‹ Esquisses poétiquesChapitre 22 sur 55 · EN RÉPONSE A SES VERS · texte numérisé non relu

EN RÉPONSE A SES VERS

Felice le, ch& siparli a tua posta !

Alighieri, Inferno, Cant. xvi.

D'où vient que maintenant, ennemi de l'étude, Je vais cherchant partout l'ombre et la solitude ? D'où vient que j'ai le cœur plein de vagues regrets ? P'où vient que la campagne a pour moi tant d'attraits ?

Ah ! le séjour des champs est fait pour 1 ame tendre.

Le cri de l'opprimé ne s'y fait pas entendre.

Le calme et le silence y régnent. Les oiseaux,

Mêlant leurs douces voix aux doux bruits des ruisseaux,

Y font une musique ineffable et céleste

Oui chasse de l'esprit tout souvenir funeste.

Le ciel vous y sourit ; un vent suave et frais,

Nuage de parfums, s'élève des forêts.

La lumière partout s'y jouant avec l'ombre,

Offre aux regards charmés des contrastes sans nombre.

Tout invite au repos : ce gazon non foulé,

Comme un riche tapis sous vos pieds déroulé ;

Dans ce pli du vallon, cette source féconde.

Répandant à l'entour la fraîcheur de son onde ;

Cette blanche aubépine au bord de ce sentier,

Mariant ses rameaux à ceux de l'églantier ;

De ces chênes touffus le magnifique dôme.

Et ces fleurs dont la brise épand le doux arôme,

Mille charmes encor que l'art ne peut donner,

Et que l'ennui jamais ne vient empoisonner.

O lointaines rumeurs des plaines infinies, O chœurs mystérieux, étranges harmonies,

A MON AMI. 77

Hymne de la nature, immense, universel, O spectacles charmants de la terre et du ciel, Noyez-moi tout entier dans vos vagues d'extase, Et, soulevant un peu le fardeau qui m'écrase, Répandant sur mon cœur un opium divin.

Rendez-moi le repos auquel j'aspire en vain ; Dans l'eau de paix, sur moi comme une mer versée, Submergez tous mes sens et toute ma pensée.

Et vous, chantres ailés, poursuivez vos concerts, Epanchez à grands flots vos notes dans les airs, Afin que mollement étendu sur ces mousses. Je m'endorme peut-être au son de voix douces, Et qu'un rêve de flamme, aux prismes merveilleux, Me soulève de terre et me ravisse au cieux.

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