SECONDE PARTIE
Le xixe siècle est en proie aux plus étonnants contrastes que le tableau de l'histoire ait peut-être jamais offerts à l'œil du philosophe. Jamais l'esprit humain n'avait touché d'aussi près l'extrême grandeur et l'extrême misère; jamais la société n'avait paru livrée à un- génie plus puissant tout ensemble et plus contraire à lui-même ; jamais elle n'avait aspiré au bonheur en des angoisses plus douloureuses. Tout est contre tout. Dans le même temps que les religions, les races et les peu-
pies se ruent l'un contre l'autre comme en espoir de s'entre-détruire, la science atteste l'unité du genre humain; l'industrie lui aplanit les voies de la paix sur toute la surface du globe, et va porter sur un léger fil, à travers les airs et les vagues en courroux, la parole humaine. Tandis que la proscription, l'exil, la captivité, la faim, désolent les cités et les familles ; que la maison, la terre, l'Etat, à tout coup changent de maître ; que partout le hasard sert la tyrannie, la conscience du droit s'affermit; l'idée de la liberté s'épure ; la permanence des lois se manifeste ; et les âmes, pénétrées d'une force nouvelle, rejetant le triste dogme de l'éternelle damnation, embrassent avec amour la certitude du progrès indéfini vers un Dieu sans colère et sans vengeance.
Cependant une attente générale tient le monde en suspens. Des présages, des miracles, des prophéties, des martyres, annoncent aux uns la rédemption, aux autres le châtiment du siècle. Le merveilleux ressaisit l'empire que l'on croyait acquis à la raison. Le ciel et l'enfer se rouvrent ; ils remettent sur
pied leurs légions longtemps désarmées. Satan reprend son rôle et défie Dieu. Faisons silence; soyons attentifs; le rideau d'une divine comédie se lève.
Les mœurs modernes ont perdu cette dignité simple qui caractérisait les mœurs antiques. Ce qui nous frappe surtout à la lecture •des anciens, c'est l'accord des croyances, des institutions et des coutumes, d'où naissaient pour l'homme une liberté d'àme parfaite, une sorte de familiarité avec la grandeur, dont Bossuet, seul peut-être chez nous, a, par un art suprême, retrouvé le secret dans ses œuvres. Moins heureux aujourd'hui, nous vivons dans la contradiction. A des institutions profondément religieuses, sorties des entrailles mêmes d'une société encore voisine de la nature, nous avons substitué des établissements politiques conventionnels qui gouvernent la vie extérieure, mais ne régissent point la conscience; ils soumettent le corps social,
mais ils n'en soumettent point Yàme. Aussi voyons-nous en tous lieux un divorce complet entre la raison et la coutume, entre la loi et le préjugé, qui nous inquiète et nous pousse en mille inconséquences ridicules.
Quel long espace de temps un homme, une institution, un peuple peuvent encore continuer à"1 exister après qu'ils ont cessé de vivre!
Dogme chrétien, philosophie éclectique, science athée. Pauvre société tiraillée en tous sens ! Que je te plains, pauvre écartelée !
Par suite de ces tiraillements et de ces contradictions, les deux plus constants besoins
de l'âme humaine, le recueillement et l'activité, restent aujourd'hui en souffrance. La discorde est au foyer, la torpeur au forum. L'homme va de l'un à l'autre, pressé par l'inquiétude, ramené par le découragement, et, vainement agité, il meurt sans avoir eu un seul jour le sentiment énergique ou paisible de la vie.
Un des signes les plus frappants de ce malaise dont souffre la société, c'est qu'on ne voit plus briller qu'un instant sur les visages le pur éclat de la jeunesse. Bien avant l'âge les fronts se plissent, les tempes se dénudent les joues se creusent. D'où vient cela? Hélas! c'est que chacun se fatigue à se fuir soi-même et cherche, dans l'ivresse des sens ou dans l'ivresse de la pensée, l'oubli .d'un temps qui a tant promis et si peu donné.
