XI. — Théâtre
Recueil de Pièces.
•^oo. — Le II Théâtre || espagnol, || ou || les meilleures Il Comédies || des plus fameux || Auteurs espagnols. Il Traduites en François. || [fleuron] || A Paris, Il Chez Jean Moreaa, rue Galande, \\près la Fontaine S. Severin, à l'Image [| S. Jean VEvangeliste. Il — M.DCC. Il Avec Privilège du Roy , in-12, 8 ïî. n. cli. p. 1. préf. et priv. -h pp. 398.
Préface. — Le Traistre puni. — Don Félix de Mendoce. Privilège à Jean Moreau, Versailles, 27 nov. 1699.
Bib. nat., Yg 2720.
Préface.
Ce n'est point pour prévenir le Public en faveur de cette Traduction, que j'ay recours à une Préface; c'est unitjUeaient pour luy faire connoître mon dessein, qu'il ne peut découvrir par la lecture seule de cet Ouvrage. Tout le monde doit convenir que le Théâtre François est parvenu pour la pureté des mœurs, à un point de perfection inconnue aux autres Nations ; on n'y peut rien ajouter touchant la politesse, la douceur & les beautés de i'élocution. Tous les differens caractères du ridicule y sont peints avec des couleurs tres-vives & tres-rcjoiiissantes ; & sur ce sujet il semble qu'il ait conserve une fécondité qui ne s'épuise point : mais il faut avouer aussi qu'on y voit une sécheresse d'intrigue étonnante ; & je ne com-
prens pas pourquoy avec toute la délicatesse & tout le bon goût que nous avons, nos Auteurs, & les meilleurs mômes, ont négligé ce qui sans contestation doit estre réputé l'ame )!i: le principal londenient de toute l'action dramatique.
Je ne craindray point d'avancer (pie les Espagnols en ont mieux jugé que nous, & qu'ils sont nos maîtres à imaginer & à bien conduire une intrigue. Ils sçavent exposer leur sujet avec un art infini, & dans le jour le plus avantageux. Ils joignent à cela des incidens si agréables, si surprenans, &: ils le (ont avec tant de variété, qu'ils paroisscnt aussi inépuisables sur celte matière, que nos François le sont sur la diversité des caractères ridicules. Ce n'est pas tout, les Pièces Espagnoles sont remplies de contre-temps ingénieux, de contrariétés dans les desseins des Acteurs, «Sl de mille jeux de Théâtre qui réveillent à tout moment l'attention du spectateur. Enfin leurs intrigues ont presque toutes du merveilleux ; mais ce merveilleux ne donne pas dans le fabuleux «Ji: le romanesque, & comme ils le ramènent toujours au vray-semblable par les règles de l'art, il fait un admirable effet sur la Scène.
Nos François ne connoissent point ces beautés, il ne paroit pas du moins qu'il les ayent assés recherchées dans les Pièces qu'ils n'ont pas copiées ou imitées des Espagnols. Il est vray, que l'imagination de ces derniers prend souvent l'essor au delà des justes bornes delà vray-semblance &: de la raison ; mais il me semble qu'en laissant ce qu'ils ont d'outré, on pourroit les imiter en ce qu'ils ont de brillant & d'ingénieux, & par ce moyen rendre nos Pièces de Théâtre plus parfaites, en ajoutant les beautés qui nous manquent, à celles que nous possédons déjà.
Voilà ce qui m'a fait entreprendre cette Traduction : je la donne au Public pour essayer son goût ; s'il n'est pas content de ce volume, il me sçaura gré de ne luy en pas donner davantage ; & s'il le reçoit avec quelque plaisir, je feray incessamment Imprimer d'autres Pièces qui ne seront pas plus mauvaises que celles-cy, & toujours dans le mesme dessein d'encourager nos Auteurs à s'attacher plus qu'ils ne font à l'intrigue de leur Poëmes ; par là ils rendront plus vif le plaisir que nous prenons aux spectacles.
Supposé que la décision du Public me soit favorable, je me propose de parler dans la suite des Auteurs Espagnols, & de faire connoître te^, obligations que nous leur avons de nous avoir fourni les intrigues de quelques-unes de nos meilleures Comédies ; mais je ne veux dire icy que
les choses dont il est absolument nécessaire que le Lecteur soit instruit.
