‹ Essai Critique sur le Droit d'affirmerChapitre 12 sur 32 · rpivat Adyw. Vers · texte numérisé non relu

rpivat Adyw. Vers

EE 2 L ELEATISME 13

prétation? Où voit-on qu'il nie que la vraie science soit chose phénoménale, ou bien que le phénomène du vrai savoir contienne des caractères opposés à ceux quiobligent à nier la réalité des autres phénomènes? Quand Parménide définit l'être par la pensée, ajoute-t:l qu'il y a, en face de l'être proprement dit, un phénomène réel alors que tous les autres sont irréels, et qui serait : l'opinion vraie ? Il n'y a rien de tel dans son poème, qui ne contient rien non plus dont on puisse se prévaloir pour prétendre que son explication matérialiste de la raison conclut au sceptieisme et bat en brèche la certitude de cette métaphysique quil a d’abord présentée comme vraie. Lorsque, consentant à traiter du monde qui n’est point, Parménide déprécie la raison en tant que celle-ci peut être regardée comme partie intégrante de ce monde, il démontre en quelque sorte à nouveau, et par l'absurde, que ce monde n'est point, qu'il ne peut exister, ce monde où la raison, à laquelle il faut croire, n’aurait aucune valeur et serait un * pur néant. Celui qui fait de la pensée le synonyme de l'être, ne peut pas ne pas croire à la valeur absolue de la raison. —— Enfin Parménide, il faut l'avouer, nie implhieïtement la réalité de sa propre critique qui est aussi un groupe de phénomènes ; mais quoi de plus légitime ? Qui donc le force à instituer cette crilique, qui est responsable de l'obligation où se trouve le philosophe de l'insttuer contrairement à sa propre doctrine ? L’adversaure, lui seul, qui croit à tort que le non-être existe et qui le force, lui Parménide, à se placer tout d'abord avec l’ignorant sur le terrain de l’illusoire et de l’absurde. Que Parménide ait médité toutes les conséquences de ses principes, qu'il aït eu le souci d'être aussi logique qu'il nous paraît l'avoir été, ce sont là d’autres questions ; mais, quoi qu'il en soit, rien ne nous oblige à croire qu'il n’a point pensé à toutes les choses qui pouvaient être dites pour compléter sa

hh ESSAI SUR LE DROIT D AFFIRMER

théorie, dont les conséquences immédiates sont d'ailleurs évidentes. Parménide, on ne peut en douter, nia absolument la réalité de tous les phénomènes, y compris ceux que nous nommons psychologiques ; il nia la réalité de l'apparence de l'irréel.

En ce qui concerne la définition de l'être, Parménide s’est expliqué avec la plus grande clarté: « C'est la. même chose que le penser et ce dont il y a pensée; car on ne peut trouver le penser à part de l'être, dans lequel 1] est, à la lettre, contenu ‘. » Le philosophe ne dit point qu'être ét être pensé sont la même chose ; s'il l’eût dit, on pourrait se demander s'il n'a pas inventé la théorie qu'on attribue à Protagoras, ou même s'il n'a pas entrevu l’idée dont procède la doctrine de Fichte. Ce qu'il veut dire, c’est que la pensée définit l'être, constitue son essence. Et puisqu'il identifie la pensée avec l'être, avec cet être qu'il oppose à l'être illusoire, c'est-à-dire à celui qu'on ne pense point sans revenir sur sa pensée pour la contredire, sans constater qu'on ne peut parvenir à le penser: puisqu'il professe que tout ce qui naît, change et meurt est irréel et à ce titre impensable *: c'est donc bien que Parménide nie la conscience empirique comme le reste des phénomènes, la réalité de l'illusion comme la réalité de l'illusoire, la réalité de la pensée vraie elle-même et celle

l A d'£ Et pe = x LA HER ! , 4 AU NO TwUTOv Ô'éoti vosiv te xat OMVExÉV ÉGTL VOX = , 4 " ‘ > 09. OÙ yap AvEu TOŸ ÉOYTOS, ÉV (D REDATIOLEVOY ÈGTIY x ù 96. eSonoets TO VOEiy.

Nous interprétons y & comme Ritter et Preller. Æise. phil. græc., ne

édit., pag. 93 «@.

2 NO .… &xptta DÙha 5 L 4 \ 1 \ , + , \ ; ra 0. 0: TO REV TE LA OÙX EÏVAt TWÜTOV VEVOLISTAL È PORT ; er ; OT: 209 TWUTOV: Tävrwy 02 rakivroom0s Éott xéheuloc. Do OÙ ya un mot: toùro dou, elvar un EvTa.

