‹ Essai critique sur l'esthétique de KantChapitre 42 sur 118 · Volkmann, op. cit., t. I, p. 322 et · texte numérisé non relu

Volkmann, op. cit., t. I, p. 322 et

déjà insisté, que toutes les fois que nous sentons, nous avons en même temps une représentation. Même si cette constatation était exacte, et nous avons montré que nous la trouvons tout à fait illégitime, il ne s’ensuivrait pas encore que la représentation suffit à expliquer le sentiment. Tout ce qu'on serait en droit d’en conclure, c'est que la représentation est la condition de la naissance de tout sentiment, ce qui n'équivaut pas du tout à dire qu'elle en est la condition suffisante, la cause véritable. Si Volkmann reproche aux partisans de l'indépendance du sentiment de la connaissance et du désir, de raisonner comme si la cause devait être toujours semblable à l'effet, et de conclure, grâce à cette erreur, que les phénomènes du sentiment, étant dissemblables des phénomènes intellectuels, il faut admettre pour l'expliquer une énergie, une faculté semblable à ces phénomènes, on pourrait, avec bien plus de raison, retourner l’argument, comme l’a fait Bona Mever, et reprocher aux Herbartiens, de raisonner comme si l'effet devait être toujours semblable à la cause, et de conclure alors que tout ce qui suit la représentation doit être nécessairement semblable à la représentation, doit être ou bien représentation, ou bien état de représentation.

Pour surprendre le vice de la théorie intellectualiste du sentir, nous allons exposer brièvement la forme qu'a donnée à la théorie Volkmann, dont la troisième édition de la Psychologie au point de vue du réalisme, parue en 1885, est l'œuvre psychologique la plus récente et la plus complète de toute l’école. Tout sentiment, dit Volkmann, a son siège dans la représentation, dont l’action de représenter, das Vorstellen', devient conscient dans le sentiment d’après son degré de tension. Il y a dans cette définition deux éléments : 1° l’action de représenter, qui amène à la conscience la représentation, et l’action de représenter, qui amène à la conscience son propre degré de tension, ne constituent qu'un seul et même acte qui, en tant qu'il n’est pas entravé, est conscience de la représentation et qui, en tant qu'il est mis par les entraves dans un état de tension, est sentiment ; > malgré cette apparente identification de l’action de représenter et du sentiment, le degré de clarté de la représentation et le degré de tension de l’action de représenter sont des objets de conscience différents. Nous ne sentons pas la repré-

1, Nous sommes obligé de traduire l’infinitif pris substantivement, Vorstellen, par « action de représenter », ce qui alourdit singulièrement notre phrase et la rend peutêtre incompréhensible. Mais nous n'avons pas osé hasarder « le représenter », bien que l'emploi parallèle de ce terme avec les termes le « sentir », le « connaître » et le « désirer » eût été très commode. Notre langue manque malheureusement de mots pour rendre ces états indéfinis, vagues, que l’allemand et l'anglais rendent par des infinitifs pris substantivement. Cf. das Gehen, der Gang, das Lieben, die Liebe, ete,

sentation et nous n'avons pas de représentation de ce que nous sentons, et bien que ces deux choses soient des éléments d'une seule et même chose, et deviennent conscientes par la seule et même chose, an Demselben haften und durch Dasselbe bewusst werden, néanmoins ce sont là deux connaissances différentes, réunies seulement par le même acte du connaître. En d’autres termes, pour Volkmann, l’action de représenter et l'acte de sentir sont deux phénomènes psychiques différents, que rtlie seulement la façon dont nous en avons conscience #.

Nous voilà ramené à cette si difficile question des rapports du sentir et de la conscience, qui est le dernier et inéluctable terme auquel se réduit la question générale des rapports du connaître et du sentir. Nous l'avons traitée dans le paragraphe précédent à propos de Kant et par rapport à Kant. Il faut maintenant que nous la traitions pour elle-même et en elle-même. Nous commencerons par exposer la théorie de la conscience de l’école de Herbart, la plus remarquable de toutes celles qu'aient soutenues les partisans de l’intellectualisme du sentiment, puis nous la discuterons, et de notre discussion se dégagera notre théorie définitive sur le sentiment en général.

Nous savons que, pour Herbart et ses disciples, la représentation est l'état simple de l’âme, dans lequel celle-ci exprime son opposition aux essences réelles avec lesquelles elle coexiste immédiatement ou médiatement. Cet état, en tant que réalisé, est la représentation, Vorstellung, en tant qu’en voie de réalisation, il est l’action de représenter, le « représenter », das Vorstellen. La représentation est le représenté, das vorgestellte, c'est-à-dire ce qui représente, darstellt, l'action de représenter. Il résulte immédiatement de cette définition, que les concepts de représentation et d'acte de représentation sont des concepts corrélatifs, et que, tout d'abord, il est impossible d'imaginer, ni une représentation sans acte de représentation, ni un acte de représentation sans représentation. Cependant, comme l'acte de représentation est une activité, et que toute activité peut être paralysée par une activité contraire, il devient possible que l'acte de représenter une repré-

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