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regardés comme le principe colorant pur, et auxquels il a donné le nom de globuline.
Je dois faire observer en passant que le nom de globuline ne peut pas être admis, ainsi que MM. Gay-Lussac et Sérullas l’ont déjà remarqué. Je m’expliquerai plus tard à son sujet.
Cette matière, que je désignerai momentanément comme M. Le Canu, est sensiblement insoluble dans l’eau, l’alcool et l'éther; cependant il les colore légèrement en rose dans quelques circonstances. Elle se dissout facilement dans l’ammoniaque à 24 degrés , et surtout dans la potasse liquide, en leur communiquant une couleur rouge, et sa solubilité dans ces deux véhicules est beaucoup plus grande que celle de l’albumine coagulée. Mais, ce qui la caractérise surtout et justifie complètement l’opinion de M. Le Canu sur la nature complexe de l’hématosine et sur l’existence simultanée dans cette matière d’une substance albumineuse incolore et du principe colorant, c’est que ce principe fournit , par la calcination * une proportion de peroxide de fer qui s’élève à plus du double de celle qui a été reconnue par M. Berzélius dans^ les cendres de l’hématosine. En effet, celle-ci a fourni à M. Berzélius 0,00628 de peroxide de fer, tandis que M. Lé Canu en a extrait 0,0174 du nouveau principe qu’il a signalé (1).
Cependant, en traitantl’hydrochlorate de globules par un procédé que M. Le Canu n’a pas publié, mais qu’il m’a indiqué verbalement, et que je me fais un plaisir de lui rapporter tout entier, on parvient à en extraire plus directement la globuline.
Ce procédé consiste à triturer l’hydrochlorate sec avec
(1) Le mémoire de M. Le Canu , sur la matière colorante du sang, $ e trouve dans le tome 45 des Annales de chimie et de physique, et dans le seizième du Journal de Pharmacie.
de la magnésie calcinée ; et àfaire bouillir le mélange avec l’alcool, il en résulte une solution neutre de globuline et Un résidu blanchâtre insoluble dans l’alcool, formé de matière animale et de l’excès de magnésie.
Indépendamment, de sa plus grande simplicité , le nouveau procédé deM. Le Canu présente encore sur l’ancien l’avantage de fournir un produit plus pur. Car, en faisant bouillir une dissolution alcoolique d’hydrochlorate de globuline avec de la magnésie calcinée, il a obtenu une liqueur rouge et un léger résidu d’un blanc légèrement Verdâtre, composé de magnésie et de matière animale insoluble dans l’alcool bouillant. Si, comme je l’ai observé, on ajoute de leaU à la liqueur alcoolique, on précipite Unmédiatement la globuline en flocons d’un brun rouge;
1 éther produit le même,effet, et précipité en même temps l’hydrochlorate de magnésie que l’alcool a pu entraîner. Cette même liqueur alcoolique, réduite par évaporation au tiers ou au quart de son volume , laisse la globuline se précipiter en partie sous forme de flocons bruns rougeâtres , qui paraissent se redissoudre dans l’alcool bouillant. Enfin, si on l’abandonne au repos;au bout d’un temps plus ou moins long, la globuline se dépose spontanément au fond du liquide décoloré. Dans cet état elle est 'nsoluble dans, l’alcool, et l’éther même à la température de l’ébullition.
Lorsqu’on veut obtenir celte globuline purè, on doit 1» laver soigneusement à l’eau, puis à l’éther et à l’alcool qui la débarrassent de quelques matières grasses. Elle ^st alors sous forme d’une poudre légèrement colorée en r °uge briqueté.
On voit, par ces résultats , que l’hématosine est réellement un mélange d’une matière animale incolore, et d’une matière colorée, ainsi que les microgrnphes l’avaient déjà feconnu depuis long-temps, en admettant, dans chaque lobule du sang, un sphéroïde blanc central et une en-
veloppe colorée. Indépendamment des autres preuves qui établissent ce fait remarquable, la concordance des résultats de l’analyse chimique avec ceux de l’analyse microscopique , me semble ne devoir guères laisser de douté à cet égard.
Ces deux matières n’ont pas encore été soumises à des recherches fort étendues ; cependant elles se distinguent déjà par des.caractères assez tranchés. Ainsi, tandis que l’une est sans couleur, insoluble dans l'alcool, et ne contient point de fer , là seconde, colorée én rouge, se dissout facilement dans l’alcool, et donne dans ses cendres une portiorï~considérablé.de ce métal.