L'ivresse de la vanité surtout est portée au
comble. Combien de jeunes gens parmi nous, se sont interrogés à la veille de leur entrée dans le monde pour savoir s'ils y seraient don Juan ou Faust, Pitt ou Napoléon Bonaparte? J'en connais qui, embarrassés du choix, se sont dit qu'ils seraient dieux, et l'ont essayé.
Les anciens ne connaissaient point ces vanités haletantes. Ils étaient orgueilleux parce qu'ils se sentaient forts, persévérants parce qu'ils marchaient dans une route bien tracée vers un but bien défini. Aujourd'hui l'esprit du passé a perdu ses voies et l'esprit de l'avenir n'a point encore trouvé les siennes.
Utopistes et conservateurs : présomption et impuissance. Tout notre débat social peut se résumer d'un trait : un jeune aveugle qui veut entraîner à sa suite un vieux podagre.
La discorde est partout, la guerre véritable n'éclate nulle part. L'égoïsme matérialiste qui asservit nos cœurs les rend également impuissants pour l'amour et pour la haine.
L'antiquité nous donne un symbole merveilleux de ce temps-ci : Vénus et Mars captifs dans les réseaux de Yulcain. La beauté et l'héroïsme pris aux filets de l'industrie.
J'entends se plaindre et dire en accusant le temps présent : « Tout s'abaisse, tout s'alanguit, tout meurt. » Je regarde, je prête l'oreille, j'écoute les battements de mon cœur et je réponds : « Tout s'élève, tout se transis
forme, tout se vivifie. » Qui done a raison? Qui se trompe? La parole profonde d'un grand écrivain va nous mettre d'accord : « En ce temps-là, écrit Chateaubriand, il y avait beaucoup de mort parce qu'il y avait beaucoup de vie. »
La tendance presque exclusivement critique de l'esprit moderne l'éloigné de plus en plus de cette harmonie dans les institutions et dans les mœurs au sein de laquelle fleurissent les arts. L'esprit de critique, d'analyse ou de division, ce qui est tout un, détruit dans les âmes le sentiment de la perpétuité en dehors duquel le génie plastique ne peut prendre son plein essor. Il faut qu'un peuple n'ait aucun doute sur la durée des formes religieuses pour élever des temples où la divinité réside. 11 faut qu'il croie à la stabilité des institutions pour bâtir des palais et des maisons de ville dans des proportions monumentales. Comment érigerait-il des statues grandioses à des hommes qu'il n'est pas sûr d'honorer demain? Les architectes, les
statuaires, les peintres, Ictinus, Phidias, Apelles eux-mêmes, ne sauraient avoir au milieu de nous cette sécurité fière, cette confiance d'immortalité, qui seules impriment à la pensée et à la main ces jets hardis où se marque le génie.
Le mouvement est le caractère essentiel de la société moderne. C'est par les arts du mouvement qu'elle trouvera son expression. La musique et l'art oratoire sont appelés, par la force des choses, à la prééminence sur les arts plastiques jusqu'au jour où les conditions nouvelles de l'état nouveau étant acceptées par la conscience publique, un ordre véritable rendra aux esprits le sentiment de la permanence et l'amour de la stabilité.
Autant l'architecture, dans sa géométrique et solide immobilité, est peu apte à exprimer
le vague caractère d'une société où tout se transforme, autant la musique, cet art mystérieux qui rend surtout les aspirations du cœur, et, si l'on peut parler ainsi, les ondulations de la pensée, me semble propre à satisfaire les besoins indécis de nos âmes troublées. Aussi, comme pour se conformer à son rôle nouveau, la musique a-t-elle conquis des moyens d'expression inconnus aux siècles passés. Beethoven, Rossini, Meyerbeer, Berlioz, ont remué des masses instrumentales dont les proportions gigantesques eussent effrayé nos pères ; et jamais, en aucun temps, aucun virtuose n'a pu produire des effets comparables à ceux qu'ont obtenus de nos jours, secondés par de merveilleux orchestres, la voix de Malibran, l'archet de Paganini et le piano de Liszt.
