L'OLIVIER
Du cyprès l'ombre est pauvre, S'il monte haut dans l'air ; Et quelque grâce manque Au beau platane fier.
Dans ton ombre opulente, 0 peuplier, prends-moi, Toi comme une tour, comme La vierge fine, toi.
Arbre robuste et svelte, Ton blanc feuillage frais Chante du cœur ensemble Le frisson et la paix.
J'ai imité ces vers du grec de Kostis Palamas.
Aux environs de Chalcis en Eubée, il y a de beaux platanes sylvestres ; il y en a de nobles à Paris, dans le sublime jardin du Luxembourg. Avec quelle grâce touchante le triste cyprès balance sa cime sur les tombes !
Le peuplier d'Amérique est de rapport ; il ne manque point de beauté.
Cependant, gardons notre cœur à l'antique peuplier d'Europe : c'est lui qui est véritablement « robuste et svelte » à la fois. Son feuillage agité nous paçle doucement ; notre imagination l'associe sans cesse à quelque blanche fontaine, à quelque onde transparente : popuhis in /Inviis.
Le peuplier n'est pas le plus beau des arbres ; c'est le pâle Olivier.
En Provence, dans le pays catalan, ou le long des côtes de la Fouille, partout où mes yeux le rencontrèrent, l'olivier a fait battre mon cœur.
La beauté de l'olivier se sert à peine de notre vue pour ébranler notre âme.
C'est en Attique qu'il faut chercher l'olivier de génie.
Dans ses Métamorphoses, Ovide raconte l'aventure d'un berger d'Apulie. Il faisait paître son troupeau dans un pays arrosé par des lacs. Des forêts épaisses y répandaient un ombrage agréable sur des antres secrets devant lesquelles les Nymphes aimaient à faire leurs danses et leurs jeux. Le berger qui les avait surprises en cet exercice se moqua
de leurs pas et voulut les imiter par des sauts rustiques. Bientôt il passa de rindécence à l'injure. Alors les Nymphes couvrirent sa langue et tout son corps d'une écorce d'olivier. Ce fut son châtiment, selon Ovide.
Je conçois d'une autre manière le sens de cette Métamorphose. Je me figure ce berger d'Apulie comme un de ses nigauds qui ne jurent que par la nouveauté. En voyant courir sur la prairie la danse harmonieuse, il se disait sans doute : Pourquoi ces simagrées d'un autre temps ? Qu'ai-je à faire de ces vieilleries ? Ne suis-je point un hQvgQv moderne''.
Sa sottise toucha de pitié les Nymphes qui le changèrent en olivier pour que son âme grossière, enclose dans cet arbre sans pair, comprit enfin la Beauté.
J'y pense ! le berger d'Ovide fut changé en olivier sauvage. La fable veut peut-être dire ceci : Notre berger était un de ces esprits ridicules qui confondent le naturel avec l'inculte ; la danse des Nymphes le choquait par son art parfait ; il la jugeait trop réfléchie. C'est pourquoi les Nymphes le changèrent en olivier sauvage dont le fruit par son âpreté et son aigreur rebute le goût.
Vin