Mais si l’existence de ces deux substances paraît démontrée, si la globuline de M. Le Canu représente lé principè colorant du sang, il faut avouer aussi que, dans l’état où il se trouve, après toutes les opérations qu’il a subies pour être amené à l’état de pureté , il est loin de posséder la riche et belle couleur qui' caractérise le sang lui-même, et qu’il est- nécessairement un produit modifié; mais, enfin son existence , comme principe particulier, n’en est pas moins réelle, et c’esl assurément un important résultat pour 1’auleur de sa découverte, après tant de travaux infructueux dontJe sang a été l’objet depuis tant d’années , d’avoir isolé cette matière intéressante. Mais il est impossible d’admettre» avec M. Le Canu , le nom de globuline qu’il lui a donné, et il importe de le changer avant qu’il soit passé en usage. Il est en effet plusieurs substances auxquelles ce nom appartient déjà. D’ailleurs ; ce n’est pas cette matière seule qui constitue les globules du sang, ain* 1 qu’on vient de le voir, et le npm d’hématosine, p» r lequel on a entendu désigner jusqu’à ce jour la matière colorante de ce liquide, lui est bien préférable en tous points , puisqu’il maintient le rapport naturel qui existe entre l’opération dont lé sang est l’objet dans les pou'
irions, et que I on nomme hématose, et la .substance qui en reçoit l’influence la plus évidente. D’après ces considérations , on devra désigner l’ancienne hématosine parie n om de globules, réserver ce nom. d’Jbématosine pour le principe colorant du sang, autrement, dit la globuline de M. Le Canu., et attendre, pour nommer la matière blanche des globule?, que son étude soit plus avancée, de vais suivre dès ce . moment cette nouvelle nomenclature.
Une des Conséquences les plus remarquables des derrières recherches de M. Le Canu, c’est une démonstrahon nouvelle, et plus frappante qu’aucune autre, de cetle v erité',' que le fer est un élément nécessaire de la matière colorante du sang, puisqu’on le voit accompagner çette rialière dans toutes les'circonstances, et se concentrer davantage en elle à mesure qu’on la purifie. Cette observa tioq ajoute,encore, à l’intérêt qui s’attache à la connaissance de l’état du fer dans le sang ; niais les tentatives lui ont été faites dans le but de l’apprécier n’ont fourni Jusqu’ici que des présomptions plus ou moins, hasardées, et l’on ne sait pas encore si le fer métallique forme Un des élémens de l’hématosine, comme l’hydrogène, le carbone, etc., ou s’il y .existe à l’état d’oxide ou d’un composé plus ou moins analpgue aux cyanures ou aux sulfo-cyanures. Cependantje dois citera cesujelquelques laits assez curieux que je puise dans ?a thèse de M. En- Selbart (i)- Ce chimiste, ayant-remarqué; que le chlore Réparait, facilement le fer du sapg, soumit comparativement à l’action de ce gaz les-globules du sang coagulés Par la chaleur, la fibrine et le sérum, et obtint ainsi trois s ubstances animales tout-à-fait exemptes de matières inor- Saniques , sensiblement blanches, insolubles dans l’eau,
(*) Thèse de M. Engelhait, pages 4') 1
solubles au contraire dans l’acide sulfurique concentré, et les alcalis caustiques, et, ert un mot, présentant entr’elles une grande analogie.
J’ai facilement constaté ces résultats par l’expérience, et reconnu en outre qu’en versant un excès d’acide hydrochlorique dans la solution alcaline des globules décolorés, on précipitait un hydrochlorate de matière animale toütà-fait comparable aux hydrochlorates que l’on peut obtenir avec l’albumine du sang ou du blanc d’œuf, et comme eux soluble en partie dans l’alcool, dont il pouvait être précipité par l’ammoniaque. Enfin l’héinatosine pure, obtenue par le dernier procédé de M. Le Canu, et décolorée par le chlore, m’a présenté des propriétés analogues.
Si ces expériences suffisent pour autoriser une présomp' tion sur la nature de l’hérnatosine, j’avouerai que la plus vraisemblable, à mon avis , consisterait à regarder cette substance comme un tissu albumineux coloré par une combinaison ferrugineuse.
Avant de terminer ce chapitre, je crois devoir indiquer un phénomène qui n’a peut-être pas d’importance, mais qui m’a paru assez curieux cependant pour être remarqué.
Lorsqu’on ajoute de l’ammoniaque goutte à goutte et sans précaution à la solution alcooliqüe de l’hydrochlorate de globules décolorés par le chlore, ou d’hydrochlorate d’albumine , on obtient un précipité de flocons blancs in' formes. Mais si, après avoir trempé légèrement J’extrémité d’un tube de verre dans l’ammoniaque, on le porte avec précaution à travers Je liquide alcoolique jusqu’au fo»^ du verre qui le contient, on voit bienôt paraître une espèce de membrane qui, par un mouvement mesuré, se divise en un grand nombre de petites vésicules plus ou moi» 8 globuliformes. J’ai vainement tenté d’obtenir le même re-
sul tat avec la soude, ce qui semble prouver que c’est à. la volatilité de l’ammoniaque qu’il faut rapporter cette production, et que chacun des globules observés n’est autre chose qu’une couche d’albumine moulée sur une bulle de gaz ammoniac. C’est là, du moins, l’explication qui a paru la plus vraisemble à M. Chevreul, lorsque je l’ai vendu témoin de ce phénomène.
