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La modcstie est, en quelque sorte, a

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rhuxQilite chr6lienne, ce qu'est le gout qui permet de jirger d'une ceuvre d'art au genie qui Ta creee.

20. -^ L'huiniHt6 est la vertu chretienne par excellence, puisqiie tout Teffort de la philosophic ne parvient qu'a rendre rhomme modeste, saiis rempechcr de rester orgueilleux.

21. — De quoi les mortels auraient-ils le droit de s'enorgueillir, puisque le bon sens ne defend pas moins a Thomme judicieux d'etre fier de la droiture de son esprit que Thumilite chretienne n'interdit au saint de tirer vanite de sa vertu ?

22. — Quelques soient les charges qui pesent sur un homme et sa culpabilite apparente, nous pourrions presque to uj ours etre surs de son innocence, si nous pouvions Tetre de son humilite.

23. — II est naturel que la religion ohtienne moins des hommes que le monde ou Teducation ; elle ne commande jamais qu'au nom de la conscience et du devoir; ceux-ci, toujours au nom de I'amour-propre et des prejuges.

24. — Pour qu'une doctrine nouvelle, soit religieuse,soit politique, sepuisseimplanter, deux conditions semhlentindispensables, la premiere qu'elle

coittienne une part de verite en rapport avec les besoius de I'epoque et les exigences de Tesprit pablic ; la seconde qu'elle renferme im nombre de faussetes suffisantes pour plaire au plus grand nombre en flattant ses passions et ses prejuges.

23. — L'bistoire nous montre les religions acceptees beaucoup moins en proportion du bien qu'elles font ou de leur degre de credibilite qu'en raison des complaisances de leur morale et du pen de gene qu*elles imposent aux penchants du cceur humain et a ses vices. Les mortels pr^fereront toujours la croyance qui les rend malheureux, tout en leur permettant de satisfaire leurs passions a celle qui promet d'assurer leur bonbeur, mais k la condition de combattre leurs instincts depraves. On se souvient de ces jours dont parle le poete

« Ou dix mi lie dieux n'avaieat pas un athee, »

et aujourd'hui nous voyons Tlslamisme regner paisiblement sur des millions de fanatiques. II en va tout autrement pour les religions a morale austere; celles-lk sont bien sures de ne jamais manquer de contradicteurs, et la plus grande marque de leur superiority, ce sont, precisement,

les aversions qu'elles inspirent, et ce fait que le meilleur moyen d'empecher les gens d'y croire, consiste pr^cisement a les vouloir contraindre k les praliquer.

26. — Pascal se plait k faire ressortir les inconsequences de TAlcoran, et la pauvrete des preuves sur lesquelles s'appuie la predication de Mahomet. C'estque Tauteur des Pensees se place ici au point de la speculation et de la pure logique. II en eut porte un jugement bien different, s'il se fut mis sur le terrain de la politique et de Tart du gouvernement. Si Thabilete consiste k savoir proportionner les moyens employes au but a* atteindre et a ne rien n6gliger pour assurer la r^ussite de ses projets, je ne sache guere de fondateurs de religion dignes d'etre compares au fils d'Abdallah. Pr6tendre convertir les hommes en leur prechant la vertu, le desinteressement, la chastete ne peut etre que d'un fou ou d'un Dieu ; aussi le legislateur arabe n'y a-t-il jamais songe, mais il a su joindre k un dogme dont la sublimite satisfaisait les aspirations les plus 61ev6es de rintelligence, une morale dontleprincipalmeriteconsistait a n'etre point genante et a ne contrarier aucun penchant de notre nature. Son Goran, compose de pieces el de morceaux, forme de lambeaux empruntes soit

a la Bible, soil aux apocryphes chr^tiens, nous semble, h nous autres Occidenlaux, un chefd'oeuvre de d^cousu et d'extravagance. Les Orientaux qui, sans doute, ont leur esth6lique particulifere, n'en jugent point ainsi et le citent commc un mod^e de style et de beau langage. La fiction de range Gabriel et de ses vingt-quatre mille entretiens avec le prophete semble pu6rile et ferait sourire le moins expert de nos vaudevillistes. C'6tait tout ce qu'il fallait pour seduire I'imagination naive des contemporains de Mahomet. En definitive, I'adresse consisle non pas k dire des choses sens6es, mais h- bien se rendre compte de ce que Ton peut faire accepter du public.

Notre prophete preche a ses sectateurs Textermination des infideles et la volupte. Aurait-on voulu qu'il leur prechAt la continence et le martyre? II avait d'ailleurs trop de genie pour ne pas comprendre qu'une religion n'imposant ni penitences ni mortifications a ses fiddles serait comme un mets sans saveur et ne pourrait longtemps conserver son empire. II savait les hommes disposes ci s'attacher a leur croyance en raison des sacrifices qii'elle commande, pourvu que ce ne soit pas, bien entendu, ceux de leurs passions et de leurs convoitises. Aussi, a-t-il bien soin de prescrire TaumOne, les jeunes, les pelerinages,

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moyen si efficace pour eoiretemr ce faaatisine qui

constitue le geare de fervenr propre a rislam.

Pascal ^tablit sans peine I'iaimense superiorite de levangile qui s'est propageeo favorisaalla culture de riutelligence ei repandant partoui la lumiere autour de lui sur Je Coraa qui defend de lire et constitue ua vrai code dlgaorance, JV est-ce pas surtout en cela qu eclate la profondeur de conception de Mahomet ? Son but, en definitive, n'etait pas d'^cJairer son peuple ni de le rendre meilleuT, mais simplement de se faire passer pour un envoye de Dieu et de fonder un etablissemeojt durable. Force lui etait bien pouratteindrecebutde. maintenir la nation arabe dans sa grossi^rete et sa rudesse primitives. Des gens instmits et eclaires n^eussent pas manque de seatir Timposture et de toumer le proph^te en derision. Mahomet en usait k regard de ses compatrioies cx>mme ces vizirs prudeots qui tiennent leur maitre dans Tabrutissemen t, afin de s 'assurer a eux-memes, le libre exercice du pouvoir. Cest Ik, la bonne, la vraie metbode k suivre pour tous les fabricants de religions, s'ils visent k faire OBuvre qui dure. Voyez Lulher qui a proclamS le droit de chaque fidele a interpreter, suivant sa fantaisie, les livres saints et ouvert ainsi le champ aux plus interminables discussions. Au bout de quatre siedes k peine, son

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Mifice croule et menace ruine, sape jusque dans ses fondemenis par Feffort de )a critique et les attaques des libres-pensenrs. Voiei, an conlraire, trois fois plus de temps que Uslam a pris iiaissanee et sauf dans les regions oh le contact avec les etats chretiens Toblige, pour ainsi dire, k se replier sur loi-m^me, il se maintient dans son esprit primitif et continue meme le eoors de ses conqoetes.

27. — Si tous les morlels se montraient egalement sages et verlueux, on n'en pourrait guere tirer d' argument en favcur de leor desceFidance d'un autenr common ; eela prourerait simplement leur soumission aux lois de la raison, laquelle parte forcemenl )e meme langage a toot etre done d'inteJligence. Si, an contraire, les vices et les travers variaieat de race k race^ il conviendraii d'ea conclure a uoe difference d'origine poor chacnue d'elles. En depit des pkis etroites ressemblances anatomiqoes^ ne sommes-nous pas forces> en raison de Topposition de leurs instincts,, a: faire d« chien el du renard^ deox especes parfai- IcsmenI tranchees? Mais^ precisement, il se trouve qne, non seolement, Thumanite est vieieose, mais quelle Test toojoors et parlont k pen pres de la meme faQon. Sous n'importe quelle latitude el en

d^pit de la coloration de son 6piderme, Thomme se monlre sot, egoiste, ingrat, menteur, interesse. II ne s'agit plus IS. seulement d'un caractfere specifique, mais d'un air de famille des mieux caract6ris6s et pour Texpliquer, force est bien de recourjr k Tatavisme. Comment n'y pas voir une preuve de la fidelite avec laquelle nos premiers parents ont transmis leurs dispositions et maniere d'etre a leur post6rit6 la plus recul6e? Nous autres habitants de la terre, ne pouvons gufere nous reconnaltre frferes que par nos mauvais c6t6s et c'est ce qui explique la faQon deplorable dont le grand principe de la fraternity n'a cesse d'etre pratique depuis le temps de Cain jusqu'a nos jours.

28. — Les rapports des particuliers entre eux se trouvent regies par les lois civiles, lesquelles dg-ns une assez large mesure, engagent la conscience, lis ne le sont pas moins par les prescriptions du droit naturel et de la morale qui nous ordonnent d'aimer notre prochain comme nousraemes et de ne point faire k autrui ce que nous

ne voudrions pas qu'il nous fit. Observer I'^quite vis-^Ji-vis des individus et leur rendre ce qui leur est du a titre de membres de notre espece, semble done chose relativement ais^e aux gens de bonne volenti.

