ROMANTIQUES I I
courant romantique, il n'a d'autre part révélé ni développé aucun élément nouveau de la sensibilité romantique, si la poésie n'est, par rapport aux thèmes de cette sensibilité, qu'un écho merveilleusement musical. » L'auteur de Le Romantisme français peut parler ainsi sans scrupule, car il n'eut point le dessein d'entreprendre un ouvrage de critique littéraire proprement dite. Sa tâche est tout autre, et le génie réalisé d'un poète doit, pour le moment, l'inciter à conclure, moins que le caractère de ce même génie.
Donc, M. Pierre Lasserre constate la double disposition d'âme de Lamartine : sensibilité romantique et ingénuité homérique. Celte dernière disposition, bien que vigoureuse, fut gâtée cependant par l'influence néfaste de Jean-Jacques Rousseau et de son école. Ainsi, les pires chimères viennent fondre sur Lamartine, écrivain et homme public « interposant un voile fallacieux et brillant entre sa pensée ou sa volonté et les réalités, brouillant l'une avec la vision vraie des choses et l'autre avec les conditions objectives de l'action ». C'est à cause de ces chimères que le romancier de Graziella et dQ Raphaël, que l'historien des G ù^ondins s' enVize dans la splendeur du faux. Quant au lyrique des Méditations q\ des Harmonies, il plane d'assez haut sur les périls. Toutefois, M. Lasserre se sent pressé entre Vagace-
ESQUISSES ET SOfVENmS
ment et le charme même en écoutant le chant aérien de ces vers.
« 31ais, — ajoute-t-il vite, — quand je pense au poète, un peu loin de la lecture, quand je pense, non à tel ou tel ouvrage, telle ou telle conception de Lamartine, mais à Lamartine, pourquoi en reçois-jeune impression toute contraire? En lui aussi, je crois sentir le grand et serein naturel des classiques, une sensibilité ample et pure, une abondante faculté d'amour sans caprice, une àme de lumière qui ne porte en elle aucun secret et honteux intérêt à troubler le sincère reflet des choses, à en fêler la répercussion... »
Certes, dirai-je à mon tour, Lamartine avait bu le breuvage empoisonné de Jean-Jacques. Mais il portait en lui l'antidote nécessaire. Au fond, Rousseau n'abusait les hommes comme Lamartine que par ses qualités d'artiste. 11 abusa jusqu'à Stendhal qui, dans ses Mémoires (Twi touriste, je crois, s'enivre de sensibilité roussienne à propos de je ne sais plus quelle attente amoureuse sous un berceau de vigne sauvage. Et pourtant, quel abîme entre la nature d'un Stendhal et celle de l'amant de M""' de Warens 1
11 y a dans le livre de M. Lasserre un bon morceau sur l'emphase des romantiques, sur leur fa-