‹ Essai critique sur l'esthétique de KantChapitre 43 sur 118 · Volkmanp, op. cit, t. Il, p. 324 et · texte numérisé non relu

Volkmanp, op. cit, t. Il, p. 324 et

sentation puisse être transformé dans un simple effort, dans une activité sans effet. On peut donc imaginer un acte de représentation qui ne produise pas d'effet, c'est-à-dire une représentation qui ne soit pas réellement représentée : ainsi il est parfaitement possible que quelqu'un ait la représentation d’Annibal, sans le représenter à un moment donné. Il est indispensable pour que la représentation puisse naître, que l'acte de représentation s’accomplisse, mais la représentation peut persister, sans que l'acte de représentation doive nécessairement persister dans son intégralité. En d’autres termes, toute représentation naît grâce à l'acte de représentalion, mais l’acte de représentation peut persister, soit comme représentation véritable, soit comme simple effort de représenter. C'est là ce qui conduit au concept de la conscience. Prendre conscience d'une représentation, c'est représenter réellement et véritablement, c’est-à-dire représenter sans entraves. Cela étant donné, on peut imaginer entre la conscience, la représentation et l’acte de représentation, quatre rapports possibles : 4° avoir conscience de la représentation A, c'est représenter réellement À; % n'avoir pas conscience de la représentation A, c’est avoir bien la représentation A, mais ne pas la représenter réellement, parce que la représentation de À est entravée ; 3° avoir conscience de l'acte de représenter A, c'est représenter réellement l'acte de représentation de À, ce qui n’est possible que par l'acte réflexe, grâce auquel l'acte de représentation devient en quelque sorte pour lui-même représenté, c'est-à-dire représentation. Tout d’abord nous n'avons pas conscience de l'acte de représentation, parce que l'acte de représentation même est conscience : il représente, mais il n'est pas représenté, et c'est par l'acte de représentation et dans l'acte de représentation, que nous avons conscience de la représentation. Pour arriver à prendre conscience de l'acte de représentation, il faut que cet acte se mette à la place de la représentation, ce qui a lieu quand ce dernier est entravé, quand il ne peut pas mener jusqu'au bout la représentation, et qu'alors, ne pouvant pas représenter le représenté, il se représente lui-même. C'est une telle conscience de l'acte de représentation, entièrement différent, quant à son objet, de la conscience de la représentation A, que nous trouvons dans tout sentiment et qui accompagne tout désir. Enfin 4 n'avoir pas conscience de l'acte de représenter la représentation À, c'est représenter réellement À, mais non pas l'acte de représenter À, c’est par conséquent, un acte inconscient de représentation, terme qui, pour Herbart et Volkmann, est aussi peu contradictoire que le terme de représentation inconsciente. De ce qu'une représentation a été représentée une fois, il ne s'ensuit

nullement qu'elle soit toujours el nécessairement représentée réellement. De même, de ce que l'acte de représentation est toujours conscience, quand il agit réellement, il ne s'ensuit nullement qu'il soit toujours et nécessairement conscient. En résumé donc, la conscience n’est pas cet accompagnement de la représentation, qui se manifeste par un « je pense » plus ou moins distinctement perçu ; ce n’est pas non plus quelque chose d'intermédiaire entre l'âme et la représentation, ni une scission entre le sujet qui représente et l’objet qui est représenté. Cette scission de la conscience existe, mais c'en est une forme très complexe et très postérieure, qu'il faut en distinguer par les termes d’'aperception ou conscience de soi-même, Selbsthewusstsein *.

Que faut-il penser maintenant de cette théorie, très subtile et très profonde, de la conscience ; et qu'en pouvons-nous conclure pour les rapports de la conscience et du sentiment ? Pour Herbart et son école, la manifestation première et capitale de la vie psychique n'est pas, comme nous l’avions dit tout d'abord avec Herbart même, la représentation, mais c'est l'acte de représenter, le « représenter », le Vorstellen. Selon que cette activité ne se heurte à aucun obstacle, ne subit aucune entrave, ou est, au contraire, paralysée, il y a représentation ou sentiment. D'autre part, malgré celte origine commune, la représentation et le sentiment qui, comme nous le savons, n’est que le degré de tension de la représentation, sont pour la conscience deux objets différents. En effet, nous ne sentons pas la représentation, et nous n'avons pas de représentalion de ce que nous sentons. La conscience est inséparablement liée à la représentation, et avoir conscience d’une représentation, c'est tout simplement représenter quelque chose. Le point délicat est de savoir comment s’opère la conscience de l'acte de la représentation, et c’est ici qu'intervient le sentiment et que la théorie de Herbart est tout particulièrement ingénieuse. Pour que nous ayons conscience de l'acte de représenter un objet, il faut que cet acte se transforme en représentation. Quand nous voulons représenter quelque chose, et que cette représentation se heurte à d’autres représentations, est troublée, battue, chassée par elles, notre activité représentative ne sait où se fixer, et alors elle se replie sur elle-même, elle opère ce que Volkmann appelle très ingénieusement un réflexe psychique, elle se représente elle-même, elle prend conscience d'elle-même, et c'est là ce qui aurait lieu dans le sentir et dans le désirer.

Nous pourrions opposer à cette théorie de la conscience l'objec-

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