II en va tout autrement si nous passons du domaine de la vie privee k celiii de la vie publique et pr6tendons etablir sur des bases indiscutables, le droit d'un gouvernement a Tobeissance de ses subordonn6s. Ceux-ci, evidemment, ne sont tenus de lui ea accorder aucuiie, s'il ne commence par prouver qu'il est legitime et conforme, dans son principe, a Tordre voulu par Dieu. Mais comment etablir cette legitimite et quelle est la source dont elle decoule ?

L'axi6me : Omnis potestas a Deo nous montre dans Tautorit^ publique en gen6ral, une delegation de celle de Dieu et une consequence du principe qu'il a cree Thomme pour la society. Mais il ne fait, au point de vue pratique, que reculer la difficult^. Des partis oppos6s se disputant le pouvoir ne manqueront pas de se pretendre tous egalement conformes a la volonte divine. II faudrait done nous indiquer sous quelle forme se doit manifester ladite delegation pour etre reconnue valable.

C'est ici qne Ton cesse de s'entendre et plusieurs solutions absolument contradictoires ont ete proposees de ce difficile probleme.

Certains theologiens admettent cette delegation comme s'exer^ant normalement par Tinterm^diaire de la nation. Qu'enlendre par Ik? Cela signifie-t-il simplement que chaquc peuple setrouve

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charge du sola de ses propres deslinees ei que les Russes, par exemple, n'ont pas k s'oceuper des int^r^ts de la France? La chose est tellemeDt claire qu'elle ne vaut pas &tre dite. En devonsnous conclure, au cootraire, que ce sont les seuls suffrages des masses qui rendeni un pouvoir legitime ? Ce scrait le droit divin de la democratic ; mais alors comment se fait-il que FEglise ne nous Tait jamais enseign^ ei qu'au lieu de nous precher la Republique et le suffrage universel, elle se soit contentee de nous precher le seul Evangile?

Et puis, pour qu un peuple puisse, en principe, etre reconnu souverain^ encore faudraii-il qu'il fut ordinairement capable de Tetre en fait, de bien savoir ce qu'il veut et pourquoi il le veui. Qu'estce qu'un droit que son detenteur se trouve quasi toujours, par la force meme des choses, hors d'6tat d'exercer?

Enfia, cettc theorie ne semble-i-elle pas dementie par Tetude meme des fails et enseignements de rhistoire ? Une nation ne vit pas de speculations abstraites, ne saurait se passer de traditions. Les etats democratiques n'^chappenl pas plus a cette n^cessite que les autres. Sans doute, nous avons vu FAm^rique se constituer en republique federative. C'est que ce regime iui etait impose, non par la volonte du leglslateur ou les cuprices de la

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foole, mais bien par les souvenirs de sa jeune histoire, ses pr^e^dents, sa sitaaiioa ^conomique et auires raisoos de meme ordre. Sans cela, il ne fut jamais parvena a prendre racine ni k se maintenir. Et quel a 6t6 ekez nous^ le sort de toutes ces constitutions inspirees par le Gontrat social et la Declaration des droits de rhomme ?

line autre ecole en tend la delegation celeste d'une faQon toute differente et veut qu'elle ne se manifesto que dans la personne A'hommes providentids, Suivant ses docteurs, le bon Dieu pour ramener la paix au sein d'une societe en revolution, ne manque pas de susciter, k point nomme, un sauveur, un faiseur de coups d'l^lat quelconque. Nous devons le reconnaitre d^tenteur legitime du pouvoir, par ee seul fait qu'il est parvenu a s'en emparer. L'on nous cite meme, k ce propos, TEcriture ; Ton nous rappelle Saiil que Jehovah en personne donne pour roi aux Israelites. L'exemple est-ilbien concluant? Sans nier le motns du monde, rinlervention de la Providence dans les affaires humaineSy impossible de meeonnaltre que ses manifestations n'aient bien plus sou vent pour but de ch4tier les peuples que de les diriger ou de les sauver. Par suite, compter snr un miracle pour se tirer d'affaire, ne serait pas ioajours de la part de ces derniers, tres prudent. En definitive,

Taxidme : Aide-toi, le del t'aidera reste non moins vrai pour les societes que pour les individus. Voyez, d'ailleurs, en quels termes, le Seigneur lui-meme s'exprime au sujet de son 61u ? II le presente bien moins comme nn liberateurque comme un fleau destine k punir Tapostasie politique d'lslael et le tableau que trace Samuel du nouveau regime n'offre rien de particulierement seduisant.

Et encore, si Dieu daignait a chaque fois, indiquer lui-meme son candidat, on saurait a quoi s'en tenir, mais depuis longtemps, il s'abstient d'intcrvenir si direclement dans le domaine politique. Nous nous en trouvons reduits, non plus h acclamer les hommes providentiels, mais a les deviner. Comment savoir si un personnage en a assez fait pour meriter ce titre et qu'arrivera-t-il, juste Ciel, si lo peuple devine de travers?

Ce ne sont pas, sans doute, les pretendants qui feraient defaut. Quiconque se sentira de force a escalader le pouvoir ou assez habile pour Tescamoter ne manquera gu^re de se poser en mandataire du Ciel et nous rctombons ainsi dans la fameuse formule : « La force prime le droit. »

Et Ton n'aurait mome pas toujours la ressource de savoir d'une fagon bien pr6cise oil se trouve la force. Voici, par exemple, deuxou plusieurs generaux disposant de ressources k peu pres egales.

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Faudra-t-il atteadre qu'un d'entre eux ait 6gorg6 ses concurrents pour reconuaitre en lui, rhomme de la droite de Dieu ? Je me figure qu'au temps oil trente comp6titeufs se disputaient TEmpire romain, les amateurs d'hommes providentiels devaient se Irouver furieusement embarrasses.

Nous dira-t-on que le mortel specialement charg6 par le Ciel de la tAche difficile de gouverner ses semblables prouve sa mission par ses oeuvres, par le bien qu'il fait, par d'6minents services rendus h la chose publique ? Mais ceci ne laisse pas que d'etre embarrassant ; car ils sont rares, les gens qui font dos coups d'l^tat par vertu et s'emparent du pouvoir pour satisfaire aux scrupules de leur conscience. Et puis, il ne suffira pas que le sauveur du peuple se montre bienfaisant a un moment donn6, force lui sera de se maintenir toujours au m&me degre d'honnfetet6, de resister a Tenivrement de la toute-puissance. Napoleon retablissant le culte pouvait passer pour Tinstrument du Tres-Haut ; r6tait-il encore quand il emmenait le Pape captif ? Mais alors cette mission qui seule legitimait son autorite ayant pris fin, la • revoke contre lui devenait chose parfaitement permise, k moins qu'il ne poussAt la philosophic au point d'abdiquer de bonne grAce, ne se sentanl plus aassi providentiel que par le passe. Le texle

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in^me des livres saints jastifie une pareiDe codcIosion. On y voit Diea rejetantle premier raonarqae des Hebreux, devena infidele h son mandate

II est bien remarqaable qne les deux seuls passages de la Bible ou le Toat-Puissani t^moigoe se repentir de son CEuvre^ aient trail. Tun au deluge envoye pour punir une hnmanite corrompue, Tautre a la condamnation de Saiil. Si le bon Dieu, qu 'on nous passe cette expression irreverencieuse seulement en apparence, ne peal s'empftcher deparailre commettre des quiproquos dans le choix de ses mandalaires, comment veut-on que de simples 6lecleurs puissent jamais s'y reconnailre? En un mot, celte th6orJe des hommes providentiels invent^e snrlout comme garanlie de tranquillite el d'ordre public semble lout a fait propre, si on la pr^lendait appliquer d'une fagon tant soil peu suivie, a assurer le maintien de Tanarcbie et la guerre civile en permanence.

Un troisieme systeme est celui que Ton appelle ordinairement du droit divin. Ses seuls partisans furenl des theologiens protestants du xyn** siecle qui tout en le poussant parfois en tbtorie^ aux demieres limites de Tabsurde, se sont, k Toceasion, pmdement abstenus d'en reclamer Tapplication. Noas ne sachions pas qu'il ail jamais ete sontenu par aucun docteur cathotique. Sans le ju-

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ger moias inacceptable, au fotid^ que les deux precedents^ il nous parait eependaut conteoir una part plus graode de verite, et surlout on doit le reeonnaitre infiniiQeot superieur, au point de vae de I'utilite pratique.

Si pretendre que Dieu a confix k icertaines familleSy le privileg'e absolu, inamissible de reguer sar telle ou telle nation, constitue une erreur evidente, force est bien de reeonnaitre en celle-ci, la simple exag^ration d'un principe fondamental, k savotr que rhomme ne pou\'ant vivre en dehors de la societe, etre gouverne constitue pour lui, un besoin comme celui de lK>ire et de manger, non pas un droit

En fait, cette theorie a au moins Tavantage d'etre claire, accessible a toutes les intelligences et eminemment propre a assurer la tranquillite publique. Devoir d'obeir aveuglement au pouvoir etabliy voilk qui est k la portee des plus minces esprits. L'histoire nous oblige a proclamer les avantages de ce systfeme trfes superieurs, dans la plupart des cas, aux graves inconvenients qu'il pent offrir. Qui travaillait le plus utilement pour la grandeur future de leur pays, des Russes acceptant avec soumission Todieuse tyrannic d'lvan le Terrible ou des geutilshommes

poIonaiSy lesquels maintenaient chez eux I'anarchie, sous couleur de libert6?