Je crois pouvoir conclure de tout ce qui précède, que les matières diverses , simples où composées, reconnues ou encore problématiques , qui ont été jusqu’à ce jour signalées dans le sang, sont, indépendammênt des sels, au nombre de douze , savoir :
i°. L’eau ; 2°. l’albumine ; 3 °. la' fibrine ; 4 °- la matière blanche des globules ; 5 °. Thématosine ou matière colorante de cés mêmes globules ; 6°. un savon alcalin trèsprobablement formé par les acides oléides et margarique; 7 °. la cholestérine ; 8°. la graisse pliosphorée du cerveau; 9 °. la séroline ; io°. l’urée; il", les matières extractives solubles dans l’alcool et dans l’eau ; 12°. des matières extractives , solubles dans l’eau et insolubles dans l’alcool.
Du chlorure de sodium ;
--— de potassium;
Des sous-carbonate
-—r- phosphate
——1— sulfate
Du sous-carbonate de chaux ;
__ de magnésie ;
Des phosphates de chaux ;
- de magnésie ;
———- de fer ;
Du fer engagé dàns une combinaison inconnue.
La plupart des chimistes, qui se sont occupés de l’étude du sang, paraissent avoir attaché une grande importance
à déterminer exactement les proportions, de chacune des matières qd’ils ont reconnues dans ce liquide, et ont publié les données de leurs déterminations. Cependant, si l'on considère l’imperfection,,de l’analyse organique, si l’on, a égard aux .variations que les progrès de la science ont déjà fait éprouver aux résultats de l’analyse du sang en particulier, et à toutes les modifications que ses progrès à venir doivent nécessairement y apporter encore, on.reconnaîtra comme moi, jel’espère, que les analystes ont pris une peine inutile en soumettant au calcul des données éminemment provisoires.
Ce sont ces considérations qui m’ont empéché de présenter aucune valeur quantitative dans le tableau qui précède. Je dois avouer néanmoins que, parmi les matériaux du sang, il en est quatre qui prédominent tellement dans ce liquide, et dont les proportions reposent sur un si grand nombre de déterminations concordantes , qu’il est difficile de se refuser à les admettre comme très-rapprochées de la "vérité , et très-propres à servir de bases à des inductions physiologiques. Je veux parler de l’eau , de l’albumine, de la fibrine et des globules. Ces trois dernières substances en effet, lorsqu’elles ont été débarrassées au moyen de l’eau et de l’alcool des matières extractives quelles renfermentpeuvent être regardées comme sensiblement pures; et si, comme je crois l’avoir établi précédemment pour l’albuminé et les globules , elles sont elles-mêmes complexes , toujours est-il qu’on peut avec une utilité réelle, ainsi que la suite le prouvera saps doute? appliquer des déterminations pondérales à l’ensemble q ue lorme chacune.
C’est d’après cetteidée que j’ai voulu indiquer et discu- Ler ici les proportions d’eau , d’albumine, de fibrine et de globules qui se trouvent le plus ordinairement d'ans le sang-, et les difléfences qu’elles peuvent présenter suivant l’Age, le sexe , le tempérament et plusieurs autres circon-
stances'particulières aux individus auxquels ce fluide a été emprunté.
MM. Prévost et Dumas ont proposé un procédé extrêmement simple (i)’pour appiécier Peau , les globules et ^ es matières fixes du sérum ; mais ce procédé ne permet pas de tenir compte de la fibrine, et d’ailleurs il ne me Paraît pas présenter une exactitude suffisante aujourd’hui.
Lorsqu’on veut l’exécuter, on laisse coaguler le sang, ° n sépare avec soin le caillot du sérum,^et on pèse, l’un e t l’autre ; on coagule celui-ci, oh le dessèche et on tient c ompte de sà diminution de poids. D’autre part, on dess éche le caillot et on pèse le résidu ; la perte qu’il éprouve, re unie à celle du sérum , donne le poids de l’eau contenue dans le sang.
On regarde toute l’eau du caillot Comme provenant du Se rum interposé entre ses parties, et connaissant lés proportions relatives de l’eau ët dès matières fixes qui composent le sérum ; il est facile de retrancher du caillôt sec
poids de ihatièreS fixes provenant du sérum qu’il contenait. On connaît ainsi les poids relatifs de l’eau , des globules et des matières fixes du sérum.
