L'ESPACE ET LE NOMBRE
Dans le chapitre précédent, alors même que l'idée du phénomène était le plus étroitement rattachée à l’idée de la conscience qui le donne, l’idée du phénomène a été critiquée d’une manière tout abstraite, comme équivalant, logiquement, à l'idée du non-être. Il faut l’étudier maintenant telle qu’elle se présente dans la science et dans l'expérience dont part la science, laquelle a pour objet unique la connaissance des phénomènes ; par (science » on entend 1e1 scrence positive opposée à métaphysique, et par « expérience » le fait, pour les phénomènes, d’être donnés dans l’espace et dans le temps. Il faut voir si, considéré tel qu'il se présente dans l'expérience, tel qu'il est aux regards de la science, le phénomène n'est pas, à ces points de vue aussi, quelque chose de contradictoire, c'est-à-dire, pour parler notre langage, quelque chose qui ne s'affirme pas, mais qui se nie.
A. — Que la physique et la psychologie aient pour objet exclusif la connaissance de phénomènes, nul ne le conteste guère aujourd'hui; mais on en doute encore en ce qui concerne les mathématiques; une démonstration est donc ici nécessaire pour jusüfier la définition générale donnée plus haut de la science. — Or, il en est bien ainsi: les mathématiques elles-mêmes ont loujours et exclusive-