Et qu'on ne lui reproche pas !e respect superstitieux dont il entoure la persomie du monarquc el sa dynastie. Est-il bieademontre que la superstition utile meme au point de vue religieux, ne le soil pas bien plus encore en politique, precisement parce que celle-ci ne repose que sur des verites contingentes? A vouloir trop se guerir de Texces de credulite, Tesprit simple et borne court grand risque de devenir un impie sans cesser poui cela de rester un imbecile. Debarrassez unhomme politique de ces prejuges qui, parfois, Taveuglent et lui font commettre taut de sottises, mais lui inspirent le devouement h une cause et Tesprit de sacrifice, et vous n'aurez plus qu'un vulgaire polrticien !

Au reste, le grand meritc de la theorie en question consiste, a notre avis, bien moins encore dans ce qu'elle affirme que dans ce qu'elle nie et condamne. Or, ce qu'elle repousse, c'est Tesprit revolutiounaire et ce qu'elle conteste; c'est le principe de la souvcrainete populaire.

On le voit, il n'existe pas, au point de vue purement philosophique, de cnYefnwm absolu nous pennettant d'etablir d'une fagon doctrinale, la

16gitimite mdiscutable de teLoii tel pouvoir et ce n'est pas, k coup sur, parce qu'il pretend s'appuyer sur des principes abstraits ou des doctrines sp^culatives que les citoyenslui devront, en conscience, rhommage de leur obeissance ou de leur devouement. Voila qui nous explique pourquoi TEglise s'est toujours montree un peu protestante en politique et n'a jamais excommnnie personne sous pretexte d'opinion. II ne s'en suit nullement de let qu'elle ait pretendu elever Tindifference a la hauteur d'un dogme ni meme blAmer en principc, la resistance k un pouvoir de fait, lorsqu'elle est le fruit de convictions sinceres et desinteressees. Le bon sens lui-meme indique assez que lorsque plusieurs partis se trouvent en presence, tons ne peuventpasposseder lesmemes titres a la confiance populaire. 11 y en a forcement un qui, k cet 6gard, Temportera sur ses adversaires. C'est precisement celui-la dont la domination meritera seule d'etre reconnue legitime.

Malheureusement, ce meme bon sens n'est pas, d'ordinaire, assez commun pourpermettre k lamajorite de reconnaitre le parti lemeilleur. L'onpeut affirmer toutefois que son caractere le plus distinctif, c'est, en regie generale, la fidelite avec laquelle il represente la tradition nationale. Un peuple, on effet, ne saurait mieux se comparer qu'a un indi-

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vidu dont Texistence se prolongs k trtvers les si^eles. 11 se compose, non seulement, de la generation actuellement existante, mais encore de toutes celles qai ont precede. Sa constitution naturelle r6suUe des evenements auxquels chacane de celleS'Ci s'esttrouve irielee et des 6preaves par elles subies. Logiquement, on ne con^oit guere plus des citoyens se reunissant, uo beau joor, pour se doaner une constitution toute neuve et basee sur des principes a priori que Ion ne comprendrait un particulier parvenu k T^ge mur et pretendant changer de temperament ou modifier les traits de sa physionomie. Le pouvoir reellement emane de Dieu, c'est celui que la Providence elle-meme a fonde en collaboration avec les siecles, qu'elle a charge les circonstances de faire naitre et de consolider ; celui, en un mot, que les hommes peuvent, non pas decreter, mais simplement reconnaltre et respecter et nous ne saurions mieux le definir que par cette formule : « La legi- (( timite, c'est le fait sanctionne par le temps. »

29. — Si Ton considere le pen de serieux des convictions chez la plupart des hommes et leur penchant a admettre pour vrai ce que la force leur impose, peat-etre se sentira-t-on porte A quelqu'indulgence pour les fanatiques qui refusent au pro-

chain le droit de penser autrement qu'ils ne font euxrinemes. L'on ne pourra s'empecher , en quelque sorte, d'excuser I'lnquisition de son pen de respect pour la liberte des croyances, en sougeant combien coUes-ci sont rarement respectables. Les masses grossieres et ignorantes ne jugent guere de Timmoralite d'un acte que par le chMiinent qui le frappe et le meilleur moyen de leur faire senlir la culpabilite de Theresie, c'etait encore de punir celle-ci avec la derniere rigueur. Lope de Vega disait de lui-meme : « J'ecris en « insense , mais j'ecris pour des fous. » Les familiers du Saint-Office auraient pu s'ecrier k plus juste titre : « Certains esprits difficiles h « contenter trouveront peut-etre notre fagon « d'agir critiquable au point de vue de la logique « et de la raison abstraite, mais est-ce bien par \k « qu'il convient de conduire les mortels? La « question religieiise se retrouve au fond de toutes « les querelles qui passionnent les hommes ; precher " la tolerance est plus aise que de la pratiquer'et « tenter d'aneantir nos adversaires constitue peuta etre Tunique moyen que nous ayons de ne point « etre ecrases par eux. En tout cas, nos procedes, « s'ils sont cruels, possedent du moins le merite « de la franchise et notre conduite peut faire honte

c( h Thypocrisie de ces regimes qui ne craignent

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« point de faire une guerre acharn^e k la v6rit6, « sans avoir le courage de Tavouer. »

30. — Les C^sars, eu condamnant k une mort cruelle des millions de martyrs, n'ont fait que proclamer la divinite du Christianisme et preparer son triomphe. Le progres des lumiercs a amene la deeouverte d'armes plus redou tables et il 6tait reserv6 a des princes catholiques ou, tout au moins, baptises, d'inventer centre TEglise, un plan d'attaque dont le machiavelisme surpasse tout ce qu'ont pu trouver les pa'iens les plus enrages. Le regime des concordats substitue k celui de la persecution, c'est la maladie chronique succedant a la crise aigue. EUe ne fait peut-etre pas autant souffrir le patient, mais elle Tenleve, sinou aussi vite, du moins aussi surement. Elle le ronge, liii retire toute Anergic et le laisse sans force pour resister ci Tattaque supreme. II est clair que les pouvoirs les mieux disposes sous le rapport religieux, songeront surtout k profiter de leur immixtion dans les affaires eccl6siastiques au profit de leurs complaisants, de leurs courtisans et de leurs creatures. Que sera-ce done lorsqu'on aura affaire a des gouvernants impies et sectaires ? lis y verront uniquement un moyen d'assouvir leurs haines, d'enchainer la liberty de TEglise, de Tempecher d'accomplir sa mission. II faudra un vrai

miracle de la Providence pour qu'ils n'en arrivent pas a dechristianiser la nation. Avec le systeme des prelats proposes par TElat, comment esperer encore renconlrer de ces Athanase, de ces saint Jean Chrysostdme dont Tindomptable resistance aux paissants du jour, faisait la gloire de la primilive Eglise? C'est-a-dire que le premier tilre d'un candidal ^ la dignite episcopate sera non plus le zele, ni Tesprit apostolique, mais bien la complaisance vis-k-vis Tautorite seculiere et une prudence toute mondaine. II est vrai qu'aujourd'hm, les choses en sont venues a un tei point que la suppression des concordats courrait risque de devenir encore plus p^rilleuse que leur maintien. L'on n'oserait guere plus reclamer leur resiliation qu*un medecin avise se risquer a retirer le fer de la plaie, lorsque par Ik, il s'expose k tuer immediatement le bless6. En tout cas, si Ton songe aux revolutions qui, depuis tantot un siecle, ont ebranle et ren\erse tant de tr6nes, on en arrive a. se demander de quelle utilite reelle ont ete pour les puissances s^culieres, ces empi6tements reiter^s sur le domaine spirituel. L'Eglise sans doute, n'a pas eu trop k se loner du regime concordataire. Les dynasties qui I'ont invente et. mis en pratique, s'en sonl-elles mieux trouvees?

1. — L'interet du plus grand nombre ne se confond pas plus avec riuterfet public qu'une opinion g6neralement reQue avec une verity demontree. II a seulement quelques chances de s'en rapprocher k Toccasion.

2. — A beaucoup d'egards, il en est des peuples commo desindividus ; on les trouve souvent prets h sacrifier leurs int6r6ts, jamais lours passions ni leurs pr6juges.

3. — Ce qui prouve k quel point le sentiment de rautorit6 est inne dans le coeur de Thomme,

c'est qu'il puisse y en avoir encore de respectees, apres la iaqon dont on les a vues exercees si souvent.

