‹ Esquisses poétiquesChapitre 6 sur 55 · LES PLAINTES DU MEURTRIER · texte numérisé non relu

LES PLAINTES DU MEURTRIER

Voici venir la nuit avec ses voiles sombres, Quel silence partout, quel calme autour de moi ! La frayeur me saisit. . .; mais quelles noires ombres Remplissent mon cachot et me glacent d'effroi !

Oh ! laissez par pitié sur son lit de souffrance, S'endormir un instant l'horrible meurtrier : Ou plutôt achevez sa pénible existence, Le laisser vivre encor c'est le supplicier !

Dans ce séjour du crime et sous ses murs infâmes,

Jamais un ciel serein ne luit pour le maudit !

Ah ! du Seigneur, sur moi, vil assassin de femmes,

Armé par le courroux, le bras s'appesantit.

Mon Dieu pardonne-moi: je sais que ta colère

Pour venger mes forfaits exige mon trépas.. .

Je ne suis plus ton fils ; mais toi, toujours mon père,

Tu pourrais me damner et tu ne le veux pas !

Mais la voix de Satan appelle sur ma tête Les tourments de l'enfer et de l'éternité ; Elle ressemble au bruit d'une mer en tempête, Oh ! je la reconnais à sa férocité. r

Je l'entends qui rugit, et, du fond de l'abîme. Provoque du Seigneur le trop juste courroux : Pour un peu d'or, dit-il, il accomplit le crime, 11 est à moi, vous dis-je, il n'est plus rien pour vous !

Monstre inhumain ! quel cœur bat pour toi sur la terre ?

Ton épouse te hait, ton fils te maudira !

Honte de ta maison, déshonneur de ta mère,

Mort sur un échafaud !. . . l'avenir le dira ! ! !

Je souffre des tourments que l'enfer même ignore ;

La nuit n'a plu's pour moi que des rêves d'horreurs ;

Je tremble quand le jour renait après l'aurore,

Car le jour, du maudit, augmente les douleurs.

Écrit, le 17 Juin 1865.

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