‹ Esquisses poétiquesChapitre 52 sur 55 · SOUVENIR D'UNE SŒUR · texte numérisé non relu

SOUVENIR D'UNE SŒUR

Quant au bord du ruisseau limpide Son âme avec ses chants s'élevait vers son Dieu,

Songeait-elle en son cœur timide, Qu'à la terre si tôt il faudrait dire adieu ?

Pleurons, Frère, pleurons cette Sœur si chérie, • Dont le fragile esquif sombra sortant du port ; Oh ! si nos pleurs pouvaient rendre à la fleur flétrie La fraîcheur, la beauté que lui ravit la mort ! . . .

Frère, en ce jour de deuil que consacrent nos larmes,

Unissons prière et regrets ; Et d'un Dieu juste et bon, en calmant nos alarmes.

Adorons les divins décrets.

Oh ! Seigneur, qui du sein de ta gloire éternelle

Vois nos yeux de pleurs ruisselants.

Fais descendre en notre âme une vive étincelle,

Et guide nos pas chancelants.

Pourquoi donc, ô mortels ! tout ce vain étalage. Pourquoi tous ces trésors et ces rêves d'orgueil.

Quand la mer est grosse d'orage,

Lorsque le terme est un cercueil ?

Aux leçons du Seigneur si nous sommes dociles :

Quand sonnera l'heure des longs adieux, Nous nous endormirons satisfaits et tranquilles Pour nous réveiller dans les cieux !

Pleurons, Frère, pleurons cette Sœur si chérie. Dont le fragile esquif sombra sortant du port ; Que ne peuvent nos pleurs rendre à la fleur flétrie La fraîcheur, la beauté que lui ravit la mort ! . . .

Juillet, 1867.

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Sou image est toujours présente à ma tendresse.

MiLLEVOTE.

Il nous faut une mère ami pour le voyage ; Car il est doux d'aller, sans crainte de l'orage,

D'aller en lui tenant la main.

La course de la vie est longue et monotone, Et le plus beau printemps ressemble au pâle automne,

Quand on va seul dans le chemin.

Sur leurs troncs rabougris les branches inclinées Étalent tristement leurs tiges décharnées.

Veuves d'ombrage et de fraîcheur ; La terre fait entendre une étrange harmonie, Qui, lugubre et pareille au glas de l'agonie,

Fait pleurer et l'âme et le cœur.

Et l'œil ne voit plus rien des sites pittoresques,

Couronnés de frontons et brodés d'arabesques,

Ni des sommets voisins des cieux ; Ni rien du bleu lointain, aux brillants paysages, Ni du lac argenté, là-bas, sous les feuillages,

Ni du soleil tout radieux.

Plus rien ; car l'horizon, ce vaste emphithéâtre. Disparait tout entier sous un voile grisâtre ;

La nature se vêt de deuil.

Au couchant, à l'aurore, et partout un ciel sombre. Et rien autour de soi que la tristesse et l'ombre,

Et le silence du cercueil.

Voilà pourquoi je suis rêveur et solitaire. Pourquoi mon front toujours s'incline vers la terre,

Accablé par un souvenir ; Voilà pourquoi je suis triste ; car dans ma vie Un ange me guidait, femme à mes vœux ravie,

Doux rcve qui vient de finir.

Car elle n'est plus là, cette mère adorée. Voilà ce qui me rend l'âme tout éploréç,

Ce qui change en soir mon matin, Ce qui fait que mes nuits et mes jours sont arides, Et qu'on lit sur mon front tout sillonné de rides

Le sombre cachet du destin.

Car elle n'est plus là, celle dont le sourire Peut faire' résonner mon cœur comme une lyre

Et l'emplir d'un concert divin ; Dont l'amour est si saint, la grâce si touchante : Être délicieux dont la parole chante

Comme une voix de séraphin ;

Et qui, me précédant dans la céleste voie, D'espérance, et de gloire, et d'amour et de joie

Brodait l'avenir à mes yeux :

Fleur dont rien n'a terni la pureté première, Centre de tous rayons et de toute lumière,

Astre d'or dans l'aziir des cieux.

Car elle n'est plus là, cette âme de mon âme, La femme au front limpide, à l'œil rempli de flamme^ Au regard rempli de douceur ;

Celle dont l'existence à la mienne est unie, Et dont j'entends toujours la voix grave et bénie Retentir au fond de mon cœur.

Oh ! mon cœur est toujours tout plein de son image, Et le divin éclat que fait son doux visage

Luit toujours devant moi, pareil A ce disque de feu dont la vue éblouie, — Empreinte merveilleuse ! — est longtemps poursuivie.

Quand on regarde le soleil.

Sans elle les plaisirs n'ont plus rien qui me touche. Ma mère ! nuit et jour ce nom est dans ma bouche.

J'invoque et j'attends son retour Comme le voyageur, égaré dans sa route. Invoque la lumière, et, plein d'angoisse, écoute

Venir les premiers chants du jour.

Comme un pauvre orphelin laissé nu sur la borne, Je languis maintenant toujours pensif et morne,

M'abreuvant de fiel et de pleurs ; Et mon âme épuisée et ma lyre engourdie N'ont plus ni doux parfum, ni pure mélodie

Qui puisse calmer mes douleurs.

C'est en vain que de fleurs la fête se couronne, En vain que l'air est pur et que le ciel rayonne,

Et qu'au bal on se réunit ; En vain que le plaisir circule, et que la danse Fait battre tous les cœurs et bondit en cadence,

Et que tout chante et que tout rit ;

En vain que mes amis, touchés de ma tristesse, M'offrent incessamment la coupe de l'ivresse :

Tout vase est pour moi plein de fiel, Et l'ennui qui partout me ronge et me consume. Empoisonne la joie et change en amertume

Le meilleur vin, le plus doux miel.

Novembre, 1874.

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-Hommage a S. E. le Prince Czaf\toi^sky.

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