8 Rob RL BE > v 98. .… T® RAT ’OvOu. Éstar > [44 ’ F7 3 .

99: 0594 fB:ozot xatéevro nexo:Üôres eivar aAn07, / Z4 + \ ’ 100. Vive50a te xt OXAVOÜTA!, elval te ai oùxi,

IOI, nai tÜmov aAldooetv, did te yoûx oavoy auetéery.

L'ÉLÉATISME 15

de la critique qu'il fait de l'erreur aussi bien que celle de l'erreur, tout cela n'étant que phénomènes c'est-à-dire irréalités, ou bien, ce qui revient au même, idées d'irréalités.

Trois causes sans doute ont contribué à masquer le véritable sens de la doctrine de Parménide; la première est que, comme tous les anciens, ce philosophe ne s’applique pas spécialement à considérer les pensées humaines en tant que faits de conscience ; s'il l’eût fait, 1l n’eût pas manqué de préciser sa doctrine dans le sens que nous avons indiqué ; 1l eût nié explicitement, au nom de la logique, la conscience empirique. D'autre part, les modernes semblent meltre autant de soin à ne point critiquer l’idée du phénomène, cette singulière idée d’un être qui pourtant n’en est pas un, et surtout l’idée du phénomène mental, qu'ils mettent de soin à critiquer l'idée de substance et à lui opposer l’idée de phénomène : c'est pourquoi la critique que fait Parménide de l’idée du phénomène devait à peu près leur échapper, d'autant plus qu’elle n’est pas tout à fait explicite. Enfin ce philosophe eut la faiblesse de consentir à expliquer quand même le monde de l'illusion, et cela par des principes le plus possible conformes à sa vraie doctrine, qui est pourtant la négation du monde phénoménal ; aussi peut-on, au moins jusqu'à un certain point, douter qu'il ait radicalement nié celui-citout entier, y compris les faits de la pensée concrète, dont au premier abord la métaphysique et la science se présentent comme deux modes.

IL est inuüle de pousser plus avant cette étude de la philosophie de Parménide. De ce que nous en avons exposé, 1l résulte qu’elle contient, formulées ou ébauchées, la plupart des thèses renfermées dans notre premier chapitre et de celles qui seront ultérieurement rattachées à celles-ci. En effet, une étude de la partie essentielle du

h6 ESSAI SUR LE DROIT D'AFFIRMER

système de Parménide pourrait être le développement des huit points dont l’énumération suit: 1° Le non-être n'existe absolument pas. 2° Le monde phénoménal tout entier, y compris les faits psychologiques, constitue le non-être. 3° Toute pensée pose que l'être existe. 4° Le principe d'identité est la règle suprême de toute spéculation ; son emploi permet de distinguer en toute occasion le non-être de l'être, de rejeter l'erreur et de construire la science. b° Quand l'esprit est censé posséder phénoménalement la vérité, la vérité s'affirme alors plutôt que l'esprit ne l’affirme. 6° Étudier la raison en tant que faculté mentale, que mode de la pensée concrète, conduit plutôt à nier la valeur de la raison. 7° Cependant, en pratique, on peut s'élever, de l'étude de la pensée concrète, à la connaissance de la vérité absolue. 8° L’être en soi est spirituel, 1l est Pensée.

Quant à la philosophie de Zénon, elle peut se résumer en cette proposition, qui n’est que le développement de la sixième des thèses que nous avons attribuées à Parménide : la pensée arrive fatalement à la contradiction dès qu’elle tente de spéculer sur la nature des choses qui composent le monde phénoménal; elle doit donc nier l'existence de ce monde. Pour Mélissus, au lieu de s'appliquer comme Zénon à détruire les préjugés des adversaires de l’éléatisme, il s’efforça de dégager, de ces préjugés, l'éléatisme latent qu'il y croyait découvrir.

Et ces trois philosophes cherchent la vérité avec la préoccupation visible de mettre l'esprit d'accord avec luimême ; la vérité pour eux réside dans la pensée normale, nécessaire ; elle est l’ensemble des affirmations réfléchies qui ne sont point en même temps la négation d’ellesmêmes; pour la formuler, ils demandent à l'esprit ce que véritablement 1l pense en fait.

L'ÉLÉATISME 47

. L'exposé qui vient d'être fait de la philosophie éléate constitue comme l’ébauche de la doctrine qui sera développée dans le reste de cet Essai, conformément aux principes établis dans le premier chapitre.

Page 1