‹ Esquisses et SouvenirsChapitre 34 sur 51 · TRISTESSE DA>'S UN JARDIN · texte numérisé non relu

TRISTESSE DA>'S UN JARDIN

La maison qu'habiteM.X.. .aux environs d'Athènes est entourée d'un vaste jardin bien dessiné. On y admire des arbres de toutes sortes, et parmi les plus

beaux, d'antiques oliviers noblement tordus, des mûriers à l'ombre épaisse, de hauts platanes qui A'ersent la fraîcheur et dont le tronc tacheté s'enguirlande de roses grimpantes.

Mille fleurs émaillent le parterre. A côté de la ménagerie, qui est suffisamment approvisionnée, s'ouvre un puits profond, que les enfants s'amusent à faire résonner en parlant la tête couchée sur la margelle.

J'arrivai chez M. X... dans l'après-midi, par un temps couvert et mélancolique, car cette année, année singulière et néfaste pour la Grèce, le printemps y fut aussi singulier : la pluie tomba fréquemment, obscurcissant l'azur du ciel, et l'on vit l'éclatant fils d'IIypérion lancer des traits amortis.

On causait sous la véranda, et c'était naturellement de la guerre. Le plus grand nombre blâmait vivement la conduite de l'état-major et des chefs ; trois ou quatre personnes d'âge cherchaient à pallier.

En écoutant ces propos divers, quelques phrases d'un discours de Démosthène me vinrent à la mémoire :

« Quand on a commis une lâcheté, il n'est pas possible de séduire tout un peuple et on se trouve humilié par ceux qui font de justes reproches comme

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par ceux qui prennent seulement plaisir à les entendre. »

Mais tout à coup, je me rappelai également ce que dit Stendhal dans sa Vie de Napoléon :

« Je sais que lorsque l'on n'a pas une connaissance personnelle de tout ce qui se passait dans une armée, il est téméraire de blâmer un général de ne pas avoir osé entreprendre telle marche ou telle manœuvre qui, de loin, semble facile. »

...Les jeunes filles se répandent à travers le jardin ; en cueillant des bouquets, elles folâtrent. Pourtant à les bien observer, leur âme porte si lourdement la gravité des circonstances qu'à chaque minute un air de veuvage vient glacer sur leurs hguresde gamines l'essai de la plus modeste gaîté...

Au loin, mais si proche de notre vue à cause de l'air subtil, se dresse l'Acropole d'Athènes.

Il m'a semblé qu'elle souriait d'être outragée depuis tant de siècles...

La nuit vint. On fit briller les lumières dans la salle à manger, et la faim humilia nos douleurs morales. Nous dînâmes d'assez bon appétit.

Après le café, les controverses reprirent ; puis, l'heure de se retirer ayant sonné, je demandai la permission de passer la nuit dans le jardin.

Je m'étendis sur un Ijanc de pierre, le regard perdu dans les sublimes profondeurs du cielattique, et comme l'endroit où je me trouvais n'était point si éloigné deColone, les rossignols de Sophocle accompagnèrent de leurs chants mes réflexions pendant cette veillée d'amères délices.

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