‹ Esquisses poétiquesChapitre 51 sur 55 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

Douze fois à peine la jeune enfant avait vu fleurir l'amandier, lorsque, s'échappant du banquet bruyant de la vie, elle alla s'endormir dans le champ du repos éternel.

Klopstock, Messiade Chant iv.

Pleurons, Frère, pleurons cette Sœur si chérie, Dont le fragile esquif sombra sortant du port ; Oh ! si nos pleurs pouvaient rendre à la fleur flétrie La fraîcheur, la beauté que lui ravit la mort ! . . .

Hélas ! je me souviens qu'au matin de sa vie, Joyeuse autant que pure, ange plein de douceur, Auprès d'elle toujours notre âme était ravie. Nos cœurs étaient bercés de rêves de bonheur.

Pendant qu'elle vivait encore Qu'elle aimait à fouler les tapis de gazon ! Lorsque ses yeux charmés au lever de l'aurore

Parcouraient l'immense horizon.

Quand rêvant de longues années, L'illusion de fleurs semait son avenir

Durant ces heures fortunées Peut-être elle oubliait qu'il nous faut tous mourir !

Pleurons, Frère, pleurons cette Sœur si chérie, Dont le fragile esquif sombra sortant du port ; Oh ! si nos pleurs pouvaient rendre à la fleur flétrie La vie et beauté que lui ravit la mort! . . .

Quand du soleil couchant les lueurs incertaines. Avec les bruits du jour paraissaient s'assoupir. Auprès d'un clair ruisseau nous confondions nos peines Dans un cpanchement, — dans un tendre soupir.

Elle ne verra plus nos riantes campagnes, Nos jardins, ni nos champs qu'émaillent mille fleurs, Ni ses tendres parents, ni ses douces compagnes, Ni ses frères en proie à l'excès des douleurs,

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