L'art de la danse semblerait, dans cette conception de la société, devoir jouer parmi nous un rôle considérable; mais il faudrait pour cela que la vigueur et la souplesse du
corps humain, la belle harmonie de ses proportions, profondément altérées par les habitudes de la vie moderne, fussent rétablies par la longue pratique d'une hygiène et d'une esthétique combinées. C'est à la gymnastique de frayer le chemin à l'art de la danse, dont nous ne voyons aujourd'hui que la parodie et la grimace.
Vart de la danse, dit-on par habitude; mais n'exigez pas que j'emploie une locution si impropre. La suave harmonie des mouvements humains, exprimant dans ses rythmes variés les passions fugitives de l'âme, qu'a-t-elle de commun avec cette pédante dislocation des membres, ces pirouettes ridicules, ces poses impossibles, tout ce système d'indécences sans volupté dont se composent les jouissances chorégraphiques de nos amateurs de ballets?
Je passais hier devant l'hôtel des Invalides,
et je contemplais avec respect cette solidité imposante et si bien à sa place, cette simplicité tranquille d'une grandeur sûre d'ellemême, qui ne cherche ni à éblouir ni même à frapper. Versailles, plus vaste et plus superbe, me satisfait moins; on y sent trop la préoccupation de la gloire. Cette contrainte exercée sur une nature aride accuse je ne sais quels instincts tyranniques qui me troublent. Versailles rappelle plutôt une cour splendide qu'un Etat puissant, à peu près comme Saint- Pierre de Rome représente bien plutôt la papauté que l'Eglise.
L'habit ne fait pas le moine ; espérons qu'il ne fait pas le guerrier, l'homme d'Etat, le magistrat, le poète. Quelle pitoyable idée il nous faudrait concevoir de la société où nous vivons, dont l'habit est si absurde et si ridicule, que la peinture est aux expédients et la statuaire aux abois, quand il leur est commandé de reproduire un de nos grands hommes contemporains !
Tout ce qui se fait et se dit aujourd'hui reste à l'état d'ébauche et d'à peu près. Qu'en dirait Fénelon, qui se plaignait au siècle de la perfection littéraire des discours fredonnés qu'il lui fallait entendre? Nos plus grands talents ne prennent la peine de rien achever; ils fredonnent, pour ainsi dire, leur pensée. Et si j'osais étendre l'expression, au risque qu'on la trouvât fort impertinente, je dirais que nos hommes d'Etat fredonnent leur politique, et que nos plus hommes de bien ne font que fredonner leur vertu. A tout il manque la suite,, le rvthme, la mesure.
En commençant ses expériences, Lavoisier s'étant aperçu que sa vue ne possédait pas la sensibilité e.t la force suffisantes pour apprécier les divers degrés d'intensité de la flamme,
s'enferma pendant six semaines dans une chambre tendue de noir où régnait une obscurité complète. Combien d'esprits, dans les temps modernes, affaiblis par un trop grand éparpillement d'idées, auraient besoin de recourir à un pareil remède! S'abstenir et se concentrer, c'est le conseil à donner aujourd'hui à celui qui voudra conquérir une grande force de vue morale.
Les écrivains de ce temps-ci qui ont prétendu à la nouveauté ont impudemment volé Fourier et Saint-Simon. Mais, pareils à ces voleurs qui deviennent assassins de peur que leur victime ne les accuse, ils ont renié la doctrine, après l'avoir pillée.
Un rêveur de nos jours a écrit six volumes d'un beau style pour nous introduire dans une
io.
vague cité philosophique qu'il a nommée la ville des expiations. Une femme d'esprit demandait quand donc il bâtirait la ville des explications? Mais la mort Ta surpris à soixante-dix ans, avant qu'il ait songé à en poser la première pierre. s
M. X..., dites-vous, est un chef d'école? Aucunement ; c'est un chef d'atelier. Ce qu'il nous donne pour une doctrine n'est tout au plus qu'une industrie philosophique.