Mais d’abord /suivant l’ancienne supposition de l’existe nce de la fibrine dans les globules, oh ne la distingué Pas de ceux-ci, çéqui ne paraît'plus admissible actuellement; et d’ailleurs, en prétendant que l’eau du caillot a Ppartient tout entière au sérum interposé, on exagère la quantité de matières fixes du sérum , et on diminue d’aula ut celles des globules; car les globules ne sont certainement pas'à.’ l’état anhydre dans le sang, et, s’ils sont hydratés , ce n’est pas de sérum,niais bien d’eau pure qu’ils doivent être pénétrés, ainsi que M. Engelhart (2) et
(0 Annales de chimie et de physique , tom. XX11I, pag. 56. (2) Engelhart, Thèse de j8a5.
M. Chevreul (i) l'ont fait remarquer. Il est facile <le se convaincre de l’erreur qui résulte de cette hypothèse, en comparant ensemble les résultats obtenus par M. Le Canu, qui s’est fondé sur elle,.et ceux qui ont été fournis a M. Denis, parla méthode qu’il a proposée pour séparer l’albumine des globules. On voit que le premier admet dans le sang, ainsi qu’on aurait pu le prévoir, plus de globules et moins d’albumine que le second.
De toutes les méthodes connues, celles dont M. Denis (») a fait usage dans ses nombreuses recherches sur le saDgi me paraît la plus exacte pour l’analyse partielle dont il est ici question. Voici en quoi elle consiste :
Immédiatement après la saignée, et pendant que le sang est encore liquide, on le partage en deux parties égales- La première desséchée immédiatement donne le poids de l’eau, la secondç est abandonnée à elle-même et se coagule ; le sérum est soigneusement séparé du caillot à l’aide d'une pipette, desséché et mis en réserve. D’autre part, le caillot dépouillé de sérum est placé dans un nouet , et malaxé dans soixante-dix fois son poids d’eau distillée.
On trouve dans le nouet la fibrine, on la dessèche et on la pèse. L’eau de lavage du caillot est à son tour portée et maintenue à la température de 68 àj 3 degrés , jusqu’à ce-qu’elle soit complètement décolorée. Les globules ains» coagulés sont comprimés dans un linge serré , séchés et pesés. Enfin l'eau dans Iaquelleces mêmes globules étaient dissous ou suspendus , et qui retient les parties séreuses du caillot, est elle-même.évaporée à siccité; et le résidu qu’elle fournit, ajouté au résidu de l’évaporation du sé¬
rum, représente toutes les matières fixes de ce liquide. En les traitant par l’eau bouillante, on les débarrasse des
(1) Chevreul. Dictionnaire des Sciences naturelles. Article: Sang, (a) Recherches expérimentales, pag. m.
sels solubles et des matières extractives, et il reste l'albumine sensiblement pure, on la dessèche et on en prend Je poids.
Cette méthode très-simple, et d’un usage facile, fournit à mon avis toutes les valeurs pondérales que l’on peut rechercher avec avantage réel dans la composition du sang. On peut d’ailleurs, ainsi que l’a fait M. Denis, épuiser successivement chacun des produits précédemment isolés, par l’eau et l’alcool, pour achever de les purifier ; mais les quantités de matières qu’on en relire par ces divers traitemens , sont assez faibles pour ne pas influer notablement sur leurs.poids, et je crois qu’on peut les négliger sans inconvénient.
Si l’on examine les données des noïpbreuses analyses de sang publiées par M. Denis et par M. Le Canu, on voit que les proportions des élémens principaux de ce liquide varient d’une manière très-remarquable, suivant l'âge, le sexe , le tempérament, l’état de santé ou de maladie , et la nature de la maladie des individus qui le fournissent.
C’est assez dire que la moyenne générale de ces analyses n’est autre chose que la moyenne des limites entre lesquelles flottent les variations que le sang peut éprouver dans sa composition -, c’est assez dire aussi qu’il s’attache Un grand intérêt à la comparaison du sang de divers individus , en tenant compte des conditions dans lesquelles ils s e trouvent.
M. Denis et M. Le Canu ont bien reconnu cette vérité, et se sont réglés sur elle dans l’exécution de leurs analyses. Je vais exposer rapidement les principales conséquences auxquelles leurs résultats les ont conduits.
