressement a s'aller confesser a un pr^tre marie ? On sait ce qu'est devenu le sacrement de penitence au sein de TSglise russe qui admet le mariage des clercs. Et enfin, lequel vaut mieux pour affronter la persecution et aller precher Tevangile aux gentils, du missionnaire catholique qui n'a k risquer que sa propre vie ou du ministre protestant, lequel tratne sou vent avec lui, femme et enfants ?

Peut-etre sommes-nous, sans nous en douter, victime d'idees precongues, mais une conclusion necessaire nous semble se degager de ce long examen , c'est que la comparaison des diverses religions

entre elles tourne absolument k Tavantage de la foi calholique. Tous les caracteres que la logique et le boQ seiis indiquent comme devant apparteair en propre a la doctrine r6velee de Dieu, se retrouvent dans ]'£glise romaine, plus accentues que partout ailleurs et elle en possede, en propre, quelquesHins, iels que la prerogative de rinfaiUibilite. Si Ja veriie absolue existe quelque part sur terre, elle merite plus que toute autre d'en etre consider^e comme la depositaire exclusive et nous ne pouvons mieux nous resumer qu'eu ces termes. « Le catholicisme nous parait consti- <( tuer la religion naturelle de tout homme qui se « pique de raisonnemeuL «

5« — Certaine ecole voit dans le discernement du bien et du mal, non un fait de conscience, mais le resultat d^un enseignement traditionnel donne par la divinite au premier homme et transmis par celui-ci k toute sa posterite. II est vrai que Techo de cette revelation primordiale se serait singuli^rement affaibli etmodifie en se repercutant a travers le temps et Tespace. Ainsi s'expliqueraient toutes ces deviations de sens moral, toutes ces abominations tol^rees ou meme prescrites par la religion chez les differenls peuples de la terra. Quel laogage, s'^crient les partisans

da la doclriue en questioiiy la conscience teaailelle douc aii Ph^nicieo^ au Babyloniea dont le C4jlte consistait en pratiques immondes, k Thabitant du Mexiqae qui croyait honorer Dieu par des liecalombes de victimes humaiaes? Impossible a notre avis de plus mal conclure. Depuis quaad la violatioQ d'une loi a-t-elle constiiue une demoastratioo de sa uon-exisienee ? Citera-t-on les extravagances d'un foQ comme preave qu'il n'existe plus de boa sens sur terre ? II fallaii dire, au coatraire : « Les eoseignements de la conscience ft sont, saos doute,bien profondement graves dans <c le eceur de rhomme puisque les prejuges et les « passions ne sont pas parvenues^relouffer enti^- « rement et que sa voix continue toujours a murc< niurer k notre oreille. id Comment eut-on pu faire eomprendre aux mortels que teiles choses doivent etre pratiquees comme bonnes, d autres evit^es comme coupables, s'il u'avaient eu prealablemeot le sentiment qu'il existe unbien et un mal moral ? Precber la pratique du devoir a des Aires qui ignorent ce que ce peut etre que vertu ou vice, mais ce serait une t4che plus impossible encore que de pretendre enseigner Fart de la peinture a d^ aveugles ou la musique a des sourds. Les auditeurs ne devin^ront meme pas ce qu'on veut leur dire, et je ne crains pas de Taffirmer, le

bon Dieu, avec loute sa puissance, ne seseraitpas lire d'une pareille difficult6. En definitive, lorsqu'il nous present d'ob6ir k ses lois et de praliquer la justice, nous nous rendons parfaitement compte que ce n'est pas pr^cisement parce qu'il commande que nous devons nous soumettre, mais parce que ses prescriptions sont conformes k cet ordre eternel que lui-meme, en raison de ses infinies perfections, est absolument lenu de respecter. Si le seul motif de notre obeissance reposait sur la crainte du chdtiment ou I'espoir de la recompense, il faudrait voir en nous des etres susceptibles de prudence, non de sens moral. Notre conduite ne differerait en rien de celle de Tanimal sans raison qui flatte son maitre et accomplit ses ordres d'une fagon aveugle, parce que son instinct le porte a agir de la sorte. D'ailleurs, a voir la fagon donl les homnies travestissent la tradition et de quelle maniere ils entendent I'c^ducation, on peut etre bien sur d'une chose, c'est que si ces derniferes seules avaient ete chargees d'informer notre conscience, il y a beau temps que tout vestige de moralite aurait disparu de la surface du globe.