4. — II est dans le coeur de rhomme de s'attacher a ce qui est au-dessus de lui et de respecter tout ce qui, k un degre quelconque, revet i'appa- . rence de la force. De la, les sentiments de pieuse veneration et de devouement inalterable qu'ont parfois inspires les representants d'antiques races royales. De \k encore, cette merveilleuse patience avec laquelle tant de populations supporlent les plus effroyables exceis du despotisme, la durete m6me du joug les empechant, pour ainsi dire, d'en sentir le poids et leur enlevant jusqu'a la pensee qu'il puisse jamais etre brise.

Lk ou les classes superieures ont encouru Tanimadversion des nmsses, ce n'est pas leur tyrannie qui les a fait hair, mais leur faiblesse.

5. — L'Ecriture proclame les nations guerissables et il faut bien le croire, puisqu'elle nous apprend qne les morts eux-memes sont sujets k ressusciter.

6. ■^- II en est des peuples comme des amoureux ; plus le mal dont ils souffrent est profond et plus ils craignent d'en guerir.

7. — Un gouvernement vraiment fort, c'est celui qui peut se montrer impun^meril malhonnete et inepte. Cela prouve qu'il a pour lui, a la fois, les prejuges des masses el rinter^t d'un grand iiombre.

8. — C'esl toujours un grand mal qu'un souverain tyrannise ses sujets ; ce seraitparfois un grand bien qu'il le put impun^ment.

V. — Un peuple, comme un individu, se montre d'autant plus facile k dominer par la crainte que tout autre sentiment serait sans action sur lui. Voilk pourquoi les societes qui n'ont plus de moeurs, quelle que soit la forme deleur gouvernement, se trouvent fatalement vouees au despotisme.

iO. — Taut que les peuples prefereront le gouvernement qui flatte leurs prejug6s et leurs passions a celui qui eutend defendre leurs veritables int6rets, je ne saurai rien de plus impertinent que de reprocher au pouvoir 6tabli de se montrer 6goiste, malhonnfete et dedaigneux du bien public.

11. — II est des circonstances oil un gouvernement peut n'avoir pas grand chose k redouter des attaques de ses adversaires ; Ton n'ea eiterait guere

oil il n'ait beaucoup h craindre des fautes dc ses partisans.

12. — La situation d'un chef d'fitat soucieux de bien remplir son mandat pent fetre comparee k celle du soldat qui observe fidelement sa consigue. II est des cas oil le devoir lui prescrit de mourir k son poste, en bravant la.fureur de ses ennemis ; il n'en est pas ou il lui permette de renoncer h se defendre contre eux.

13. — A en croire Montesquieu, Ton peut declarer vertueuse, la femme bMie de faQon k faire prendre la vertu en grippe, mais on ne saurait repondre de la probite d'un homme public, par cette seule raison qu'il ne vaut pas la peine d'etre achete.

14. — II en est un peu de la conscience du personnage politique le plus honnete comme de celle du marchand; elle lui permeltra toujours, a litre professionnel, nombre de choses qu'elle lui interdirait rigoureusement en qualite d'homme prive.

15. — Si ce n'est pas une garantie bien serieuse d'incorruptibilite pour rhomme public, qu'une estime exageree de son propre merite, meme jointe k un fonds suffisant de nuUite, on peut esperer neanmoins qu'elle lui repdra un peu plus difficile

qii'a un autre de s'cntendrc avec ses corrupteurs sur le prix d'une Irahison.

16. — Tout bien consid^re, la plus sure garantie d'incorruptibilit6 d'un homme public, c'est qu'il s'estime lui-mSme a un prix lei qu'il degoute les acheteurs.

17. — La politique est un pen pour la plupart des praticiens ce qu'est la coquetterie chez les femmes ; elie consiste dans I'art de menager les convictions les plus opposees sans en adopter aucune et de debitor des formules, afin de s'eviter de chercher des solutions.

18. — Tout bien considere, proclamer hautement nos opinions est encore ce qui, aux yeux du monde, nous excuse davantage de n'en point avoir reellement ou nous rend plus facile de les trahir.

19. — Pour la plupart des hommes, il en est de la politique comme de Tamitie ; pretendre s'occuper des affaires de son parti ou de ses amis, n'est guere qu'un moyen expeditif de faire les siennes propres.

20. — L'on pent dire des institutions ce que rEgliso dit des sacrements ; elles sont faites pour les hommes, non los bomjnes pour elles. Le pre-

170 ESQUISSES ET SEOTENCES

mier merite d'une constitution, c'est, sans doute, d'etre appropriee aux besoins et k Tetat social de la nation et de ne pas pousser la perfection theorique au point de devenir impraticable, Rendons justice k la sagesse de Moise et de Solon, lesquels reconnaissaient avoir donne k leurs peuples, non les lois les plus excellentes, mais les meilleures qu'ils pussent supporter.

21. — Pas d'aberration plus grotesque et plus odieuse k la fois que celle ou sont tombes certains 16gislateurs modernes, imposant a un peuple des institutions qu'ils reconnaissent trop avanc^es pour lui et que I'avenir seul pourrait ]e rendre capable de supporter. lis sacrifient ainsi la generation presente a celles qui ne sont pas encore nees, et pretendent se tirer d'affaire, en infligeant a la jeunesse un systeme d'education conforme a leurs visees politiques. On ne saurait refuser a ces malheureux, le merite d'avoir decouvert le meilleur moyen de detruire k la fois Tosprit public et la moralite priv6e.

22. — 'Pas de progrfes serieux qui ne soit TcBuvre du temps. Pretendre, sous couleurdelib6ralisme, imposer a un peuple des institutions auxquelles il n'est pas prepar6, constitue, sans aucun

doute, le plus sur precede pour rempecher de jamais devenir capable de les pratiquer.

23. — II n'y a qu'heur et malheur en ce monde ; on raillait fort les ultras du temps de la Restauration, parce qu'ils pr6tendaient, dit-on, ramencr lo pays k des institutions ayant eu leurs jours de gloire et de splendour, et dont le seul tort consistait, comme celui de la jument de I'Arioste, a etre mortes a tout jamais. Certains utopistes modernes ont reellement plus de chance. Us trouvent un public pret a applaudir des essais de renovations sociales, lesquels n'ont jamais ete mis a Tepreuve et cela par Texcellente raison qu'ils n'ont jamais cessfe d'etre inapplicables.

24. — II y aurait un livre curieux k 6crire. sur la justice humaine et la fagon dont elle n'a guere cesse d'etre rendue. Que Ton se rappelle les suppHces inflig6s aux premiers chr6tiens, les sorciers oondamnes an bucher pendant les xv" et xvi' siecles ; ajoutoris-y les proces politiques de toutes les epoques et Ton n'echappera pas k cettc conclusion que poursuivre les coupables a generalement .ete Tune des moiudres occupations des tribunaux ct que la plus grande partie du sang par eux verse s'est trouv^e du sang innocent.

25. — Quelque soientraveuglementde la masse et ses entraincments irrefl^chis, nous la voyons presque toujours, au point de vue pratique, conserver surles coteries, celle incontestable sup6riorite que donne Tinstinct vis-k-vis de ceux que dirige Tesprit d'intrigue. EUe prend pour guide ses illusions et ses esp^rances, tandis que ces dernieres ne se laissent guere conduire que par leurs r6pugnances et leurs antipathies.

26. — Le peuple reellement ingouvernable, ce n'est pas celui qui ne pent conserver aucun gouvernement ; c'est celui qui, n'en pouvant souffrir un bon, se montre dispos6 k supporter n'importe lequel, pourvu qu'il soit execrable.

27. — Montesquieu nous semble bien severe, lorsqu'il reproche k Tibere d'avoir corrompu les moBurs pour mainteuir les coutumes. Les Romains n'avaient plus guere conserve que ces dernieres de tout ce qui pent etre respecte chez une nation et il fallait bien les bercer de cette illusion, que memo sous le dcspotisme dcs C6sars, il leur restait encore quelque chose k perdre.

28. — II faut bien qu'une nation qui a perdu ses moeurs et ses institutions, s'attache d'autantplus a ses coutumes, a ses plaisirs, k ses pr6juges comme

aux seuls biens qui lui restent. Le peuple romain, si habitue pourtant k la tyraunie, faillit se revolter parce que Caligula voulait faire porter dans les jardins de son palais, une statue de Mei'cure, laquelle ornait Tune des places de la ville. Ces memes Romains qui se contentaient de chAtier par d'inoffensives epigrammes, le parricide de Neron, ne se tenaient plus d'indignation en apprenant la presence d'Agrippine aux receptions des ambassadeurs. Enfin, dans des temps plus rapproches de nous, Ton a vu une nation assez patiente pour supporter un regime d'escrocs et de charlatans averes et dont le patriolisme se revoltait a la seule pensee que Ton put changer la couleur du drapeau.

