MISANTHROPIE
Malheur ! — Quand la pensée aux heures d'insomnie, Eternisant en moi sa sanglante agonie, Vient enchaîner ma vue à son fatal miroir, Epreuve redoutable oîi la vertu s'épure, Où le vice hideux dévoile sa nature, Oii la société se montre horrible à voir :
Alors au fond du cœur il me vient une haine, Sentiment inouï que je dévore à peine.
Et qui fait que souvent je moffusque de rien ; Alors je deviens triste, et mon âme inquiète Gémit du sombre éclair qui révèle au poëte Tant de mal et si peu de bien ;
us ESQUISSES POÉTIQUES.
Qui révèle à mes yeux si petit dans l'espace,
Ce globe où Dieu m'a mis sans y marquer ma place,
Déplorable séjour de misère et d'orgueil,
Où l'homme pied à pied se dispute un brin d'herbe,
Faisant contre Dieu même éclater sa superbe.
Sans songer à tous ceux que couvre le cercueil.
Alors mon front pâlit sous un nuage sombre, Et j'aime à m'entourer de solitude et d'ombre ; Alors je me nourris d'amertume et de fiel, Dégoûté de ce monde, où, loin de vivre en frères, Les hommes pour de l'or égorgeraient leurs pères ; — Désespérant parfois du ciel.
Car voyant la vertu pencher sa noble tête, Et le type du mal s'élever jusqu'au faîte, Je croirais l'univers l'œuvre d'un Dieu méchant Qui nous lance au milieu de l'arène infernale, Pour repaître ses yeux de la lutte inégale Qu'engagent ici-bas le faible et le puissant.
Puis quand la coupe est j^Kinc il faut qu'elle déborde. La vague ronq^t ])arfois la digue qu'elle aborde