M. Denis a publié soixante-quinze analyses (1) de sang
t > ) Recherches expérimentales.
humain appartenant à des individus de sexe et d’âge différens , mais ordinairement sains ou légèrement malades. En comparant les résultats, on voit que la proportion d’eau contenue dans le sang varie entre 70 et 86 centièmes, ce qui donne pouF moyenne 78 , nombre très-jrapproché de 78,4 trouvé par MM. Prévost et Dumas. Le poids des globules varie dans les mêmes limites que celui de l’eau, car ils forment depuis 6 jusqu’à 22. cent, du sang ; l’albumine, au contraire, présente une. proportion assez constante, et qui est comprise entre 5 et 6 centièmes, dépendant les deux termes extrêmes trouvés par M. Denis sont 4,85 et 6,84 pour 100. Enfin la fibrine forme le plus habituellement les 0,0027 de la masse du sang , qui n’en a jamais présenté plus de 4 millièmes ni moins dé 2. On voit, par cet exposé, que l’eau et les globules étant les.seuls élément du sang qui varient notablement dans leurs proportions, les variations qu’ils éprouvent sont nécessairement en raison inverse les unes des .autres.
M. Le Canu, après avoir analysé vingt espèces de sang, dont dix appartenaient à des hommes et dix à des femmes, est arrivé à des résultats, très-ranalogues. Cependant il a~ trouvé moins d’albumineet plus de globules que n’en accusent les analyses de M. Denis, ce qui dépend, ainsi que je l’ai déjà fait voir, du procédé qu’il a employé.
M. Le Canu s’est particulièrement attaché à juger les' dilïérençes que l’âge, je sexe et le tempérament apportent dans la composition du sang.
lia reconnu ainsi, que l’eau est plus abondante chez la femme que chez l’homme, chez les individus lymphatiques que chez lesr&anguins. ■
A ces observations, M. Denis ajoute que la proportion d’eau est faible chez les nouveaux nés et les adultes, jlominante au contraire dans l’enfance et la vieillesse. D’après cela il suffit de se rappeler que les différences de proportions de l’eau et des globules sont en raison inverse
les unes des autres pour conclure à priori que les globules abondent chez lés nouveaux nés el les adultes, et sont en moins grande, quantité chez les enfans et les vieillards; enfin, qu’il y en a plus dans le sang de l’homme que dans celui de la femme, chez les individus sanguins que chez les lymphatiques. C’est ce qui résulte en effet des expériences de MM. Denis et Le Ganu.
Ces deux observateurs OnL également reconnu que les émissions sanguines, soit naturelles, comme les pertes Utérines , soit artificielles , comme celles qui résultent de la saignée ou de l'application des Sangsues, modifiaient notablement la composition du sang et y faisaient prédominer l’eau en affaiblissant au contraire la proportion des globules. *
Enfin^ si, considérant dans leur ensemble toutes les observations dont les globules du sang ont été l’objet, on s'efforce d’apprécier le rôle qu’ils jouent dans l’économie vivante , on est amené à conclure que c’est en eux que réside la partie stimulante, essentielle, vitale, en quelque sorte, du sang; que leur nombre augmente ou diminue, suivant l’abondance ou la rareté de la nourriture, lanature plus ou moins substantielle des alimens, les conditions atmosphériques plus ou moins favorables à la santé , et, en un mot, que la force ou la faiblesse, l’état de santé ou de maladie, se rattache toujours par une relation évidente avec leur préportion dans le sang.
Je me suis borné jusqu’ici à réunir les résultats généraux que l'étude du sang a fournis aux observateurs, et surtout aux chimistes qui s’en sont occupés, ou que j’ai obtenus moi -même dans mes recherches particulières. J’ai discuté la valeur de. ces résultats ét des opinions qui ont été proposées sur les divers phénomènes que présente l’histoire du sahg. Mais je me suis abstenu d’en tirer aucune conséquence, me réservant de les considérer sous ce nouveau point de vue lorsque j’,aurais, complété l’espèce de
monographie que j’avais entreprise. Je vais actuellement m’occuper de cette seconde partie de mon sujet.
« Le sang, selon le langage énergique de l’illustreBordeu, est une chair coulante, comme la sève des arbrés est un bois encore liquide; c’est un composé de toutes les humeurs animales, une dissolution de tous Tes solides, qui communique avec toutes les parties du corps, reçoit dans chaque organe une modification -particulière et vivifie une force Vitale que la mort anéantit. »
Si cette définition est juste , la chimie doit signaler tôt ou tard dans le sang tous les principes qui constituent les matériaux liquides ou solides de l’être animé auquel il ap* partient.