29. — Les partisans des doctrines du Contrat social ont fort bien compris que la forme meme du gouvernement ne doit pas moins etre une affaire de raisonnement que d'habitude, de principes que de tradition. Toutefois ils nous paraissent s'etre etrangement trompes sur la nature de ceux-ci. Les vrais principes, en politique, ne reposent guere sur des deductions metaphysiques ; ils relevent surtout du climat, de la situation geographique et de diverses autres causes que I'observation seule peut faire decouvrir. L'on a

fait ressortir, avec raison, rimpossibilit^ pour les Russes de pratiquer le gouvernemenl democratique tel qu'il existait dans les cites grecques de I'antiquite, la rigueiir des hivers interdisant, chez eux, pendant un tiers de Tannee, toute assemblee populaire sur la place publique. L'histoire nous revele egalement Tinflueuce qu'exerce Tetendue du territoire sur le regime politique de la nation . La republique semblc une forme de gouvernemenl sp6ciale aux petits Etats ; jamais elle n'a pu s'implanter d'une fagon durable dans ceux qui occupent une vaste superficie, ^moins qu'iis ne se trouvassent organises en federation. La meme raison nous explique pourquoi les essais de monarchie democratique meritent d'etre consideres comme de pures chimeres, sauf dans les royaumes d'etendue mediocre, tels que la Belgique et la HoUande ; pourquoi, presque partout ailleurs, les couflits qui surgissent entre le droit populaire et le droit traditionnel represente par le souverain, ont necessairement amen6 la chute de la royaute et Tave-. nement soit du cesarisme soil de la republique.

30. — Les exces d'un gouvernemenl peuvenl hSiter sa chute, mais restent sans effel sur Telat social dont il est Texpressiou. Pas d'illusion plus deplorable que celle des royalistes attendant des

crimes de 93, une reaction capable de ramener la monarchie. La patience meme avec laquelie le peuple les supportait etait la preuve la plus eclatanle de son attachement aiix institutions nouvelles. En definitive, le pretendu palriotisme de la plupart des hommes consiste simplement k subordonner Tinteret public, a leur esprit de coterie ou a leurs prejug^s de caste, et cela est aussi vrai des citoyens d'une democratic que des membres de n'importe quel corps oligarchiquc. II ne faut guere compter que les evenements eclairent la classe depositaire du pouvoir sur lesinconvenients d'un ordre de choses flattant son ambition ou son amour-propre. Se figure-t-on, par exemple, les barons du xi° siecle degoutes du regime feodal par les desordres qui en r^sultaient ou les gentilshommes Polonais renongant ^ leurs prerogalivcs en haine de Tanarchie? De meme, nous dit Xenophon : « Tenlez d'expliquer a un Athenien « de la lie du peuple les inconvenients qu'offre « pour la cite, Texageration du systeme democra- « tique, il ne manquera pas de vous r6pondre que « si I'Etat s'en trouve mal, lui et ses pareils s'en (( trpuvent on ne peut mieux et que c'est la seule « chose qui lui importe. »

Les catastrophes memes que peut amener un etat social defectueuxneproduisentd'ordinaire d'autre

resultat que de rendre ses partisans d'autant plus acharnfis iledefendrequ'ilsle jugentplus menace. 11 voit sa popularity s'accroitre en raison, pour ainsi dire, du mal qu'il fait et les hommes s'attacher k lui dans la juste mesure ou on le sent plus funeste au bien public et aux vrais interets de la nation.

31. — Richelieu, dit-on, a etudie le point de savoir jusqu'a quel degre un peuple doit etre k raise pour rester gouvernable. La mfeme question pourrait elre examinee au point de viie du patriotisme. En general, les nations susceptibles d'un effort spontane etqui ont su defendre, pied a pied, leur territoire contre Tetranger, comme les Suisses au temps de Guillaume Tell, les Espagnols k Tepoque de Napoleon I", 6taient des populations pauvres, habituees k une vie dure et frugale. On dirait, en v6rit6, que la premiere condition pour que les hommes se montrent prets a tout sacrifier k la patrie, c'est qu'ils n'aient pas grand chose k perdre.

Et que Ton ne nous objecte pas Texemple de certaines insurrections telles que celles dePologne, fomentees par des gentilshommes qui s'arrachaient pour combattre k une vie de luxe et de bien-etre. II semble que Tamour de la patrie se mauifeste

SOUS des formes uotablemenl differentes au sein des masses populaires ou dans une caste nobiliaire. L'on Irouvera souvent les membres de cette deraiere d'autant plus prets a risquer vie et fortune pour leur pays qu'ils se seront montr6s plus empresses k compromettre son ind6pendance par leurs dissensions et leur esprit anarchique.

32. — Les hommes s'eprennent des biens par eux poss6des, moins en raison de leur excellence que de leur rarete ou du prix qu'y assigne Tamourpropre. C'est ce qui nous explique Textreme attachement des citoyens d'un etat oligarchique a leurs libert6s politiques. Elles y constituent moins des droits que des privileges permettant a ceux qui les poss^dent d'exploiter le reste de la nation.

Aussi, la fin la plus habituelle de ces sortes de gouvernements, lorqu'ils ne se trouvent point emportes par un soul^vement populaire, c'cst I'anarchie. EUer^sultenaturellement des efforts fails, soit par chacun des detenteurs du pouvoir individuellement pour s'elever au-dessus des lois, soit par le corps electoral en masse, afm d'etendre ses prerogatives au del^ de ce que comporte la securite du pays. II en va tout autrement dans une democratic.

La liberie y peul fttre compar^e k ces m^taux precieux doiit le prix s'avilit en proportion de leur abondance et Ton y eslime de pen de valeur, un bien dont la jouissance est commune k tous.

Aussi, a-t-on vu fr6quemment les masses populaires acclamer un despote a la seule condition qu'il leur assurM T^galit^ dans la servitude et ue permit k personne d'6chapper au joug commun.

33. — Lcs prejuges passent, la sottise reste el Thumanite devient plus eclairee sans devenir pour cela plus sage. Les soldats d'Alexandre croyaient leur chef, fils de Jupiter deguise en serpent. Nous croyons, nous, au progres indefini, k la bonte innee du ctEur de Thomme, etc., etc. Peut-etre bien 6taient-ce les Mac6doniens, les gens d'espril et nous, les naifs.

34. — Pas de mot sur la signification duquel les hommes se soient montres moins d'accord que sur celui de liberty. Quelques-uns la voient uuiquement dans la participation des citoyens k la gestion de la chose publique, d'autres dans le droit assure k chacun de faire ses propres affaires comme il Tentend et en dehors de toute intervention du pouvoir. Ciceron pretend qu'etre libre, c'est elre esclave de la loi ; certains veulent au contraire que

ESQUISSES ET SEIiTENCES I7f

ce soil posseder la faculte de la violer au gre de ses caprices ou plutot dc n*en reconnaitre aucune. EnfiO; aux yeux d*un grand nombre, cette liberty ne serait autre chose | que la permission k eux octroy6e de vexer autrui et de persecuier les opinions qui leur deplaisent.

Reconnaitre en elle, le pouvoir de faire tout ce qui ne lese pas le droit d'autrui, ofTre quelque chose de bien vague a Tesprit et semblerait presquo constituer une marque de servitude des devoirs h remplir vis-a-vis du public ou de I'Etat. Pentetre Tidee la moins inexacte que nous parviendrions a nous faire de la liberty, au sein d'une societe policee, consisterait-elle a voir en celle-ci, la consequence d'un double fait ; d'abord contr6le le plus efGcacc possible du pouvoir par des citovens honn^tes et eclaires et ensuite alienation au profit de la communaute, par les individus, de la moindre somme imaginable de leur ind^pendance naturelle pour jouir en echange de tons les avantage^ de la vie sociale.

L'on peut juger par tout ceci que bien loin de constituer Tapanage des democraties, la vraie liberte n'a souvent pas de pires ennemies que ces dernieres. EIlc varie, d'ailleurs, esseutiellement suivant les temps, les lieux, les circonstances et ne saurait, pour ainsi dire, etre la meme a In ville qu a la campagne.

iSO ESQUISSES ET SEP«TENCES

35. — Ce qui rend Tesprit d'egalite si inderacinable dans le coeur do I'homme, ce n'est pas que nous nous preoccupions de rivaliser avec aulrui, sous le rapport des talents et du m6rite, c'est que nous nous sentons tous a peu pres egaux par nos passions et nos convoitises.

36. — L'on dirait qu'il eji est un peu des systemes politiques comme des substances nalurelles, plus souvent utiles a Tetat de combinaisons qu'a celle de corps simples. L'experience nous d6montre que les regimes resultant de la fusion de formes opposees, sont generalement ceux qui ont le mieux aid(§ au d^veloppement de la civilisation, assure la prosperite de TEtat et le bien-etre individuel.

Chaque systeme gouvernemental possede en effet certains avantages qui lui sont propres. Par sa nature meme, la royaute favorise Tesprit de conquete, recherche cette gloire militaire inseparable de la grandeur de la nation et de celle du monarque. L'esprit de suite, les vastes desseins poursuivis avec tenacite semblent autant de privileges inh^rents a une societe aristocratique. Enfm, le but special de la democratic, ce sera lo progres materiel et la satisfaction immediate a donner aux besoins du plus grand nombre.

