‹ Esquisses et SouvenirsChapitre 25 sur 51 · MEMENTO · texte numérisé non relu

MEMENTO

La route monte entre des murs et tourne et longe l'enclos planté d'arbres rangés, qui n'ont encore de vert, sinon un peu de mousse.

Allée, platanes

De belle écorce,

Vieux bancs de pierre,

Je vous revois

Dans la lumière

De cette fin

D'hiver bénin.

Dans la vallée

Au creux charmant

La Bièvre coule

Et se déroule

Comme un ruban.

... Je t'avais désirée toute la nuit, pâle Ampliitrite ; je te guettais par la portière du \vagon. A

FELILLETS 3o5

l'aube, tu m'apparus dans l'air glacé avec tous les souvenirs de mon adolescence. Car c'est alors que je te vis pour la première fois et malgré la faiblesse de cet âge, tu t'étais empreinte si fortement dans mes yeux qu'il m'est loisible aujourd'hui, après tant d'années, de mesurer d'un regard rapide, sur le sable de tes bords, que tu quittes la terre.

Douce saulaie, Dans cette crique Où vient mourir L'Adriatique ; Saulaie, ombrage Mélancolique, Que n'ai-je pas Sur ton rivage Fixé mes pas !

... J'aime le choc des vagues contre le navire, la nuit, sous la pluie, alors que le liquide étendu n'est qu'une ombre où se reflète à peine un fanal, une lumière céleste. Un rocking-chair sous la tente mouillée qui clapote au vent, et comme l'on songe dans l'humidité, dans le roulis !

... Un brouhaha sur le pont du bateau qui stoppe, un matin blanc et frais, en face d'un bourg aux maisons orientales ocre et vert lavé. Des voix qui hèlent, des chaloupes qui dansent sur les flots...

Comme le soir descend sur les promontoirs, sur

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la mer plaintive ! Les mouettes volent en rond et rasent l'eau brune en criant...

On revient après vingt ans, on s'assied à table au milieu des siens, à la place où l'on a mangé, où l'on a bu enfant. Aspects, visages : souvenir de panorama. C'est la voix du phonographe ! Quelle sensibilité, — pour ce soir, — voulez-vous attendre d'un homme assomme?...

Que dites-vous ? votre vie est fixée avec une épingle...

J'ai aimé les ormes d'un vieux quinconce, des platanes au bord d'un gave, des peupliers autour d'une fontaine. 31ais il y a l'olivier tordu de Minerve.

... Une blancheur serpente et se fond là-bas dans du soleil. C'est le lit du torrent à sec. Cependant la molle grenouille chérie des Cluses trouve encore une goutte d'eau pour faire entendre sa voix. Sur la rive, de grands arbres se penchent, ombreux, au tronc ceint de roses grimpantes...

0 sanctuaire de la déesse fille de Jupiter, mieux qu'auparavant, par cette éclaircie, tu pris possession de tout mon être. Autour de loi, sur les monts divins, traînait une écharpe d'ombre veloutée.

La douce Mélancolie

Ne consent pas que j'oublie

Cet après-midi mouillé

Et tout à coup égayé

D'un rayon que, pour me plaire.

Le dieu de qui je suis l'hoir

De son arc a laissé choir

Sur la route de Phalère,

Où j'assemblais en rêvant

Le genêt à ranémone,

Qui défaillante frissonne

Au moindre souffle du vent.

... Les citrons sont en tas et les oranges et mainte épice dans les mahonnes goudronnées et sur la dalle des quais en demi-cercle. Des mariniers dorment à bord sur le dos, au soleil. De petits chiens font sentinelle et jappent.

... Le tramway franchit la porte de la cité et m'emporte sous un ciel de février que le soir déjà embrume. Sur l'impériale assis, je suis tout seul et je fume :

Ce tas de pieux, c'est sans doute Les guinguettes, qui, l'été, S'ouvrent au bord de la route, Toutes pleines de gaîté.

Je revois les Entreprises De jardins, comme l'on dit.

Dans quel état les a mises Ton passage, hiver maudit!

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Mais déjà s'étend plus brune La campagne ; on voit crever Dans un nuage la lune, Qui nous invite à rêver.

Nous allons au trol de nos percherons. Il y a dans l'air une odeur de paille échaullee.

Enfin sans accrocs ni drames, Sans nous être tant pressés, Tout à coup nous arrêtâmes A la station de C...

J'avise une antique auberge Qu'éclaire un fumeux quinquet ; Malgré ses rideaux de serge.

C'est plutôt un mastroquet.

Mais qu'importe ! je m'attable Et je soupe hardiment D'une viande passable Et d'œufs frais, sur mon serment.

J'eus pour me rougir la trogne Un excellent piccolo ; Et quant au marc de Rourgogne, Ça ne valait pas de l'eau.

Je sors et je trouve nuit close. L'ombre des passants devant les rares lenôtres éclairées, le bruit des pas, le son de la voix humaine, l'aboiement des chiens, tout me berce et m'engourdit délicieusement.

Je reprends le tramway, j'arrive à Paris et je rentre me coucher.

Et voilà qu'un soir se passe, — C'est un succès fieiïê — Dans l'absence de la face De mes amis de café.

... Un chemin raide, caillouteux, moins pénible à monter qu'à descendre, coiffé de sombres verdures.

Une eau croupissante où pourrissent des feuilles ; un ancien moulin : ses fenêtres sans vitres font des trous noirs.

Une salle rance d'auberge avec un vieux billard au milieu. Tout à coup, en face, sonne l'horloge de l'église : c'est une vibration enrouée, qui dure, qui apaise et qui énerve.

Un long sentier à travers champs, qui, à la fin se fourre dans un taillis. H faut grimper, il faut lutter contre de jeunes branches qui fouettent ; c'est un plateau couvert de bois qui courent de tous côtés, avec des pénombres, des lumières tamisées et de gros champignons au pied des arbres.

Dans une localité ni citadine ni rustique, une rftelle — à mon gré — pleine de paille et de fumier, tourne et se perd dans la nuit qui tombe.

Une grosse pierre bis tanné, brise et disperse une eau d'argent.

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