Les premiers elïbrls tentés dans le but de vérifier cette donnée théorique ont démontré, il est vrai, (lafns le sang l’existence de la fibrine, qui y représente l’élément de la chair musculaire , de l’albumine qui se rencontre en dissolution dans les divers liquides de l’économie ; de plusieurs matières salines que l’analyse avait déjà signalées dans la charpente osseuse ou dans les humeurs; et, en dernier lieu, de la matière grasse que M. Vauquelin avait découverte dans la pulpe encéphalique, et qui depuis a été signalée dans le chyle, la subètance du foie et la fibre musculaire. Mais On n’avait encore reconnu dans le sang aucun des principes caractéristiques des sécrétions glandulaires , et on n’avait aucune donnée pour établir si ces principes existaient tout formés dans le sang ou résultaient d’une puissance élaboratrice propre aux organes sécréteurs ; lorsqu’en 1821, MM. Prévost et Dumas (u), guidés par des considérations théoriques, qu’il est inutile de rap' peler ici, parvinrent à retirer du sang d’un chien auquel ils avaient enlevé les reins, une proportion considérable
(1) Annales de chimie et de physique, tom. XXIII, pag. 90.
de l’élément essentiel et caractéristique de l’urine, je veux dire l’urée. Mais ces observateurs n’avaient obtenu ce résultat remarquable qu’après avoir pratiqué sur le chien rais en expérience une opération très-grave, et il n’étai t pas probable qu’ont pût y avoir recours pour d’autres organes que les reins (ï). D’ailleurs, bien que ce brillant résultat eût constaté l’existence d’un des matériaux de rtos sécrétions tout formé dans le sang, ce fait", isolé et ^directement obtenu, ne motivait pas suffisamment une conclusion générale. Delà vient qu’en i 83 o, l’Académie de médecine , pénétrée de . l'intérêt qui s’attachait à cette question , et présumant d’ailleurs qu’à défaut de l’ablabon de l’organe, l’état pathologique particulier au foie dans l'ictère pouvait accumuler la bile dans le sang en assez grande abondance pour que la chimie pût l’y saisir, 1 Académie, dis-je, proposa pour sujet de prix l’analyse du sang d’un ictérique.
A la fin du siècle dernier, Fourcroy avait prétendu avoir trouvé de la bile dans le sang, mais MM. Deyeux et Parmentier l’ayant vainement cherchée dans ce liquide, celte découverte n’àvait point été généralement admise. Au reste, la bile à cette époque était fort mal connue, et il eût été impossible de traiter avec succès la question que Fourcroy pensait avoir résolue.
Mais depuis les analyses modernes qui en ont été faites, et particulièrement depuis celle de M. Braconnot (2), il était devenu plus facile de distinguer au moins quelqu’un de ses élémens. Aussi M. Chevreul ne tarda pas à faire
(1) Depuis cette époque, M. O’Shaughnes&y a trouvé de l'urée dans sang de certains cholériques, chez lesquels la sécrétion de l'urine ‘Oait cessé d’une manière notable. Voyez Omette médicale de Paris , to m. IHe., no. 10.
Çî) D’après les dernières recherches de M. Braconnot, Annales de c àimie et de physique, tom. X1.1I, octobre i8ï<), pag. 171, la bile, abs-
faire à la science un progrès réel-clans cette direction , en découvrant, dans le liquide, jaune que l’on obtient en incisant la peau des enfans morts de l’ictère, les mêmes principes colorans jaune, vert et bleu qu’il avait, luimême précédemment reconnus dans la bile. Cette observation intéressante laissait cependant subsister , en grande partie au moins, l’incertitude qui régnait parmi les physiologistes et les chimistes sur l’existence de la bile dans le sang des ictériques, lorsque M. Le Canu, en s’occupant de traiter la question proposée par l’Académie de médecine, reconnut dans ce sang les trois principes colorans de la bile, .et avança beaucoup la solution du problème, sans-pouvoir toutefois le résoudre entièrement- Mais je crois que les derniers doutes doivent être levés? aujourd’hui, que je suis parvenu à signaler l’existencp d’un savon alcalin , et de la cholestérine elle-même, non-seulement dans le sang cl’un ictérique , où ces deux matières étaient associées aux principes colorans jaune , vert, et bleu de la bile, mais même dans le sang de quatre sujets différons, qui n’étaient ni les uns ni les autres affectés d’ictère.
Indépendamment de ce quelles établissent d’une manière assez positive l’existence de la bile dans le sang de® ictériques, mes observations ajoutent encore un appui direct à l’opinion de MM. Prévost et Dumas , sur le mécanisme des sécrétions, en signalant l’existence de deux élémens caractéristiques de la bile dans le. sang à Tétai normal.
traction faite des sels et de quelques centièmes dematière jaune etd’“ ne matière animale non caractérisée contient une résine particulière des acides oléique et margarique , de larcholestérine, une matière amère de nature (ikaline, une matière sucrée, et de plus, line très-petite quantité de matière colorante, dont M. Cltevreul a séparé deux principe 8 ’ l'un jaune orangé, l’autre vert ou pçut-êtro bleu.
