Cf, Wundt Logik, t. I. Methodenlehre, p
« dans la famille des facultés de connaître supérieures, il y a un » moyen terme entre l’entendement et la raison, le Jugement, on » a des raisons pour présumer, par analogie, que ce Jugement » contient aussi, sinon une législation particulière, du moins un » principe particulier pour chercher des lois, principe qui, d’ail- » leurs, ne pourrait être qu'un a priori subjectif! » ; étant donné de plus qu'il y a trois facultés de l'âme : la faculté de connaître, le sentiment du plaisir et de la peine et la faculté de désirer; que, dans le ressort de la faculté de connaître, l’entendement seul, que, dans le ressort de la faculté de désirer, considérée comme faculté supérieure, déterminée par le concept de la liberté, la raison seule sont législatifs ; que, enfin, le sentiment du plaisir se place entre la faculté de connaître et la faculté de désirer, de même qu'entre l’entendement et la raison se place le jugement, «on peut supposer, du moins provisoirement »?, « par analogie »3, que le Jugement contient aussi, pour lui-même, un principe a priori, que ce principe a priori est législatif pour le sentiment du plaisir et de la peine, comme le sont l’entendement pour la faculté de connaître et la raison pour la faculté de désirer supérieure.
Nous avons cité les paroles mêmes de Kant et nous les avons soulignées pour montrer que, de son propre aveu, les fondements de sa méthode de découverte esthétique sont dus à des raisonnements analogiques, et ce n'est pas à Kant qu'il aurait fallu apprendre la valeur logique de ces raisonnements, puisqu'il montre lui-même, dans sa Logique, que l’analogie, qui conclut de la ressemblance particulière de deux objets à leur ressemblance totale, n'est pas un raisonnement de la raison (Vernunftschluss), mais seulement une présomption (Präsumption) logique, ou un raisonnement empirique, qui ne peut jamais fournir des propositions universelles, mais seulement générales *.
Nous sommes donc en droit de conclure que la méthode de découverte de l'Esthétique de Kant, non seulement participe à l'insuffisance logique de la méthode de découverte des deux Critiques antérieures, mais encore est bien plus sujette à caution que celle-ci puisqu'il la leur a tout simplement empruntée, sans s'être demandé, s’il est possible et s'il est légitime, de traiter Les problèmes du Beau de la même façon que les problèmes du Vrai et du
1. Kritikh der Urtheilshraft, Hartenstein, t. V, p.183. La traduction de Barni, Cr1tique du Jugement, t. I, p. 22 contient un gros contre-sens.
2. Critique du Jugement, Hartenstein, t. V, p. 185 ; Barni, t. 1, p. 25.