Je ne me suis pas fait une religion de traduire à la lettre ; les Espagnols ont des façons de parler, que l'on ne me blâmera pas d'avoir changées. Tantosl ce sont de ces figures outrées, qui font un galimatias des termes pompeux, de Ciel, de Soleil, vK: d'Aurore; & tantosl ce sont des saillies du Capitan Matamore, des mouvemens rodomonls, qui ne laissent pas véritablement d'avoir de la grandeur ^ de la force ; mais qui sont trop opposés à nos usages, pour pouvoir estre goûtés des François. J'ay donc adouci tout ce qui m'a paru trop rude ; mais je n'ay pas travesti mes Acteurs à la Françoise, comme de célèbres Auteurs qui en ont fait des Erasie & des CUtandre dans quelques Pièces Espagnoles qui ont esté représentées sur nôtre Théâtre. J'enay fait des Rodrigue & des D. Diegue
Su'on reconnoîtra toujours à leur manière de penser & e parler, pour estre nez sous un autre Ciel que le nostre. Comme les Espagnols n'observent ny l'unité de lieu, ny la règle des vingt-quatre heures, & qu'à leurs figures outrées prés, il n'y a proprement que cela qui nous blesse dans leurs Comédies, j'ay gardé un milieu entre les libertés de leur Théâtre, & la sévérité du nostre. Quand je ne Fuis, sans supprimer des incidens agréables, consommer action en un jour ; jeprens deux jours : mais cela ne va pas plus loin. Pour l'unité de lieu, il est impossible de la garder, sans oster le merveilleux, & sans tronquer les intrigues, qui sont, à mon sens, comme je l'ay déjà dit, la plus ingénieuse & la plus noble partie de l'action dramatique.
J'avoùë que lorsque nous voyons une Comédie qui commence en un Royaume, & qui finit dans un autre, nous avons raison de nous révolter contre une pareille licence ; & il m'a semblé qu'un Traducteur pouvoit se dispenser de la respecter, & prendre celle de partager en cinq Actes leurs Pièces qui n'en ont ordinairement que trois. Je mets la Scène de ces sortes de Pièces dans une Ville, où à la vérité cette Scène change de lieu, quand l'interest des Acteurs & l'action le demandent ; mais pourvu que ces changcmens soient bien ménagés, & que le spectateur en soit averti, je suis persuadé que c'est une fausse délicatesse de les trouver mauvais, & qu'en dépit d'Aristote & de nostre Tribunal dramatique, qui les condamnent, ils ne sçauroient nous rebuter.
Quand l'action interesse, on suit les Acteurs sans s'en
appercevoir; &j'cn donne deux exemples, un dans le genre héroïque, & l'autre dans le comique. Dans le Cid, nous allons volontiers avec Rodrigue du Palais du Roy chés Chimene ; & la situation de celte Scène, quoy qu'elle soit contre notre usage, nous fait trop de plaisir pour en sçavoir mauvais gré à l'Auteur. Dans la Comédie du Menteur, après nous cstre divertis aux Tliuilleries des mensonges de Dorante, nous le suivons sans peine à la Place Royale, parce que son caractère nous divertit, & que l'intrigue commence à nous attacher.
Je diray en linissant, sans sortir du respect qui est dû à nos règles, que je veux croire fort judicieusement établies, puisque nos plus grands hommes les ont inviolablement observées, que tant qu'un Auteur gardera l'unité de lieu, il ne nous offrira que des intrigues tres-mediocres ; & je crois qu'il plaira moins au Parterre par le mei'ite de celte servitude qu'il se sci-a luy-mème imposée, qu'il ne luy plairoit par la représentation d'un grand nombre d'incidens & de contre-temps agréables, que l'incommode & gênante unité de lieu luy aura fait supprimer. Et par là il restera toujours à ses Poëmes plus de beautés, qu'il ne leur en pourra donner d'ailleurs.
701 . — Le II Théâtre || espagnol, || ou || les meilleures Il Comédies || des plus fameux || Auteurs espagnols. Il Traduites en François. || [fleuron] || A Paris, \\
Chez Jacques-Christophe Remy, 1 1 GrancV Salle du Palais, au quatrième Pillier, || vis-à-vis les Enquestes, à VEcu de Venise. \\ — m.dcc. || Avec Privilège du Roy , in-i2, 8 fl*. n. eh. p. la préf. etpriv. à Jean Moreau -+- pp. 398.
Même éd. que la précédente, avec un titre différent.
Bib. nat., Yg. 2721.
Vente Guy Pellion (609), m. r., Ciizin, 190 fr. — Aug. Fontaine, lib., Cat. janvier 1898 (218), veau brun, i5 fr.
702. — *Le Théâtre espagnol... La Haye, Meiiidert UytwerJ, 1700, in-12, SfF. prél. -f- pp. 128.
Jolie contrefaçon de l'édition de Moreau. (Soleinne, 483i.)
"joS. — Recueil || des pièces || mises au théâtre François Il Par M. le Sage. || [fleuron] || A Paris, \\ Chez Jacques Barois Fils, Qiiay \\ des Augustlns, à la Ville de Nevers. || — m.dcc.xxxix. || Avec Approbation ^ Privilège du Roy. 2 vol. in-12, 2 fi", n. eh. p. 1. tit. et l'avis du lib. -|- pp. ^20, 889 -h i f. n. eh. App. et Priv.