D'un autre cote, les inconv6nients attaches h,

ohacun d'eux ne semblent guerc moias considerables. Signalons d'abord le penchant quemanifeste toute classe gouvernante a e.\ag6rer son propre principe et k exploiter le pays k son profit exclusif, Tespece d'insouciance et de lethargie qu'engendre la paisible possession d'un pouvoir inconteste. La fin la plus habituelle dii regime populaire, n'est-ce pas le desordre materiel et moral, forcement suivi de la tyrannie? « Lon voit, suivant la belle expres- € sion de Montesquieu, les monarchies se perdre « dans le despotisme, de meme que les fleuves « dans la mer » et toute oligarchie qui manque de contrepoids court grand risque de sombrer dans Tanarchie, par suite de Tesprit d'iudiscipline de ses chefs.

Supposons, au contraire, une constitution dans laquelle ces elements divers se trouvent limites et pond6res Tun par Tautre, il y aura quelqu'esp6rance que les hommes ne trouvant plus d'autre terrain sur lequel Taccord leur soit possible, dirigerbnt leurs efforts du c6te du patriotisme et de rint6ret public. Chacun n'imaginera de moyen de satisfaire ses ambitions qu'en paraissant tout au moins occupe a procurer le bien de la nation. Ne voyons-nous pas les brigands eux-memes, souvent exacts observateurs entre eux des regies de la justice et fideles k la parole donnee, et cela non

Jissurfimenl par verlu, mais parce que la chose leur parait indispensable pour Texercice lucratif de leur profession?

37. — Conqu6rir est chose parfois relativemcut aisee. Le difficile, c'est de s'assimiler les populations subjugu^es ou tout au moins de se les attacher de fagon k prevenir toute pens6e de revolte. Divers proced^s out ete employes dans ce but et Ibs plus radicaux n'ont pas souvent 6t6 couronnes de moins de succes que les plus humains. Les Chaldeens et les Assyriens, aussi profouds poliliques que guerriers consomnnJs , avaient adopts le systeme des transportations en masse, comptant bien que la vue de nouveaux oieux et d*une terre inconnue ferait perdre aux emigrants jusqu'au souvenir de leur antique patrie. Les Incas du Perou agirent d*une fagon identique. Un chef-d'oeuvre d'habilet6 fut, a coup sur, le syslfeme suivi par les Romains. Nul ne convenait davantage au peuple qui devait ranger Tunivers sous ses lois. II consistait k rendre impossible tout accord entre les vaincus par la difference meme des conditions qui leur etaient faites. Les privileges les plus divers, un degr6 plus ou moins grand d'autonomie se trouvaient attribues k chaque cite et enfin, comme recompense supreme, on faisait

miroiter aux yeux des allies et des tributaires, I'admission complete et definitive dans la societ6 des maitres du monde. Cette maniere de proceder reussit admirablement, specialemenl aupr^s des barbares de rOccident, sur lesquels Rome exergait d'ailleurs im grand prestige en raison meme de la superiorite de sa civilisation. La pire politique serait visiblement de s'en tenir k une occupation militaire qui laisse seulement aux vaincus, Tusage de leur langue et Tadministration locale, mais leur refuse toute autonomic, sans chercher d'ailleurs a les fondre avec le vainqueur; car alors tout ce qui subsiste de leur antique existence nationale ne fait que leur rappeler d'une fagon plus amere , rhumiliation de la situation presente. C'est ce qu'a eprouve le gouvernement autrichien en Italic, ou sa domination se trouvait plus impopulaire au bout d'un siecle que le lendemain meme de Tannexion.

Le probleme apparait singulierement simplifie, lorsque Tetat dbminateur est pen centralise ou meme plus ou moins soumis au regime federatif et que le peuple annexe n'avait plus de dynastie nationale sur laquelle il put reporter ses affections. II suffit, dans ce cas^ d'admettre celui-ci dans la grande association politique sur un pied de parfaite egalite avec les autres et tout en lui

conservant sou individualite propre. Voila qui explique pourquoi cette m&me Autriche qui avait si mal reussi-sur les rives de I'Adige a eu, au con- Iraire, tant de succfes en Galicie oil lempereur n'est guere moins aime que dans les provinces memes qui furent le berceau de la monarchie.

Un autre moyen consiste k soumettre sans reserve les vaincus ["aux m^.mes charges que les vainqueurs et a Jes faire jouir des memes avautages. Lous XIV et Louis XV se trouv^rent fort bien de Tavoir employe, le premier vis-a-vis de la Flandre, de la Franche-Comte et de TAlsace, le second vis-a-vis de la Lorraine et de la Corse. Mais pour qu'il puisse reussir, differentes conditions sont indispensabies ; il faut qu'une certaine unite de langue et de moeurs existe entre les deux peuples ou du moins que le pays annexe n'ayant jamais eu d'existence propre bien tranchee, la perspective de faire partie d'une nation forte et puissante lui puisse apparaitre chose desirable. Sans cela le conqu^rant court grand risque de voir ses nouveaux sujets repousser ses bienfaits et continuer a le regarder comme un ennemi. Voyez par exemple ce qui est arriv6 pour les annexions r6cenles de la Prusse. L'assimilation du Hanovre lui fut aisee, pr6cis6ment parce que Ik elle avait affaire h une population parlant allemand, proles-

tante de religioa et qui avail longtemps fait pari to de la Confederation germanique. On ne saurait diro qu'elle soil commencee dans les provinces arrachees k la Pologne, au DanemarcK el k la France.

Les difficulles s'augmenteraienl dans une bien large proportion, si la question de fusion des races se trouve compliquee d*une question de libert6 religieuse, si une bureaucratie trop envahissante pretend faire table rase des moeurs, des usages, des croyances et pousser brutalement les populations dans la voie d'line uniformite absolue, fut-ce au nom des plus belles theories historiques ou ethnographiques.

L'on en peut juger par Texemple que donne aujourd'hui le gouvernemenl russe. A coup sur, si de graves difficulles viennenld'ici pen I'assaillir, ses tenlatives d'unification k outrance desdiverses races de TEmpire, n y auront pas 6te elrangferes.

38. — L'adoucissement des mcEurs, le progres des lumieres sont choses lentes, mais cerlaines. Aujourd'hui, nous n'avons plus k redouter rien qui rappelle les horreurs de I'ancien temps, dragonnades, egorgements de la Saint-Barthelemy. Tout au plus serait-il permis de craindre un leger retour aux pratiques de la Commune ou un nouvcau massacre des 6tages.

39. — II est toutnaturel que Tesprit de caste ou cclui de parti aient plus d'empire sur Tesprit des homines que le palrlotisme, pulsque s'ils nous prescrivent des sacrifices, c'est toujours au nom de Tamour-propre ou du pr6juge et ce dernier, seulement au nom du devoir.

40. — Les masses sont un peu oomme ces femmes legeres qui ne tiennent serieusement qu'a une chose, c'est qu'on leur manque de respect. EUes pardonnent bien des fautes, sauf Tindifference et le plus sur moyeu pour un pretendant de se couler k leurs yeux, c'est de se monlrer trop scrupuleux en fait de legalite et surtout de manquer d'ambition.

41. — C'est un grand signe de demoralisation chez un peuple lorsqu'il redoute le retour d'un regime politique, surtout parce qu'il le juge trop honnete, et qu'il soil moins difficile encore au gouvernement d'etre moral que de le paraitre.

42. — On a souvent dit qu'en politique, les hommes servent peu sans les principes ; la reciproque ne serait, sans doute, pas moins vraie et Ton peut juger de Theureuse situation d'un pays dans lequel les uns et les autres feraient egalement defaut.

43. — Tout bien consider^, le regime le plus liberal , ce n'est certes pas le plus d6mocratique, le plus empreiat de parlementarisme, mais celui qui tout en exerQant son omnipotence dans la sphere de ses attributions naturelles, sait n'en pas sortir et respecte aussi largement que possible, Tinitiative des parti cullers.

44. — Tout changement dans Tetat social en entraine forcement un dans les institutions politiques et c'est ce qui rend les restaurations difficiles. Comment, par exemple, decider un pays oil los revolutions ont introduit le suffrage universel, c'est-^-dire la forrfiule la plus absolue de la souverainete populaire, a accepter une monarchic hereditaire, laquelle constitue Texpression par excellence du principe traditionnel. Livrees a ellesmemes, les masses y prefererout toujours k un roi qui aurait le malheur d'etre legitime, n'importe quel aventurier sachant se rendre populaire et se donner comme le produit des votes de la majority.

45. — Par le temps qui court, le grief le plus legitime qu'un peuple puisse avoir contre les princes qui le gouvernent, ce n'est pas leur tyrannic, c'est qu'ils n'aient pas toujours la hardiesse

de commander et ne sachant pas contraindre les recalcitrants k Tob^issance.

46. — Abandonne it ses propres instincts, le peuple est toujours commc ces enfants g^tes, impitoyables ponr ceux qui subissent leurs caprices, soumis et dociles vis-k-vis de qui sait les morigener. La seulc chose qu'il ne puisse pardonner, c'est la faiblesse. II laissera guillotiner un Louis XVI, mais on le trouvera toujours pret a se prosterner devant un Richelieu ou un Napoleon I".

