Ces lettres sont au nombre de seize
3. Mazzini reprochait aux Allemands de ne voir, de par Buchner, dans le génie qu'un peu de phosphore.
tous clone hérité du balai que mes Gueux de mer attachaient au mât de leur esquif? — Plusieurs passages de votre lettre m'ont fait sourire, l'un en me rappelant de Sanctis à Zurich avec les « martyrs » buvant sec à la délivrance des peuples, l'autre qui promet « trente ou quarante pages )) sur Gœthe et contre moi ! (11 paraît que je suis encore provocante), et enfin celui qui m'apprend que nous avons de la même façon suivi la messe, vous dans mon cher Condorcet, à qui je dois tout le peu que j'ai pensé en ma vie, et moi dans un tout petit Faust relié de noir, qui trompait le curé et les dévotes du village. — Oui, ma mère était Allemande; elle était fille d'un banquier de Francfort, que mon père épousa pendant l'émigration. Mon père avait été page de Marie- Antoinette, il servait dans l'armée des Princes et fut, jusqu'en 1815, en relations intimes avec les Yendéens (les Chouans) qui conspiraient la chute de Bonaparte. Ma mère, de protestante qu'elle était de naissance, s'était convertie au catholicisme. J'ai été élevée dans un couvent de femmes jésuites. La Révolution de 1830 m'a seule empêchée d'être dame d'honneur de la duchesse ■d'Angoulême ; et me voilà républicaine très fort, un tant soit peu panthéiste et vous écrivant. Ainsi va le monde.
« Ardente et profonde », je vois que rien ne vous échappe et vous avez bien deviné le fond de
ma pensée. — Que j'aie écrit un « plaidoyer », c'est possible , mais convenez que j'ai un bonclient1 et qu'on n'a pas grand'peine à défendre. Yous serez content, j'espère, de la fin du dialogue où j'ai rappelé les couleurs de Béatrice et Cosenza 2. »
11 y avait bien d'autres points sur lesquels on ne s'entendait pas, mais l'amitié n'en était pas altérée. On était arrivé de loin pour se rencontrer dans l'amour de Dante et de l'Italie 3 ; ce n'était pas pour se séparer sur des dissentiments littéraires ou même politiques. Mazzini se fâchait à son tour quand madame d'Agoult faisait l'éloge de Victor Emmanuel, et le grand républicain italien raillait le monarchisme de son amie étrangère. La correspondance n'en continuait pas moins, de plus en plus affectueuse. La dernière lettre de Mazzini date de peu de temps avant sa mort. Le révolutionnaire de la vieille race et de la grande tradition s'était retrouvé d'accord avec la républicaine panthéiste pour condamner et flétrir dans la Borna del popolo les actes et les doctrines de la récente Commune de Paris, la prosternation de l'idée démocratique aux intérêts matériels, et le vague humanitarisme qui détruit l'idée de la