La séroline n’ayant point encore été signalée ailleurs que dans le sang, il est impossible de tirer aucune induction physiologique de son existence dans ce liquide ; mais il ne me parait pas douteux que l’analyse ne la retrouve bientôt dans quelqu’autre système de l’économie animale, e t il sera curieux de l’y rechercher.
Enfin , si j’essaie de résumer les données que la science possède sur les globules, pour déduire de l’ensemble de leurs propriétés quelques rapports entre le rôle puissant qu’ils jouent dans l’économie vivante et leur composition chimique, ou la disposition physique du petit système que forme chacun d’eux, je vois que l’onne peut s’arrêter U leur égard qu’à des suppositions plus vagues les unes que les autres, et je me dispense d’en présenter aucune.
Dans le cours de ce travail, je n’ai guères considéré Jusqu’ici que le sang veineux de l’homme en bonne santé, sans m’occuper des différences chimiques qui doivent distinguer le sang artériel du sang veineux, le sang des divers animaux entr’eux , le sang normal des sujets bien portans du sang altéré des malades. Cette question importante présente un haut intérêt, mais elle n’a été encore qu’effleurée, et j’aurai peu de choses à en dire, je ne dois pas cependant la passer sous silence.
Plusieurs chimistes se sont occupés de comparer le sangveineux avec le sang artériel (i), et ont attribué à celuici un sérum moins abondant et plus léger, et un plus grand nombre de globules qu’au sang des veines. Mais r ien n’est plus borné ni plus vague que les données de la science sur ce sujet. Il est bien certain toutefois que si 1 analyse chimique n’est point encore parvenue à reconnaître des différences précises entre les principes immé-
, (*) Dictionnaire des Sciences naturelles, pag. 182, tom. XLVII- Arl, cle Sang.— Annales de chimie et de physique, tow. XXIII, pag. 68.
diats du sang veineux et du sang artériel, il est impossible de s'expliquer les phénomènes qui s’accomplissent aU sein de ces liquides pendant l’acte de la respiration, sans admettre que ces différences existent ; cependant elles sont restées purement hypothétiques jusqu’à l’époque toute récente où MM. Marcaire et Marcel sont venus leur donner toute l’autorité d’un fait par l’analyse élémentaire du sang veineux et du sang artériel d’un lapin- Ces deux habiles chimistes ont ainsi constaté que l’hydrogène et l’azote existent en proportions sensiblement constantes dans ces deux liquides, tandis que le carbon® et l’oxigène varient en raison inverse l’un de l’autre , ainsi qu’on peut en juger par les nombres suivans qui résultent de leurs analyses (i).
Sang artériel et limpide réduit eu pou Sang veineux noir réduit en
dre d’un rouge clair. poudre d'un rouge brunâtre.
Carbone. 5o,a
Azote. i6,3
Hydrogène. <»,6
Oxygène. a6,3
Ces observations sont un fait important, sans contredit» dans l’histoire de la chimie animale; elles répondent vi®' torieusement aux doutes élevés tant de fois sur le poU' voir de cette science pour distinguer le sang artériel sang veineux; mais, il faut l’avouer, elles ne résolve** 1 qu’une faible partie du problème, puisqu’elles laissent a reconnaître encore sur quels principes immédiats du sang' portent les modifications remarquables qu’elles ont sigl* 3 ' lées, et que sous ce point de vue la chimie ne présent® encore aucune donnée de quelque valeur.
0) Annales de chimie et de physique, tom. IJ , p. üS-j
Heureusement les èfl'orts des chimistes ont été moins stériles dans les recherches comparatives qu’ils ont entreprises sur le sang d’un grand nombre d’animaux, et MM. Prévost et Dumas (i)ont été conduits parleurs expériences à ces conséquences importantes :
Que les oiseaux sont les animaux dont le sang est le plus riche en globules; que les mammifères viennent ensuite, et qu’il semble que les carnivores en ont plus que les herbivores ;
Que les animaux à sang froid sont ceux qui en possèdent le moins, et qu’en un mot, ainsi que nous l’avons déjà vu précédemment dans l’homme comparé à lui-même dans diverses conditions, de même aussi dans les animaux considérés dans les differentes classes, l’énergie vitale est toujours proportionnelle à la quantité de globules contenus dans le sang.
Si j’ en viens maintenant aux différences que les maladies peuvent apporter dans la composition du sang, je vois que pour Jes apprécier il ne manque pas d’analyses de ce liquide à l’état pathologique; mais les résultats de la plupart de ces analyses présentent trop peu de données positives, et laissent trop de vague dans l’esprit pour mériter une grande attention.
