‹ Esquisses moralesChapitre 20 sur 40 · My swect Shakespeare, dit Milton · texte numérisé non relu

My swect Shakespeare, dit Milton

4. « Il faut mettre l'art dans la vie et la vie dans l'art. (Esquisses morales.)

les éclairait d'un mot. Souvent elle ne lançait qu'un trait, mais il portait loin et il frappait juste.

« Les orages des passions s'apaisent, les plaisirs de l'amour-propre se flétrissent, l'enthousiasme seul est inaltérable ; l'âme elle-même s'affaisserait dans l'existence physique si quelque chose de fier et d'animé ne l'arrachait pas au vulgaire ascendant de l'égoïsme ; cette dignité morale, à laquelle rien ne saurait porter atteinte, est, ce qu'il y a de plus admirable dans le don de l'existence ; c'est pour elle que, dans les peines les plus amères, il est encore beau d'avoir vécu, comme il serait beau de mourir. » Ce passage a été souligné de la main de madame d'Agoult dans l'Allemagne de madame de Staël. C'est ainsi que, dans ses lectures, elle avait coutume de marquer les endroits où elle trouvait une analogie avec sa manière de penser et de sentir ; nul doute que telle n'ait été ici son intention et que l'enthousiasme n'ait été pour elle, comme pour Corinne, un don qui avait ennobli et consolé sa vie et qui lui rendait beau d'avoir vécu. Mais, dans Corinne, l'exaltation se produisait davantage au dehors, elle était toujours prête à déclamer; elle ressemblait au torrent qui roule à grand bruit à la surface du sol. Au contraire, l'enthousiasme de Diotime, profond et secret, rappelait ces fleuves souterrains que l'œil ne voit pas, dont l'oreille entend à peine le sourd murmure, mais

qui trahissent leur présence en faisant verdir et fleurir la terre au-dessus d'eux.

La religion était une forme de cet enthousiasme latent; au lieu d'en faire un élément à part, elle la mêlait à tout dans sa vie comme un feu caché qui pénètre, vivifie et consacre tout. C'était cette même religion de Goethe dont elle a si noblement parlé, le lien sacré qui relie l'individu à l'humanité et au monde. Elle avait le respect de toutes les grandeurs, la compassion de toutes les misères ; elle s'inclinait devant le divin dans la nature, dans l'histoire, dans la poésie, dans l'art; elle se penchait pleine de sympathie vers la souffrance humaine, non ignara mali. Elle avait passé. dans sa jeunesse par une phase de ferveur catholique et, bien que détachée du dogme, elle avait gardé dans l'imagination et le sentiment l'impression et le respect des choses saintes. Quant au mystère d'une autre vie, elle pensait sur ce point comme Guillaume de Humboldt qui croyait à une durée dans l'avenir mais sans pouvoir s'en faire une représentation humaine l ; et sans doute aussi comme Gcethe, dont l'activité intellectuelle se refusait a une interruption absolue de ses puissantes facultés et du fécond travail de son esprit 2.

1. Voyez dans Mes Souve?iirs les pages émues sur la mort de son père avec les réflexions qui suivent et la citation de Humboldt, p. 128-13-3.

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