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Mémoires de Beugnot

2. Voir les lettres de madame Roland à Buzot publiée par C. A. Dauban, dans YÉtude sur madame Roland et son temps. Paris, 1SG4, chez Pion.

Staël, elle aussi âme passionnée, grand esprit, haute et brillante éloquence, qui a laissé dans de nombreux écrits le témoignage de la richesse de ses idées et de la générosité de ses sentiments. L'éclat de son rôle mondain, commencé dans le salon de son père, remplissait, au début de la Révolution, le cercle politique où dominait l'autorité de M. Necker; mais, elle n'avait pas alors et n'eut jamais depuis d'action directe et publique ; elle ne prit pas, comme madame Roland, une part virile aux luttes des partis. En revanche, elle a donné en littérature des preuves d'un génie incontestable. Elle nous apparaît debout au seuil de ce siècle, à côté de son grand rival Chateaubriand, plus ouverte que lui aux idées et moins curieuse des phrases, plus tournée vers l'avenir, préoccupée d'ouvrir des voies nouvelles, frappant à tous les points de l'horizon pour en faire jaillir la lumière, sondant tout, animant tout, éclairant tout de son vif esprit, échauffant tout des ardeurs de son âme. Madame de Staël représente la transition entre les temps anciens et les temps nouveaux : par son éducation, par ses relations sociales, elle appartient à l'ancien monde, par son génie et ses tendances au monde moderne. Sa réputation a pris naissance dans les salons où le charme vivant et varié d'une conversation incomparable lui faisait une tribune toujours entourée d'auditeurs, où son verbe passionné, l'éclat de

son regard, le rayonnement d'une nature puissante et magnétique causèrent une impression dont le souvenir n'est point effacé. Ses œuvres imprimées, où se lisent tant de pages éloquentes, où abondent les nobles pensées et les fines observations, ne sont que la lave refroidie de ce volcan toujours en éruption, les tranquilles bassins où cette verve intarissable s'est apaisée et endormie. C'est en rapprochant ce qui reste d'elle dans ses écrits des souvenirs laissés par sa conversation qu'on peut se faire une idée de son esprit. « Son talent d'écrivain, dit d'elle madame Necker de Saussure !, et son éloquence dans la société s'appuient et pour ainsi dire se vérifient réciproquement; l'un prouve que ses rapides et étonnantes paroles supportaient l'examen, l'autre que ses productions les plus excellentes coulaient de la source vive et étaient comme poétiquement inspirées. » Madame de Staël, dans ses deux célèbres romans, s'est préoccupée -du sort des femmes, mais elle n'a eu en vue que les femmes supérieures, malheureuses parle cœur, ou plutôt elle n'a regardé qu'elle-même. Sa Delphine est une Corinne sans harpe, qui ne songe point au Capitole, qui aime et souffre comme une simple femme 2. Madame Sand, en s'emparant en souveraine d'un

1. Notice sur le caractère et les écrits de madame de Staël. Paris, 1820, p. 8.

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