Horwicz, loc. cùt , t. II, p
tion ‘. Quel que soit le mode du passage du sentiment subjectif à la connaissance objective, il est incontesté que le développement de l'individu et de l'espèce consiste dans la prédominance progressive de la vie intellectuelle sur la vie affective. Nous savons tous, par notre propre expérience, combien l'enfant est plus facile à émouvoir que l'adulte, combien sa vie est remplie de petites et de grandes joies, de petites et de grandes douleurs qui, plus tard, nous apparaissent de bien médiocre importance. Et les raisons de celle prédominance de la vie intellectuelle sont faciles à comprendre. Tout d'abord, nous avons déjà fait observer que les sentiments exigent une dépense plus considérable de force nerveuse que les sensations, et par conséquent il a fallu, sous peine d’une usure dangereuse de la force nerveuse, que les éléments représentalifs l'emportassent sur les éléments affectifs de notre vie. De plus, l’on sait que l’accoutumance diminue et affaiblit en nous les affections, tandis qu'elle accroît au contraire et renforce les présentations. Îl est donc nécessaire et naturel, qu'à mesure que l’espèce humaine s’est développée, la vie émotive ait perdu peu à peu sa toute-puissance ; que les sensations se soient substituées aux affections ; que les sens les moins émotifs, les plus intellectuels, les sens supérieurs, la vue et l’ouïe, l’aient emporté sur les sens inférieurs presque entièrement affectifs, les sens organiques, les sens du goût, de l’odorat et du toucher; el que, dans le domaine des sens supérieurs, ce soit l'élément présentatif qui ait entièrement mis dans l'ombre l'élément affectif primordial. L'homme adulte, de sensibilité moyenne, est en somme très peu émotif. I ne voit dans les couleurs, dans les sons, dans les combinaisons de couleurs et de sons, que ce qu'elles représentent, et n'est que très peu sensible à la stimulation agréable ou désagréable qu'elles peuvent exciter. Il ne voit dans les mots, qui primitivement étaient nés de l'émotion exercée par un objet extérieur nouveau, que leur signification logique. Le monde extérieur ne vaut pour lui qu'en tant qu'il peut être connu, qu'il lui fournit des sensations et des concepts, et l’on a constaté statistiquement que, dans la moyenne des hommes et surtout chez ceux dans lesquels la puissance logique était le plus développée, les mots et les concepts n’éveillaient plus aucune image vive, n'évoquaient plus aucun sentiment. C'est là la caractéristique de l’homme moyen. Nous aurons à nous demander s'il n’en est pas d’autres. N'y a-til pas des êtres mieux organisés qui, comme l'enfant et comme le sauvage, sont capables d'éprouver des émotions là où nous n’en éprouvons plus; pour qui