De toutes les espérances de 1830, l'une des plus complètement avortées, c'a été l'espérance d'une révolution dans l'art dramatique. Un jeune essaim de poètes crut de très bonne foi, et fit croire pendant quelque temps au public, que Shakespeare n'était sublime que parce qu'il était souvent grotesque, et qu'à tout coup
le machiniste transportait les personnages de ses drames d'un palais dans un désert, d'une prison dans un jardin. Les chefs de la nouvelle école pensèrent devoir, en de longues préfaces, démontrer la beauté du laid, son utilité, sa nécessité. Ils surprirent le goût public par un mélange assez nouveau, il est vrai, de vulgarités et de rodomontades ; ils prêtèrent à leurs héros un langage d'une bouffonnerie si solennelle, que les spectateurs, ne sachant s'ils devaient pleurer ou rire, se hâtaient de battre des mains, afin de se tirer d'embarras. La vogue dura peu ; ce fut l'éclat d'un feu d'artifice : beaucoup de bruit et de fumée, puis un échafaudage informe que l'on démolit le lendemain.
Le lendemain, en effet, une belle jeune fille d'Israël ramenait au Théâtre-Français Athalie et Camille; et le public applaudissait de rechef, ne se souvenant déjà plus qu'on lui avait prouvé la veille que Corneille et Raciu< étaient de pauvres poètes.
Le bourgeois se soucie peu, au fond, d'école classique ou romantique. 11 n'a pas plus d'affinités avec Orcste ou Brilannicus qu'avec Hamlet ou le comte d'Egmont. Ce qui lui plaît, le ravit, l'enchante, ce sont les luttes de la sagesse domestique contre les passions enthousiastes; c'est le triomphe de la prudence sur l'audace. Au cinquième acte, une position acquise, une place obtenue, une fortune faite, un mariage sortable, sont choses qui dilatent son cœur. 11 rentre à la maison satisfait, il jette un coup d'œil sur ses registres : le commerce va bien, la paix fleurit, l'industrie prospère ; il va faire les plus heureux songes.
La bourgeoisie a son aristocratie : jeunesse turbulente et blasée, hanteuse de bourse et de coulisses, qui veut des sensations vives et des
plaisirs faciles. A celle-là, il faut une littérature plus tapageuse ; il faut pour attirer ses regards des couleurs tranchées, des formes bizarres, une langue hurlante et glapissante: il faut à tout coup l'imprévu, l'inexplicable, l'impossible ; il faut enfin aller tout au rebours de la nature. La recette est aisée. On invente le roman-feuilleton, et les lettres françaises reçoivent une atteinte mortelle.
Qu'ils sont merveilleux, qu'ils sont éblouissants, ces aristocrates de plume, ces marquis, ces princes du journalisme ! Montmorency, La Trémoille, Duras, venez voir, venez apprendre ce que c'est qu'un gentilhomme. Insolents comme des laquais, familiers comme des moineaux, charlatans, rodomonts, tapisseurs sur rue, ces chevaliers de la piaffe, drapés d'écarlate, se pavanent sur leurs coursiers empanachés, dans leurs carrosses plaqués d'armoiries, escortés de chasseurs, de nègres, de nains, d'odalisques. Cherchant hier, à pied,
dans la crotte, un dîner incertain, un gîte précaire, ils ne sauraient aujourd'hui dîner que d'ortolans, habiter que palais et villas splendides. Comme ils méprisent la vertu indigente ! comme ils dédaignent le génie resté pauvre ! La décence du langage, la probité des mœurs, quelles misères à leurs yeux ! La conscience ! comme ce mot suranné les fait sourire! Et comme ils s'entendent entre eux pour écarter, écraser de leur superbe le talent honnête qui croit encore à l'étude, au travail, à l'équité des jugements publics! Comme on le vole impunément dans l'ombre où on le repousse ! comme on partage ses dépouilles ! Mais, hélas! ô caprice, ô vanité, ô néant! voici déjà que le public s'ennuie. 11 bâille au récit de ces Cagliostro, aux aventures de ces Fils du Diable. Palais, carrosses, festins, nègres et odalisques, je vous vois disparaître en un clin d'œil. Don Juan, don Juan ! prends garde à M. Dimanche.
