‹ Essai critique sur l'esthétique de KantChapitre 27 sur 118 · Jbid., Hartenstein, t. IV, p. 259; Barni, p · texte numérisé non relu

Jbid., Hartenstein, t. IV, p. 259; Barni, p

2% «Kant a prouvé que la volonté pure est la bonne volonté. » Mais il n'a pas prouvé que la volonté pure ne saurait contenir » de motifs empiriques, ne saurait être objet d'expérience, il n'a » point ménagé de transition, de la volonté pure in abstracto, à la » volonté réelle. »

3° « Kant a prouvé que le plaisir ne peut pas être le motif de la » bonne volonté, vu qu'en ce cas ce motif serait l’égoïsme. Mais » Kant n’a pas prouvé que le plaisir est exclu de la Vertu et que » néanmoins la Raison ait le droit de prétendre au bonheur.» 7

La méthode de Kant est donc bien, dans la morale comme dans la théorie de la connaissance, ontologique, et Beneke a eu raison de dire qu'après avoir chassé la spéculation, par pur concept, par la porte de devant, il l’a fait rentrer par la porte de derrière, et Schopenhauer, que, pour résoudre la plus importante et la plus difficile des questions philosophiques, Kant avait « bouché » verstopft la plus riche de toutes les sources de connaissance, à savoir, l'expérience extérieure et interne *.

Si, après tout cela, il était encore besoin de déterminer de près la méthode kantienne en général et de l’illustrer par un exemple, c'est évidemment à la méthode mathématique qu'il faudrait la comparer. Il faut distinguer, dans la méthode mathématique, deux étapes : l’étape de découverte et l'étape de la mise en valeur des vérités découvertes. L'on a commencé par déterminer les qualités essentielles des figures de l’espace et du nombre et c’est, on le sait, une question des plus controversées que celle de savoir comment ces découvertes ont été faites, si c'est par expérience externe ou interne, par abstraction de la réalité, ou bien si c'est déductivement, & priori, que l'esprit a tiré de lui-même les axiomes et les définitions premières. Quoi qu'il en soit, d’ailleurs, de cette question, une fois ces axiomes et ces définitions posés, la méthode mathématique les met en œuvre, et en tire. par voie déductive, tout ce qu'elles contiennent, bien plus qu'elles n'ont paru contenir au premier abord. Il en est tout de même de la méthode de Kant. Il part, lui aussi, de données, — l'existence de connaissances & priori, — qu'il n'avait pas eues à découvrir, puisque toute la philosophie rationaliste, de Platon à Leibnitz, les avait reconnues, et qu'au fond il admet sans examen véritable. Puis,

4. Trendelenburg, Æistorische Beiträge zur Philosophie, t. WII, VI.

2. Schopenhauer, Die Welt als Will: und Vorstellung. Cf. encore Hegel, Æncyclopédie, 1840, 1, p. 85 : L’universalité et la nécessité sont pour Kant un fait, Factum (et non pas « un fait supposé », vorausgesetztes Factum, comme cite Vaihinger) et C'orrespondance de Kôrner et Schiller (Gœdeke), 1878, t. I, p. 440, Kôrner : « Dans les ouvrages de Kant, c’est surtout au début que l’on rencontre des propositions qui ont l’apparence de suppositions arbitraires. »

cette donnée, l'existence de l’a priori, posée, il s'attache à la déterminer, à la spécifier, à en montrer la valeur et la portée, et à en déduire tout ce qu’elle contient. C'est très vraisemblablement l'existence des mathématiques, c'est-à-dire d'une science reposant sur des propositions à la fois apodictiques, c’est-à-dire a priori, et synthétiques, qui lui a fait dépasser le scepticisme de Hume et qui lui a fait réduire tous les problèmes de la métaphysique à sa célèbre formule. Aussi n'est-il pas étonnant que ce soit à cette même science, que ce soit aux mathématiques, qu'il ait emprunté sa méthode {.

C'est maintenant seulement que nous pouvons aborder, en toute connaissance de cause, l'examen de la méthode de découverte de l'esthétique kantienne. Ainsi que nous l'avons dit au début de ce paragraphe, Kant s’est tout simplement contenté d'appliquer au problème du Beau la méthode qu'il avait appliquée aux problèmes du Vrai et du Bien. Nous avons montré, qu'après avoir contesté, absolument jusqu'en 1781, et conditionnellement jusqu’en 1787, la possibilité d'une Critique du Beau, la possibilité d'un @ priori esthétique, il avait trouvé, à la fin de cette même année 1787, et la méthode et les résultats de la Critique du Jugement, il avait découvertl’'a priori esthétique. La lettre à Reinhold, que nous avons citée pour la méthode d'exposition, jelte également le jour le plus vif sur la méthode de découverte de l'esthétique. Après avoir longtemps hésité sur la méthode convenant au problème du Beau, il s'est tout simplement reporté à son catalogue des éléments de la connaissance et des facultés qui y correspondent, il a déterminé comme faculté esthétique le sentiment du plaisir et il s'est contenté de chercher, tout d’abord, parmi les facultés de connaître une faculté autre que l’entendement et la raison qui pût fournir au sentiment du plaisir des principes « priori, puis de déterminer ces principes a priori.

En matière d'esthétique, le caractère aprioritique, dogmatique et systématique de la méthode de découverte de Kant apparaît plus évidemment encore et plus crûment, pour ainsi dire, que dans les deux Critiques antérieures. C'est, avant tout, nous le savons, pour « jeter un pont » entre ces deux Critiques, et en seconde ligne, pour trouver des principes à priori pour le sentiment du plaisir, que la Critique du Jugement a été composée, et le processus de la découverte a été évidemment celui-ci. Etant donné qu'il faut qu'il y ait un passage, un lien, entre les concepts de la nature et les concepts de la liberté; étant donné, d'autre part, que

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