47. — Quel dommage que Tingratitude si frequente dans le monde soit si mal pratiquee des princes, lesquels devraient cependant honorer en elle, la premiere des vertus politiques et qu'on les trouve toujours disposes a sacrifier I'interet de leur parti et celui du pays a leur reconnaissance pour de faux amis et des services qui n*ont jamais ete rendus !

48. — Ce qui fait de la reconnaissance, la vertn des princes, c'est qu'ils se preoccapent bien plus de recompenser les flatteries que les services.

49. — La plus utile comme la plus rare preuve de d6vouement qu'un parti pourrait donner a son

chef, ce serait de ne pas Irop compter sur sa reconnaissance et de lui permettre de se montrer ingrat, tQutes les fois que I'interet de la cause I'exige.

50. — Une triste experience nous demontre que pour faire les affaires de son pays et le gouverner honnetement, un scelerat judicieux vaiit mieux cent fois qu'un homme de bien irresolu, et combien Taudace d'un Cromwell est preferable aux hesitations d'un Louis XVI.

51. — Le peuple est toujours enfant; ce n'est pas tant en lui disant des choses sensees que Ton gagne sa confiance qu'en ayant soin de lui repeter sans cesse les memes.

52. — En politique, ce n'est pas du tout comme en matiere de droit civil ; on n'herite surement que de ceux qu'on assassine.

53. — Pas de situation plus triste que celle d'une dynastie restauree, sans cesse minee par une opposition puissante qui rend, pour elle, les moindres imprudences plus graves que ne le seraient pour d'autres de lourdes fautes et condamnee sous peine de mort a n'avoir jamais a sa tete, que des chefs capables et des princes, hommes d'esprit.

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-Vi. — L'f^xi-.'S <i* n-,-'ienr Jaos le* cbalimenls ^-rtfiir.Ituir 'i»: to'js l-^s aba* •!■? la force, It> plus danui:t':nx. [isne <]Fje c'est c«::Iui <]ui doaoe da%~aiitage :iii (I':r[.'i'i-)tn(- t;l a I'oppressioa, lappareDce de la

ii7. — En politique, les convictions verilableiti'-iii [iroritubks sont comme ces feux d'artificc ilujii I I'dat i.-xciisc et fait oublier le pen de duree.

;iS, — Lir polilicien vraimcnt fori se prete aux 111!' limliotissuctCHsives dcl'csprit public, demerae ijli'mi't rob(! bieii fiiile ii tous Ics mouvemeals du nujis, qii'iin nagciir habile aux balancemeats de la vah'in!. II ri'a (fuere k craindre que les masses s(i I'is'il'iit jamais do lu voir I'hangev de convictions

■ti s(juveiit qu'olles-mijmes d'opiniou.

59. — Quand les revolutions ont enlev6 k un pays, ses croyances aussi bien que ses institutions, pas de meilleur moyen de gagner sa confiance que de se poser en sceptique. II faut seulement le savoir faire avec energie et conviction et se monlrer in6branlable dans son eclectisme.

60. — Le regime le plus conforme aux principes d6mocratiques et aux aspirations de la societe moderne, c'est celui qui, fonde sur I'egalite politique aussi bien que civile, conf^re a tons les citoyens des droits identiques. Peut-^.tre le regime conforme aux regies du sens commun serait-il celui qui accorderait a chacun, des droits civiques en rapport avec son degre de moralite, de savoir, de capacite aussi bien qu'avec Timportance des interets qu'il a k defendre.

61. — C'est chose digne de remarque combien la sagesse des institutions, r6quit6 des lois, la moderation du gouvernement ont rarement pour oflFet de developper chez un peuple, des idees de justice et d'humanite. II semble que le meme sentiment qui pousse ce dernier a exiger du pouvoir le respect de ses droits, le predispose a ne tenir aucun compte de ceux d'autrui. Ce qui est certain, c'est que les nations jouissant de la plus grande somme ie liberte interieure, se sont montrees les moins

accessibles aux idees de droiture et de moderation dans leurs rapports avec l'6tranger ou le vaincu.

62. — Je ne sache rien de plus imperliaent que de predire la chute d'un regime par cette seule raisonqu'ilestimpraticableoucontraireau bien public, Autantvaudraiipronostiquerlafind'unemaladiepar ce motif que n'en point guerir serait prejudiciable a la sante du patient. Les pensees des hommes ne s'arretent poiut a ses vaines* considerations et Ic gouvernement qui flattc leur 6goisme ou leurs prejuges sera toujours le meilleur a leurs yeux. Tout au plus, est-cc lorsqu'il a jete le pays dans d'irreparables malheurs que Ton daigne reconnaitre ses inconvenients et songer a le modifier.

63. — C'est quelquefois signe d'energie pour un gouvernement populaire, lorsqu'il proscrit les hommes trop en vue et les citoyens influents. Cela prouve qu'i defaut d'esprit d'equite et de justice, il a, du moins, celui de se defendre contre les perils qui le peuvent menacer; c'est toujours marque de decadence quand il en arrive a tracasser les simples particuliers et les personnes sans importance politique. Cela demontre qu'il a cesse d'etre un pouvoir s6rieux, pour devenir Tinstrument d'une coterie ; le genie d'une democratie

,• ESQCISSES ET SENTENCES 193

poiivant biea etre de f rapper ce qui s'^leve r^ellemeat, jamais de perseculer la mediocrite.

64. — La corruption administrative dans une monarchie absolue tient surtout au defaut de contr6le et I'on peut la reprimer dans une large mesure, en soumettant la comptabilite aux regards des curieux. Au sein d'une democratie, elle tient a d'autres causes infiniment plus difficiles a alteindre, par exemple au pen de morality des masses, lesquelles ue consent guere le pouvoir qu'& des politiciens, souventdenues de ressources et toujours.de scrupules. La plus large publicite en coQstatant le mal ne fait des lors que Taggraver, puisqu'elle habitue la nation a cette idee que la corruption est inderacinable et que ses mandataires, quoi que Ton fasse, ne peuvent etre autre chose que de malhonnStes gens.

65. — On peut esp6rer avoir une monarchie honnfete, lorsque, par hasard, le prince sa trouve assez homme d'esprit pour comprendre que laisser voler r^tat, c'est se laisser voler soi-meme ; mSme observation pour une aristocratic, parce que vivant forcement de prejug^s, elle peut finir par adopter meme celui de la probite et reclamer des gouvernants integres. II en va tout autrement dans une democratic riche et opulente. L'esprit

194 ESQUISS: S ET SENTENCES

de concussion semble inherent k cc regime, puisqiic Ics masses ignorantes et souffreteuses ne pouvant se passer le luxe d'avoir des prejug^s, les remplacent par des appetits. Comment exiger des 61ecteurs plus de scrupules dans Taccomplissement de leurs devoirs politiques, qu'ils n'en apportent dans leur conduite privee et compter qu'ils s'indignent do voir leurs mandataires agir de la m^me fagon, qu'eux-memes ne manqueraieiit pas de le faire, s'ils se trouvaient k leur place?

66. — L'esprit belliqueux, Tamour des conquAtes sout choses indispensables a la plupart des monarchies aussi bien qu'^ certaines oligarchies et le plus grand signe de decadence pour ces regimes, c'est qu'ils deviennent trop pacifiques. Tout autre est le temperament d'une d6mocratie. Celleci est forcement perdue d^s qu'elle se mele de vouloir devenir conqueranle. Au reste, le cas se presentc rarement et si Ton a vu parfois des dynasties et des grands, victimes de leur humeur guerriere, le plus grand peril pour les fitats populaires, c'est un gout du bien-etre et un amour du rcpos qui les empechent de savoir meme se d(5fendre.

67. — On a parfois vu un regime liberal succeder k un pouvoir absolu. Pas d^exemple qu'une

r6publique lyrannique ait 6ni aalrementquepar le despotisme d'un seul.

68. — C'qst parfois une grande force pour un gouvernement que de savoir se mettre au-dessus des scrupules de la legalite ; s'il froisse par \h quelques esprits susceptibles et reveches, il a du moins toute chance de s'altirer la consideration des masses, lesquelles peu susceptibles d'estime ou d'aflFection an point de vue politique, ne comprennent guere que le despotisme et apprecient surlout, de la part du pouvoir, Temploi de moyens grossiers et brutaux comme elles.

69. — Aii point de vue politique, il en est un peu des classes moyennes comme du soleil qui ne repand la vie dans les mondes eloignes qix'k la condition de ne pas I'entretenir a sa surface. Elles constituent, au sein des societes, Telement de progres et sans leur concours, nul regime ne saurait subsister. N6anmoins, 6galement d^pourvues de cette force que le nombre donne au gouvernement populaire et de cet esprit de corps qui constitue I'apanage exclusif des aristocraties, elles montrent peu d'aptitude k exercer le pouvoir directement par «lles-menies. Toutes les fois qu 'elles Font tente, ce n'apas et6 pour longtemps; ou bien la bourgeoisie a promptement degenere en oligar-

chie comme dans les vieilles r^publiques suisses et italiennes, ou bien elle n'a fait que preparer la voie k la democratie, aliisi que cela a eu lieu dans plusieurs 6tats contemporains.

