L'ENFANT ABANDONNE
POEME
L'hiver revient, la feuille tombe, Couvre le parvis de nos bois ; La fauvette près de la tombe Chante pour la dernière fois.
La linotte a quitté la plage ; Les champs sont dépouillés de fleurs ; L'oiseau de sinistre présage Trouble la nuit de ses clameurs,
Les rayons du soleil pâlissent ; Sous les pieds jaunit le gazon ; De frimas les champs se hérissent ; L'ouragan gronde à l'horizon.
Dans ces jours toute la nature Est triste et se revêt de deuil :
Les forêts, perdant leurs parure, Offrent rimao^e du cercueil.
Il est assis là, sur la pierre, Près de la borne du chemin, L'enfant qui pleure, en sa misère Demandant un morceau de pain.
•1 Passant, » dit-il, « donnez l'obole, « Je suis jeune, je suis petit, " Au nom d(î Dieu, de sa parole, « Donnez ; presque rien me siilllf.
L'ENFANT ABAXD0N:^E. 143
« Depuis longtemps loin de ma mère, « Je suis miné par le chagrin ; « Serez-vous sourds à ma prière ? . . . (' Me faudra-t-il mourir de faim ? »
Le riche détourne la tête, Du haut de son char éclatant ; Il court aux plaisirs d'une fête.
Sa main n'a rien pour l'indigent.
« Il a repoussé l'infortune,
« Le besoin du pauvre et ses pleurs ! . . .
« Toute prière l'importune,
« Et que font à lui mes malheurs ?
« Le soir il s'endort sur sa couche, « Un voile d'or couvre ses yeux ; '< Tout lui sourit, rien ne le touche, « Pas même un cri du malheureux.
« Ah ! grand Dieu, secours ma détresse, « Taris mes pleurs, sèche mes yeux ; « Fais que j'éprouve ta tendresse, « Toi seul l'appui des malheureux !
« Je vis au milieu des alarmes,
'( Mon pied est faible et chancelant ;
« Vois : mes yeux sont remplis de larmes ;
« Toute ma vie est un tourment.
« Je demande et l'on me refuse, « Je frappe et l'on ne m'ouvre pas ; « Bien souvent mcmc l'on m'accuse (I Quand j'ai peine à traîner mes pas.
« Semblable à la jeune hirondelle • « Qui s'envole de grand matin, « J'ai quitté l'aile maternelle, « Pour aller mendier mon pain.