LES PLAINTES DU MEURTRIER
Voici venir la nuit avec ses voiles sombres, Quel silence partout, quel calme autour de moi ! La frayeur me saisit. . .; mais quelles noires ombres Remplissent mon cachot et me glacent d'effroi !
Oh ! laissez par pitié sur son lit de souffrance, S'endormir un instant l'horrible meurtrier : Ou plutôt achevez sa pénible existence, Le laisser vivre encor c'est le supplicier !
Dans ce séjour du crime et sous ses murs infâmes,
Jamais un ciel serein ne luit pour le maudit !
Ah ! du Seigneur, sur moi, vil assassin de femmes,
Armé par le courroux, le bras s'appesantit.
Mon Dieu pardonne-moi: je sais que ta colère
Pour venger mes forfaits exige mon trépas.. .
Je ne suis plus ton fils ; mais toi, toujours mon père,
Tu pourrais me damner et tu ne le veux pas !
Mais la voix de Satan appelle sur ma tête Les tourments de l'enfer et de l'éternité ; Elle ressemble au bruit d'une mer en tempête, Oh ! je la reconnais à sa férocité. r
Je l'entends qui rugit, et, du fond de l'abîme. Provoque du Seigneur le trop juste courroux : Pour un peu d'or, dit-il, il accomplit le crime, 11 est à moi, vous dis-je, il n'est plus rien pour vous !
Monstre inhumain ! quel cœur bat pour toi sur la terre ?
Ton épouse te hait, ton fils te maudira !
Honte de ta maison, déshonneur de ta mère,
Mort sur un échafaud !. . . l'avenir le dira ! ! !
Je souffre des tourments que l'enfer même ignore ;
La nuit n'a plu's pour moi que des rêves d'horreurs ;
Je tremble quand le jour renait après l'aurore,
Car le jour, du maudit, augmente les douleurs.
Écrit, le 17 Juin 1865.
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