Il semble qu'on ne puisse plus aujourd'hui
trouver l'originalité que dans l'extravagance; encore l'extravagance même est-elle devenue banale et comme taillée sur certains patrons à la mode. On dirait de ces travestissements qui se louent à tant par heure pour le bal masqué, et qui reviennent invariablement les mêmes : pierrots, arlequins, débardeurs, passant de l'un à l'autre dans ce carnaval des lettres.
Ce qui manque surtout à l'art moderne, c'est l'ampleur et la simplicité. L'art, comme la vie moderne, multiplie le détail et se rétrécit, s'appauvrit, dans cette richesse mensongère. N'attendez point d'un bavard qu'il touche jamais à l'éloquence.
Il existe des femmes qui, par un fol amour de la parure et du luxe, vendent leur honneur et leur liberté. On leur a donné le nom de
femmes entretenues. A la lecture de quelques écrivains surchargés d'ornements étrangers, et dont l'indigence naturelle se cache mal sous un faste d'emprunt, je serais tenté de dire qu'il y a aussi des styles entretenus.
Il y a l'art serf et l'art libre ; l'artiste subalterne qui s'asservit à la nature, et l'artiste, si bien nommé maître^ qui la possède. Pour l'un, le but suprême est de copier une forme ; pour l'autre, c'est de faire obéir la forme à sa pensée.
Nous jugeons que l'œuvre du peintre X.... est belle. Un frémissement involontaire nous révèle que la beauté respire dans l'œuvre de Raphaël.
* * La critique aujourd'hui dispute très docte-
ment sur le réel et Y idéal. J'aurais cru que la Vénus de Milo et la Madone à la chaise avaient, sans tant parler, résolu le problème.
Idéaliser, ce n'est point, comme certaines gens le comprennent, embellir la nature. Comment l'homme mortel et borné embellirait- il la nature infinie, impérissable? Idéaliser, c'est choisir dans la reproduction de la forme, entre ce qui est survenu fortuitement et ce qui était voulu, prémédité dans le dessein providentiel. C'est discerner l'œuvre éternelle de Dieu de l'œuvre accidentelle de l'homme.
Un portrait qui satisfait la famille et les serviteurs, une ressemblance qui fait japper d'aise le chien du logis, voilà l'art inférieur, l'idéal du vulgaire. Que ce portrait soit de la main de Titien, qu'il reproduise les traits de l'Arioste,
par exemple, la famille sera probablement mécontente, le chien ne jappera point ; mais, trois siècles après, Byron dira en le contemplant : « C'est la poésie du portait et le portrait de la poésie. »
La mémoire est poète en ce sens qu'elle laisse tomber le détail, pour ne conserver que les grandes masses. Elle fait le travail de l'artiste quand il idéalise son modèle en ne reproduisant que les lignes simples et caractéristiques. De là cette locution proverbiale : que les choses s' embellissent dans le souvenir.
C'est une erreur déplorable de la pensée humaine de considérer la vérité sévère de la science comme incompatible avec la beauté des fictions poétiques. Pour ma part, je suis convaincu que les poètes trouveront dans les con-
naissances positives tout un rajeunissement de l'art, un éclat plus pur, un charme plus viril. Croit-on, par exemple, qu'il y ait moins de ravissement pour l'imagination à se représenter la plénitude éthérée, animée par des orbes lumineux qui naissent, grandissent, décroissent et meurent, qu'à voir le ciel sous la figure d'une voûte immobile parsemée de clous d'or? N'avons-nous pas tous été pénétrés de l'émotion la plus vive à la lecture d'une pathétique histoire du cœur, nommée d'un nom scientifique, et rattachée, dans tous ses développements, à l'inflexible rigueur d'une loi naturelle1? Quelle étroitesse de conception de ne pas juger poétique la claire vue de ces forces qui s'attirent, se repoussent, se combinent dans l'immense diversité de la forme, et de s'opiniàtrer, au delà du temps où elle était commandée par l'ignorance, à cette poésie enfantine qui ne sait reproduire que le mensonge des choses?
Je crois qu'on peut considérer comme épui-