Il en est, cependant plusieurs qui, dirigées par une juste appréciation du pouvoir de la science, ont conduit à des résultats fort importans : ce sont les analyses dans lesquelles M1VI. Prévost et Dumas, M. Denis et M. Le Canu, se sont attachés à reconnaître les différences qu’établissaient, dans les proportions respectives de l’eau et des globules du sang, les conditions de santé ou de maladie particulières aux individus qui l’avaient fourni. Ce sont là > d est vrai, les seules données que les chimistes
(O Annales de chimie et de physique, tom. XXIII, pag. 68.
puissent aujourd’hui présenter avec assurance sur ce sujet, et, pour être bornées dans leur objet, elles n’en ont pas moins une haute portée dans leurs conséquences, comme il était facile de le prévoir en se rappelant le rôle que nous avons vu jusqu’ici jouer aux globules dans l’économie vivante.
Ces observations ont en efiet jeté un nouveau jour sur les maladies inflammatoires., en montrant que le sang des individus qui en sont affectés, se distingue surtout par la grande proportion de globules qu’il renferme, et que les émissions sanguines agissent, non-seulement en diminuant momentanément la masse du sang, mais surtout en diminuant, relativement aux autres matériaux de ce liquide, la proportion des globules, c’est-à-dire de son élément vital et stimulant par excellence. Ces mêmes observations ont conduit M. Edwards (i) à plusieurs conséquences physiologiques d’un haut intérêt, et particulièrement à expliquer les heureux effets de la saignée dans les pneumonies, pour lesquelles elles avaient été employées jusqu’ici avec raison , il est vrai, mais d’une manière empirique (2).
Dans ces derniers temps, M. Le Canu, en appliquant sa méthode d’analyse au sang des cholériques, a obtenu encore des résultats très-remarquables.
Il a démontré ( 3 ), dans trois expériences, que ce sang est
(1) De l’influence des agens physiques'$ur la vie, pag. 5iy.
(2) Je ne développevai pas davantage cette application importante des données de l’analyse chimique à l’art de guérir, je renvoie à l’ouvrage de M, Edwards ; mais je crois qu’on ne saurait trop la méditer, car o» doit sentir, en la méditant, que si la chimie n’avait pas été dans cette circonstance devancée par l'empirisme , elle aurait conduit rationnellement elle-même à l'usage de la saignée , comme au plus puissant moyen de combattre les pneumonies, et cet exèmple donne une mesure des lumières que cette science pourra jeter un jour sur la médecine ratiôn-
(3) Journal de Pharmacie, janvier i833,pag. ai.
surtout caractérisé par l’énorme quantité de globules qu’il contient, et.que cette quantité s’élève quelquefois au double de la proportion normale ; et comme, d’un autre côté, il a trouvé dans les selles abondantes des cholériques les élémens principaux du sérum, il a dû conclure que l’altération du sang chez ces malades était due à une déviation particulière du sérum, qu’une influence inconnue entraînait au dehors des vaisseaux sanguins.
Parmi les observations présentées jusqu’ici pour servir à l’histoire du choléra, celle-ci me paraît des plus intéressantes , car si on la rapproche des vues profondes présentées par M. Dutrochet (x) dans sa statique animale, sur le rôle de l’endosmose dans la distribution de nos humeurs, et sur les causes qui peuvent l’exciter ou la modifier, on doit être frappé 1 de l’idée que le choléra pourrait bien n’élre que le résultat d’une modification des phénomènes endosmosiques qui s’accomplissent au sein de l’économie, et se croire avancé d’un pas vers la connaissance de celte maladie.
On voit, par ces exemples, quel secours l’analyse chimique peut déjà fournir à la physiologie, lorsqu’elle se borne à estimer les différences que les proportions des globules peuvent présenter dans le sang; mais quant à présent elle doit, dans ses applications aux liquides et aux solides pathologiques , se contenter le plus souvent d’apprécier les différences qu’ils présentent avec leurs analogues à l’état normal, dans les proportions de leurs élémens les plus saillans, et ne pas s’attacher encore à l’examen des altérations que ces élémens ont éprouvés.
Car, au point où nous en sommes en chimie animale, des recherches de ce genre sont prématurées pour la plupart, et c’est ainsi que je m’explique le défaut de succès
(i) De l’Agent immédiat du mouvement vital.
de celles qui out été entreprises. Au lieu d’y consacrer ses efforts, il serait plus profitable à la science de s’appliquer à connaître la composition de nos humeurs à l’état sain, à isoler leurs principes immédiats, et à les caractériser assez nettement pour qu’ils forment des types , des termes de comparaison auxquels on puisse rapporter plus tard les produits pathologiques. Que peut, en effet, nous apprendre l’examen de ces produits, si l’état de la science ne permet pas de reconnaître en quoi ils diffèrent des substances normales dont ils sont dérivés.