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2. Paradise lost, VII, 2G : on eml daus t/tough ftdlen and evil tongues.
pas venus. La presse, enchaînée et intimidée n'osait faire au pouvoir qu'une guerre d'allusions qui n'était pas toujours sans péril. Çà et là pourtant quelques foyers d'opposition discrète se rallumaient peu à peu autour de noms aimés qui représentaient avec dignité et mélancolie la protestation pour le droit et pour la liberté; on recommençait à se compter, à se réunir, à observer en commun les symptômes du réveil, si lents à se montrer et pendant longtemps si incertains. Madame d'Agoult habitait alors, dans un quartier solitaire du faubourg du Roule, un petit hôtel aujourd'hui détruit, qu'on appelait la Maison-Rose; véritable maison de Socrate, étroite, mais élégante, et qui semblait faite exprès pour y recevoir un choix d'amis. C'est là qu'au moment du coup d'État, elle avait recueilli et caché Pierre Leroux; c'est là qu'elle ouvrit aux naufragés de la République et à tous les amis de la liberté, dans ces premières années de l'Empire si froides et silencieuses, un salon très fréquenté et dont ceux qui y furent admis n'ont pas perdu le souvenir. Dans ce salon, dont sa fille, madame de Gharnacé, l'aidait à faire les honneurs, se rencontraient, avec d'anciens chefs parlementaires, tels que les Grévy, les Simon, les Garnot, les Freslon, avec des vétérans de la démocratie, comme le docteur Guépin, de Nantes, les nouvelles recrues que la haine et le dégoût de l'Empire amenaient
à l'idée républicaine. On y vit ensemble ou successivement des journalistes comme Guéroult, le fondateur de Y Opinion nationale, et Nefftzer, le fondateur du Temps, deux organes de l'opinion libérale dont le premier parut pour la première fois en 1859 et le second en 1861 ; des orateurs comme Emile Ollivier qui allait, en 1858, réveiller un écho de l'ancienne éloquence parlementaire dans les murs assoupis du Palais-Bourbon ; des philosophes comme Barni et M. Vacherot, qui mêlaient la politique à la philosophie et formulaient dans leurs articles et leurs traités les lois de la démocratie; de jeunes et brillants écrivains comme Prévost-Paradol, mûr à vingt ans et célèbre à vingt-neuf, Charles Dollfus, l'auteur des Lettres philosophiques, et Pierre Lanfrey , alors dans toute la fleur de sa rayonnante jeunesse et dont le premier ouvrage, Y Église et les philosophes au dix-huitième siècle, fit une si grande sensation. La gloire lui était réservée de porter le premier, par son Histoire de Napoléon, un coup décisif à la légende impériale. Béranger, l'un des fauteurs malheureux de cette légende, à qui l'Empire fit en 1857 des funérailles dont son ombre dut s'indigner, venait aussi au salon de l'avenue Sainte- Marie du Roule, mais il y venait le matin et fuyait les réunions. Ainsi faisait encore Manin, le glorieux proscrit, qui lisait Dante avec madame d'Agoult et y mêlait de savants commentaires.
Un autre Italien , Montanelli, était des soirées hebdomadaires.
Outre les hommes politiques et ceux qui aspiraient à le devenir, madame d'Agoult recevait des savants et des érudits tels que M. Littré dont elle admirait l'esprit et le caractère, et qui, de son côté, rendait une haute justice à l'historien de 1848 ; M. Ernest Renan, un des hommes dont elle prisait le plus la conversation, l'écrivain séduisant qui a mis tant de poésie dans la critique et de style dans l'érudition; M. Schérer, un maître en critique littéraire; Barchou de Penhoën, écrivain polygraphe , l'un des premiers qui ait fait connaître à la France par de savantes analyses la philosophie allemande; Dupont White, penseur indépendant et écrivain original, qui a fait avec esprit de la philosophie politique; le philosophe Janet, Charles Blanc, le brillant causeur, les poètes Grenier et Lacaussade,
Et d'autres que je sais, et beaucoup que j'oublie...
Des étrangers, de passage à Paris, venaient s'asseoir à la table à thé de la Maison-Rose ; nous y avons rencontré M. Dozy, l'illustre arabisant. Madame d'Agoult y tenait le sceptre de la conversation avec une supériorité que tout le monde semblait reconnaître. A cet âge de maturité, sa beauté sévère et à la fois sympathique, la grâce et la dignité de son maintien, sa voix grave et
harmonieuse, la justesse et la profondeur de ses réflexions, faisaient sur tous ceux qui l'approchaient une impression inoubliable de grandeur et de charme. 11 y avait en elle comme une royauté naturelle à laquelle nul ne refusait l'hommage. A ses côtés , et comme dans son ombre, mais gardant une personnalité distincte sous l'affection filiale et la déférence , madame de Charnacé faisait admirer les vives saillies d'un esprit indépendant et prime-sautier.
C'est aussi dans ce salon que se réunissaient les rédacteurs de la Revue de Paris, après sa transformation en recueil politique (1856). Les directeurs étaient M. Laurent Pichat, aujourd 1m i sénateur et l'un des vétérans de la cause démocratique, et M. Maxime du Camp. Le rédacteur en chef était M. Louis Ulbach. Dans le conseil on remarquait MM. Carnot, Jules Simon, Desmarets, Hérold, Peauger, Bastide, F. Morin, Barni, Despois, F. Favre. L'auteur de cette étude dut à l'influence de madame d'Agoult d'y prendre place et de devenir en même temps l'un des rédacteurs. C'est un honneur qu'on doit revendiquer. La Revue de Paris a été, sous l'Empire, le premierjournal d'opposition et le premier noyau de reconstitution pour le parti républicain. Ses rédacteurs ont relevé les premiers le drapeau qui s'abaissait dans d'autres mains. Sa carrière a étécourteet orageuse, traversée d'avertissements et de procès. M. Billaut
la supprima en 1858 après l'attentat d'Orsini ; le ministre de l'Empire affecta de confondre avec les fabricants de machines infernales déjeunes écrivains dont la guerre de plume était même réduite aux considérations générales et aux allusions pour toute arme. Pendant sa durée éphémère la Revue de Paris contribua néanmoins à réveiller l'esprit public, et, lorsqu'elle disparut, le parti républicain, naguère dispersé et déconcerté, avait recommencé à reprendre vie et conscience de lui-même. Madame d'Agoult a publié dans la Bévue de Paris sous le titre de : Trois journées de la vie de Marie- Stuart ', une étude historique et dramatique dans ce genre mixte qui n'est qu'une forme de l'histoire plus libre, plus animée et plus propre au développement des caractères. Le drame y reste engagé dans l'histoire comme un bas-relief dans un édifice sur le mur duquel il forme une légère saillie. La figure complexe de Marie-Stuart, en proie à un amour fatal, avait séduit l'imagination de madame d'Agoult naturellement préoccupée destypes les plus curieux du caractère féminin, excitée à les pénétrer par une sympathie particulière. Des études sur l'époque de la réformation et un voyage en Ecosse où elle avait suivi les traces de la belle reine à Holyrood, à Stirling, à Lochleven, l'amenèrent à traiter ce sujet. Daniel Stern s'en explique dans son avant-pro-