70. — Les annalistes nous vantent les beaux jours de la Grfece et de Rome, comme des 6poques d'honn6tet6, de vertu et de patriotisme. Tout cela est de la fable, non de Thistoire. Espferent-ils nous faire croire qu'il y ait jamais eu un temps oil la candeur et la probity aient constitue de bons moyens pour faire fortune , ou les particuliers aient pu s'61ever au pouvoir sans bassesse ni esprit d'intrigue ?

71. — II en est de la politique comme de la cuisine, c'est un metier sale par essence, et Ton iie pent qu'admirer la naivete de certains personnages publics qui se sont obstines a le vouloir exercer proprement, sous pretexte que leur conscience les obligeait k le pratiquer avec honn^tete.

72. — Le regime politique le plus sOr de toujours rencontrer des defenseurs, re n'est pas d'ordinaire celui qui fait le mieux les affaires du pays, mais celui qui fait le mieux celles des gouvernants et flatte davantage les prejuges et les preventions des masses.

73. — II en est un peu des nations comme de ces charlatans qui pretendent gu6rir toutes les maladies, uniquement en empfichant les sympt6mes de se produire. EUes s'irriteront, au besoin, des abus commis par un homme au pouvoir, mais s'indi- ^nei'aient bien davantage si Ton faisait mine de vouloir extirper les causes dont d^coulent les dits abus.

74. — C'est une bien lourde faute pour un gouvernement, lorsque sa trop grande application k satisfaire aux inter^ts de la nation, TempScbe de commcncer par donner satisfaction h ses caprices et A ses pr6jug6s.

75. — Les talents militaires sont les plus utiles a un chef d'etat, precis6ment parce que ce sont ceux qui pretent le moins k contestation. Un prince ne pent se croire un grand general, s'il n'a fait ses preuves, tandis que rien ne Tempfeche, en d6pit de sa m6diocrit6 native, de s'estimer un profond politique.

76. — C'est un grand bonheur pour un peuple, quand ses pr^jug^s se trouvent d'accord avec son patriotisme.

77. — Le monde est parfois beaucoup plus severe pour celui qui se refuse k arborer une opinion

que pour rhomme qui trahit celle qu'il a r^ellement.

78. — Les hommes politiques qui se fient aux Merits pour dissiper les prejuges hostiles at aux proclamations, afin de ramener a eux Tesprit des masses, sembttMit assez de la force des sorciers d'autrefois, Icsquels pretendaient calmer les flots et procurer le beau temps par leurs incantations. Encore y a-t-il k alleguer en faveur de ces deruiers, une double superiorite. Us ne croyaient guere a refficacite de leurs pratiques et avaient soin de sc faire payer d'avance leurs consultations.

79. — Qu'esperer de ravenir d'un pays ou les monarchistes tiennent surtout a se poser en partisans de la democratic et unefoule de r^publicains, en amis de la dictature?

80. — Une nouvelle 6cole s'est form6e qui entend retourner le pays k force de ne rien faire, attirer les regards bienveillants de la foule par sa persistancc a se cacher et conquerir la faveur des masses, rien qu^en se croisant les bras.

81. — C'est souvent un grand m^rite pour un prince de savoir, dans la geslioa des affaires publiques, tenir comple de la fagon de voir de ses

adversaires, et toujours de savoir imposer la sienne a son propre parti.

82. — On pent definir une revolution, la conquete du pouvoir par une classe au detriment de celle qui le detenait auparavant. Compter sur les crimes ou exces du nouveau regime pour detacher de lui le parti dont il flatte I'amour-propre ou satisfait les appetits, n'est que pure illusion. Ce ne sont pas les considerations patriotiques ni la passion de I'equite, ni Tamour d'une sage liberte qui font les revolutions; ce ne sont pas eux qui peuvent les defaire.

83. — C'est rincurie des gouvernements, le hasard des circonstances, Taveugle entrainement du peuple qui font les revolutions ; c'est son scepticisme qui les eternise.

84. — Les revolutions se peuvent diviser en deux grandes categories : d'abord les radicales qui consistent surtout k remplacer les anciens abus par d'autres souvent beaucoup plus graves ; ensuite les moder^es , lesquelles conservent soigneusement ces dits abus et ne font que changer le personnel qui en profite.

85. — En politique conime en tout le reste, rhomme se montre surtout animal d'habitude* II

redoute instinctivement lout ce qui peut troubler ses occupations, ses habitudes, son genre de vie. C'est cette haine du changement, cet esprit de routine qui provoquent tant de resistances centre les revolutions k leur debut et rendent ensuite les reactions impossibles.

86. — II en est de la r6 volte contre un pouvoir etabliy comme de la desobeissance d'un fils aux ordres paternels ; cela peut s'appeler quelquefois un devoir, jamais un droit.

87. — Les revolutions sont dans la vie des peuples, ce que sont les maladies aigues dans celle des individus. Les chances de guerison diminuent plutot en raison de la frequence des crises que de leur violence et tout Teffort de la m^decine devicnt bient6t superflu,lorsqu'elles ont passe a retat periodique.

88. — Un peuple n'acquiert pas plus les moeurs de la liberie k faire des revolutions qu'un extravagant, Texperience, k force de commettre des sottises.

89. — Les causes les plus nobles finissent par Tesprit de coterie, de meme que les plus haules intelligences par Timbecillite senile.

90. — Une cause n'a pas, d'ordiaaire, moins h craindre de la surabondance des gens empresses i se proclamer ses partisans que de la penurio d'hommes disposes k se sacrifier pour elle.

91 . — Une cause estbien compromise, lorsque ses chefs tiennentplus k la diriger qu'Ma faire reussir et n'ont pas m^me assez d'ambition pour comprendre que la satisfaction de leurs interets personnels se trouve absolument subordonn^e au triomphe de leur parti.

92. — On s'altache k une cause par amourpropre, par calcul d'int6rfet, par genre et vanity, et surtout, parce qu'aux yeux du monde, 6tre d'un parti semble encore ce qui dispense le mieux d'avoir une opinion.

93. — Le meilleur moyen de savoir ce que vaut une cause, c'est d'examiner par quels proc^des elle pent, le plus utilemeut, 6tre d^fendue.

94. — C'esl mettre la fidelity des serviteurs d'une cause a une trop rude 6preuve que de la faire consister a approuver les sottises ou a appuyer les intrigues des faiseurs.

93. — Une cause est bien en peril, lorsque ceux qui la pr6tendent diriger songcnt p]ut6t a exploiter son triomphe qn'k le preparer.

96. — La fidelite de ses partisans k line cause Fempeche de mourir, mais ne suffit pas k la faire ni durer ni triompher.

.97. — Qu'attendre de I'avenir d'une cause, lorsqu'il n'est pas bien certain que ses chefs euxmemes soient partisans des principes au nom desquels ils pretendent agir ?

98. — Rien, au fond, de plus moral que le hasard. 11 lui arrive parfois de faire tout pour les causes qui n'oiit plus d'espoir qu'en lui et I'histoire abonde en exemples de restaurations absolument impr^vues. Par contre, ce qu'il refuse energiquement, c'est de se rendre le complice de notre paresse ou de notre presomption et nous voyons qu'il ne manque gufere de jouer lous les mauvais tours possibles au parti qui, poss^dant de serieux moyens d'action, refuserait de les utiliser.

99. — On entend par parti politique, une societe a la fois fmanciere et industrielle, assez rarement reconnue du gouvernement existant, etayantpour but I'exploitation du pays, du budget et des fonclions publiques. EUe poss^de un ou plusieurs chefs honoraires appeles pretendants et lance des prospectm vulgairement connus sous le nom de journaux. Chaque societaire fait uu apport plus ou moins considerable de convoitiseSy d*app6tits k

assouvir, d'ambitions k salisfaire. II prend Tengagement, au moins taeite, de reiioncer & tout sentiment d'independance, a tout scrupule de codscience pour obeir aveuglement a des meneurs qui le plus souvent, se sont nommes eux-memes.

Celui qui aurait Taudace de vouloir juger d'apres son jugement ou agir d'apres les lumieres de son for inlerieur, s'exposerait k etre ray6 des listes, comme perturbateur et mauvaise tele.

Les associations de ce genre se trouvent sujettes, comme bien d'autres, k faire faillite et leur duree demeure essentiellement limitee aux chances de succes du principe qu'elles prelendent repr6senler. L'on cite des p^res de famille pr6voyants, lesquels pour mieux assurer I'avenir de leurs enfants, font partie de deux ou trois de ces soci6t6s, mais ce n'est pas le cas le plus frequent. D'ordinaire, on se borne a passer de Tune a Tautre, suivant le hasard du moment ou Topportunite des circon stances.

Tout ceci, bien entendu, ne s'applique point aux partis reposant sur des principes serieux, ni a ceux qui les ont embrass^s par conviction, mais c'est bien le cas dedirequ'ici, Texcepiion confirme la regie.

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