6. — Un point sur lequel il a plu au bon Dieu de se rapprocber de Thomme, c'est qu'il ne fait pas souvent sa volonte. II arrive d'ordinaire, en

ce bus monde, noa ce qu'il veut, mais ce qu'il pormet, et voila pourquoi les affaires humaines marchent si miserablement.

7. — ; La preuve la plus 6clatante du pech6 originel, ce n'est pas que les hommes naissent tous p6cheurs, c'est qu'ils naisseut presque tous des sots.

8. — Croire et pratiquer une religion dans laquelle on a et6 6leve depuis Tenfance, ne suppose pas toujours une foi bien vive ni une grande dose d'energie. II en faut, au contraire, souvent beaucpup pour Fembrasser apres examen ou y revenir apres Tavoir quittee.

9. — Ce qui prouve bien la profonde honnetel6 de la plupart des hommes, c'est le petit nombre de restitutions et de reparations qui se font au lit de mort, c'est-a-dire au moment oil d'elles seules depend notre salut eternel.

iO. — L'homme de caractere sait etre severe pour lui-m6me ; il n'y a guere que Tinlrigant ou le veritable devot qui sachentetrc indulgents pour les defauts d'autrui.

11. — Ce qui, sans doute, contribue tant a faire de la charite chretienne, la premifere des vertus,

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c'esi que c'esi ceDe qui nous expose le moins i, depasser le but et nous maintieut da vantage dans eette juste mesure, laquelle, an dire de philosophes competents, constitue lavraie sagesse ; le prochaia se chargeant d'ordinaire suffisamment par ses faQons d'agir, de nous preserver de tomber dans I'excfes.

12. — La religion nous interdit de juger }e prochain, la prudence nous ordonne de nous en defier. Le meilleurmoyen de concilier celte double prescription, c'est, a moins de preuves certaines, dene jamais croire autrui coupable d'un mefait, et tant qu*il n'a pas ete mis a Tepreuve, de Ten presumer loujours Ires capable.

13. — La religion qui nous fait une loi de Tamour du prochain ne va pas, cependant, jusqu'a exiger que nous le sachions mieux aimer que nous ne nous aimons nous-memes.

14. — Certaines gens poussent Tesprit chretien an point de considerer leur bienfaiteur comme leur oblige, puisqu'ils lui ont fourni Toccasion de faire une bonne action.

13. — On ne saurait se mettre assez en garde, meme conlre iin saint, lorsque sa confiance en Dieu ne lui a pas enseigne, a un degre egal, la defiance vis-a-vis de lui-meme et du prochain.

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16. — Ce qae noas demandons au Ciel, ce n'est gnere ce qui nous convient, mais seulement ce qui nous plait. Si les hommes entendaienl bien leurs iaterets, la premiere priere qu'ils adresseraient au bon Dieu, ce serait de ne pas Irop tenir coinpte de la plupart de leurs voeux et de se mediocrement inqui^ter de leurs supplications.

17. — La plupart des homines dans leurs supplications les plus ferventes ne songent qu'a demander k Dieu qu'il daigne faire leur volonte, sans trop rechercher si cela lui convient et nous ne Savons pasmeme imiter ce bon chretien, lequel s'adressait dans les termes suivants au Seigneur : « Mon Dieu, je vous prie pour mes ennemis, parce que- vous me Tordonnez, mais si vous voulez me faire bien plaisir, ne tenez aucun compte de ma priere. »

18. — Si jamais le sentiment de sa dignite et un amour-propre bien place pouvaient inspirer a un homme le d6sir de se corriger de toutes ses faiblesses et travers et de parvenir a une correction absolue, il y eprouverait tant de difficultes qu'il ne lui resterait bient6t plus qu'un parti a prendre, celui de devenir un saint par economic.

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