‹ Esquisses poétiquesChapitre 42 sur 55 · L'ENFANT ABANDONNE · texte numérisé non relu

L'ENFANT ABANDONNE

POEME

L'hiver revient, la feuille tombe, Couvre le parvis de nos bois ; La fauvette près de la tombe Chante pour la dernière fois.

La linotte a quitté la plage ; Les champs sont dépouillés de fleurs ; L'oiseau de sinistre présage Trouble la nuit de ses clameurs,

Les rayons du soleil pâlissent ; Sous les pieds jaunit le gazon ; De frimas les champs se hérissent ; L'ouragan gronde à l'horizon.

Dans ces jours toute la nature Est triste et se revêt de deuil :

Les forêts, perdant leurs parure, Offrent rimao^e du cercueil.

Il est assis là, sur la pierre, Près de la borne du chemin, L'enfant qui pleure, en sa misère Demandant un morceau de pain.

•1 Passant, » dit-il, « donnez l'obole, « Je suis jeune, je suis petit, " Au nom d(î Dieu, de sa parole, « Donnez ; presque rien me siilllf.

L'ENFANT ABAXD0N:^E. 143

« Depuis longtemps loin de ma mère, « Je suis miné par le chagrin ; « Serez-vous sourds à ma prière ? . . . (' Me faudra-t-il mourir de faim ? »

Le riche détourne la tête, Du haut de son char éclatant ; Il court aux plaisirs d'une fête.

Sa main n'a rien pour l'indigent.

« Il a repoussé l'infortune,

« Le besoin du pauvre et ses pleurs ! . . .

« Toute prière l'importune,

« Et que font à lui mes malheurs ?

« Le soir il s'endort sur sa couche, « Un voile d'or couvre ses yeux ; '< Tout lui sourit, rien ne le touche, « Pas même un cri du malheureux.

« Ah ! grand Dieu, secours ma détresse, « Taris mes pleurs, sèche mes yeux ; « Fais que j'éprouve ta tendresse, « Toi seul l'appui des malheureux !

« Je vis au milieu des alarmes,

'( Mon pied est faible et chancelant ;

« Vois : mes yeux sont remplis de larmes ;

« Toute ma vie est un tourment.

« Je demande et l'on me refuse, « Je frappe et l'on ne m'ouvre pas ; « Bien souvent mcmc l'on m'accuse (I Quand j'ai peine à traîner mes pas.

« Semblable à la jeune hirondelle • « Qui s'envole de grand matin, « J'ai quitté l'aile maternelle, « Pour aller mendier mon pain.

Page 1