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cre tels ou tels adversaires, l’idée de l'affirmation prise comme point de départ de toute une philosophie. Le choix d’un tel principe offré quatre avantages principaux dont l'énumération résume toutes les réflexions qui précèdent, et peut servir à annoncer toutes celles qui suivront. En effet, si l’on admet notre point de départ:
1° La question de la légitimité de l'affirmation se ramène à la constatation du fait de l’affirmation normale et nécessaire, dont la valeur ne saurait être dépréciée par aucune considération ürée de l'étude de la conscience empirique objetde la psychologie, ou des faits non conscients que cette conscience semble révéler et dont l’ensemble compose ce qu'on nomme le monde matériel. Que la pensée concrète s'estime ou non réelle, elle doit reconnaître qu'elle s’attribue spontanément une valeur absolue et qu'il ne lui est pas possible de persévérer sincèrement dans le scepticisme.
2° On aperçoit dans le fait de l'affirmation, quelle que soit la chose affirmée, l'affirmation de l'être, et, comme conséquence, la négation implicite, mais absolue, de la réalité de tout ce qui n'arrive pâs à se poser avec tous les caractères requis pour que l'esprit qualifie d’ & être » l'objet qui se présente à sa pensée. Le réel, c’est ce dont l'idée semble s'affirmer en nous : l’irréel, c’est ce dont l'idée se nie en nous tout en semblant se poser. Muni de ces définitions, l'esprit se découvre en possession d’une première règle de vérité dont l'emploi fécond n'est subordonné qu à son désir de savoir.
3 On admet la possibilité d'arriver, tout en raisonnant juste, à des antinomies, à de: véritables contradictions, mais on reconnaît à l'avance le devoir intellectuel de nier la réalité de tout ce qui apparaîtrait sous deux aspects inconciliables, cela füt-1l un fait que la conscience semble donner. On adopte donc cette seconde règle fondamentale :
vérifier la nécessité des affirmations de l'esprit en cherchant à les ébranler par tous les moyens possibles, et reconnaître la nécessité d’un point de vue alors même qu'un point de vue absolument opposé paraitrait nécessaire, si toutefois le premier semble l'être autant que le second. — Sous toute affirmation médiate ou immédiate, il y a quelque chose d'analogue au fameux argument ontologique, étant donné que toute idée admise est une idée objectivée ; mais il y a plus : sous toute croyance qui a été un instant révoquée en doute (et quel homme n'a jamais douté de ce qu’il croit ?) il y a quelque chose d’analogue au « raisonnement par l'absurde ». Si toute idée admise est une idée objectivée, toute idée conservée est conservée parce que d’autres, de nature à l’expulser, n'ont pu être objectivées.
Les précédentes réflexions dérivent de celles qui précèdent, mais il était bon deles isoler, car ilimporte de bien s’en pénétrer pour ne pas être scandalisé par les contradictions où l’on tombe peut-être inévitablement lorsqu'on tente de faire la théorie de telle ou telle chose dont jusqu'alors on avait admis l'existence. IL faut qu'on n’hésite point à affirmer ou à nier sur la foi de la seule logique, en dépit de toute protestation des sens et dè l’ima nation.
gi- 4° On possède une méthode d’une extrême simplicité dont les trois règles principales sont les suivantes :
LE. —- Ne s'appuyer sur la conscience empirique et sur les faits qu’elle présente, que pour s'élever aussitôt à l'idée de la pensée en soi, de l'affirmation en soi ; puis parür de À pour juger de tout et construire, sur les ruines de la science de l’irréel, la science du réel.
IL. — Consigner, dans l’ordre où elles apparaissent et avec les rapports qui s’établissent d'eux-mêmes entre elles, toutes les idées qui viennent successivement, les unes
appelées par les autres, donner un contenu à cette forme pure qu'est la pensée en soi, à mesure qu'on laisse en quelque sorte celle-ci engendrer la série des notions certaines dont elle est grosse.
IT. — Appeler « être » ce dont l'essence est conforme à ce qui aélé reconnu comme constituant l'essence de l’être, c'est-à-dire appliquer le principe d'identité ; appeler « nonêtre » tout le reste, c’est-à-dire appliquer le principe de contradiction.
A présent que nous avons, non pas démontré, car on ne le pourrait sans paralogisme, mais montré la légitimité de notre méthode, pouvons-nous immédiatement développer la doctrine à laquelle son emploi conduit? Non, car s'il est vrai que cette doctrine exprime la philosophie normale de l'esprit humain, elle ne peut être tout à fait nouvelle : elle doit donc être présentée soit comme la restauration de quelque philosophie antérieure, soit même comme une rectification de philosophies déjà existantes ; elle doit aussi pouvoir s'appuyer sur le sens commun comme sur un allé involontaire; elle doit enfin, non seulement ressembler par sa méthode aux sciences proprement dites, mais encore obtenir de la science, qu'elle ne peut juger sans appel qu'une fois constituée elle-même en entier, une sorte de laisser-passer. — C’est pourquoi il est à propos d'inaugurer cet Essai par un exposé fidèle de la doctrine de Parménide, doctrine dont 1l ne semble pas que la partie essentielle, dont nous nous occuperons exclusivement, ait toujours été bien comprise : notre dessein principal est en eflet de présenter une restauration de l'éléatisme. D'autre part si, après avoir reconnu comme Parménide que le monde des phénomènes tout entier n’est point, étant contradictoire, nous proclamons que la science n'a pas d'objet véritable, mais que cependant, si l’on cesse