‹ Esquisses moralesChapitre 6 sur 40 · Pagnerre · texte numérisé non relu

Pagnerre

3. « Tel que, sur une lame d'émeraude, où sont gravés des vers, un Uniment a fixé la dorure. » Gita-Govinda.

4. Traduites en français par Pierron et par M. Barthélémy Saint-Hilaire.

ment de la dignité humaine, la conformité soumise et respectueuse à l'ordre universel, ces grands traits de la philosophie du Portique, sont ici vivifiés, échauffés par l'expansion d'une grande âme qui embrasse dans sa sympathie le monde et l'humanité. Chez les modernes la famille a eu de nombreux et illustres représentants. On a attribué à Sterne un petit livre intitulé le Coran l auquel Goethe, auteur lui-môme de Pensées, n'a pas dédaigné de faire des emprunts. Une reine, Christine de Suède, a pris place dans les rangs des moralistes par un livre posthume 2, écrit en français, où la finesse s'unit à la magnanimité, et qui finit par ces mots : « Cet ouvrage est de qui ne désire ni ne craint rien et qui n'impose aussi rien à personne. » Mais c'est en France surtout que les moralistes forment dans la littérature un groupe brillant et populaire. 11 suffit de nommer Pascal et la Bruyère, la Rochefoucauld et Vauvcnargues, ces écrivains classiques dans la compagnie desquels Daniel Stern vient se ranger. Madame de Staël s'y rattachait par bien des pensées fortes, profondes ou ingénieuses dont ses livres sont semés, et Sainte-Beuve aussi par

1. Traduit par M. Hédouin qui, dans sa Vie de Goethe, a signalé les emprunts de Gœthe à ce livre dont l'authenticité est, d'ailleurs, contestée. Gœthe, comme Molière, prenait son bien où il le trouvait.

2. Pensées de Christine, reine de Suède, avec une notice sur sa vie. Paris, Renouard, 18'25.

bien des fines observations dont il é m aillait ses articles, sans parler de celles qu'il a jetées a part çà et là '.

« 11 y a une étoile qui unit les âmes de premier ordre malgré les lieux et les siècles qui les séparent2. » Dans la famille des moralistes, cette étoile rapproche madame d'Agoult de Marc-Aurèle , qu'elle aimait à relire, et avec qui elle se senlait en communion à travers la distance. Comme lui, elle pensait qu'il « suffît de vivre avec le génie qui est en dedans de nous, de l'honorer et de le préserver de toute ignominie 3 ». Elle croyait comme lui que la sagesse consiste « à recevoir tout ce qui nous arrive comme venant du même lieu d'où nous sommes venus nous-mêmes, à ne voir dans la mort, attendue d'un cœur paisible, qu'une dissolution des éléments dont chaque être est composé, un ch.ingement conforme à la nature et qui, par conséquent, ne saurait être un mal k ». Elle voulait, dans les épreuves de la vie, « faire de l'obsiacle même la matière de l'action, comme le feu se rend maître de ce qui lui tombe

I. A la fui de sos volumes de critique. 7. Christine de Suède, ch. n, Pensée 80.

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