‹ Essai Critique Sur Le Traitement De La Paraplégie PottiqueChapitre 12 sur 17 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Immobilité. Extension continue avec l’appareil du

professeur Piéchaud

Depuis longtemps déjà, depuis Percival Pott lui-même on savait quecette complicationde la Tuberculose rachidienne : la paraplégie pouvait guérir seule, mais pourtant nous trouvons très légitimes les essais faits par la chirurgie moderne en vue de la guérir rapidement et nous regrettons sincèrement de ne pouvoir donner contre elle une arme sûre et infaillible.

Aussi, il est évident que devant les désastres occasionnés par lintervention sanglante, on devait reculer et revenir aux anciennes méthodes sans que l’on doive voir dans cette retraite forcée la honte d’une défaite, l’idée qui avait inspiré cet*élan : le soulagement vite amené de ces malheureux dont la vie s’étiolait, était trop .noble et trop généreuse pour que l’insuccès lui-même lui en fasse un crime : mais l’aphorisme antique, «Primo non nocere » préside aux actes de tout praticien et les dirige, et c'est pourquoi labstention trouve ses chauds défenseurs. Nous allons esquisser rapidement quelques-uns de leurs résultats en choisissant surtout ceux donnés à la deruière heure, il nous semblerait déloyal de nous appuyer pour conclure sur des faits antérieurs à la tentative chirurgicale ;

c'est d’abord le docteur Loison de Lyon qui, au Congrèstenu en 6 M

L'ASIE cette ville en 1894, donne communication ‘du cas suivant dont

voici l'observation :

OBSERVATION (résumée)

Une jeune fille de 18 ans entre à l'Hôpital le 18 novembre 1891 pour un mal de Pott sans abcès mais accompagné depuis dix mois d’une paraplégie complète. Le début de l’affection remonte à trois ans. Elle présente en outre une escharre sacrée. On la place dans une gouttière avec suspension sur plan incliné. Le 25 février 1992 elle présente un eresypèle sacré migrateur suivi d'abcès. Elle en guérit et le 4 mars on constate qu’elle remue les orteils et le pied gauche.

Le 16 mars nouvel érésypèle sacré encore suivi d’abcès. Après guérison, on constate que le pied droit remue égalementet que la sensibilité a reparu dans la jambe gauche.

Le 26 mars, trois érésypèles suivis d’abcès ; après guérison, les mouvements sont recouvrés dans les deux membres.

La malade quitte l'Hôpital le 10 août se tenant sur ses jambes, mais marchant péniblement.

Elle revient en novembre 1892 dans le même état, on la soumet alors pendant un an à des séances de suspension. Elle guérit lentement mais d’une facon progressive. Actuellement, elle est complètement guérie.

Nous sommes heureux de pouvoir citer cette observation, intéressante au double point de vue du traitement institué et de la récidive enfin suivie de guérison due au même traitement. Nous avons, en effet, au cours des observations antérieures cité un cas analogue que l'intervention chirurgicale ne préserva pas d’une récidive et qui après une seconde intervention, fut suivi de mortpar propagation de la tuberculose aux vertébres et aux méninges.

La seconde opération n’aurait-elle pas donné comme le redressemeut brusque dans la coxalgie, le coup de fouet à la lésion qui la fait évoluer souvent plus vite et plus fatalement ?

ER re.

C’est ce que nous sommes en droit de nous demander devant analogie du cas, car il ne faut pas se le dissimuler, si l’intervention ne peut être complète, elle n’est d'aucune utilité et peut même produire un effet nuisible au point de vue de la lésion seulement, sinon au point de vue du shock lui-même et de la gravité consécutive du traumatisme opératoire.

Tout récemment, le docteur Calot, de Berck-sur-Mer, a publié une série de résultats favorables dont nous donnons un résumé succinct.

1° Jullien Julia. — Mal de Pott. Paraplégie incomplète des membres inférieurs, repos sur une planche le 4 octobre 1892. six mois apres elle se lève. Elle est guérie depuis deux ans.

2° Eugénie Pizard. — Entre le 22 octobre 1892 pour une tumeur blanche du genou et du coude. En février 1893, mal de Pott dorsal, en mai paralysie des deux jambes et en juin paralysie des bras. Un abcès s’ouvre dans la vessie Mort le 16 juillet.

3° Emilie Eudeline. - Entre le 6 mai 1893 pour un mal de Pott cervico-dorsal. La marche est impossible, les douleurs violentes, la maigreur extrême. Immobilisation sur le dos. En Juin 1894, la malade se lève et marche. Actuellement guérie, les douleurs avaient disparu depuis l’immobilisation. |

4 André Legros. — Entre le 20 mai 1893, pour un mal de Pott cervico-dorsal avec premiers symptômes de paraplégie. . La mére refuse l’immobilité, mais voyant l’état de son enfant, elle laisse immobiliser son enfant et quinze mois après, l'enfant marche sans difficultés.

5 André Rolle. — Entre le 26 mai 1893 pour un mal de Pott dorsal et dans un état très grave. Après quinze mois d'immobilité, l'enfant peut se tenir debout. Depuis, on l’a perdu de vue.

6 Louise Magnier. — Entre le 25 juin 1893 pour un mal

AA EE de Pott cervico-dorsalaccompagné de paralysie incomplète, on la met au repos au lit. En octobre, elle marche.

% Léontine Bruges. — Entre le 11 septembre 1893 pour un mal de Pott cervico-dorsal accompagné de paralysie complète. Repos. Pas de résultat.

= 8 Henri Lorentz. — Entre le 7 mai 1895 pour un mal de Pott dorsal. Paraplégie rendant la marche impossible. Après quinze mois d’immobilisation, guérison complète.

9 Louis Rolland entre le 15 août 1893 avec les premiers symptômes de paralysie accompagnant un mal de Pott dorsal. En janvier 1894, la paralysie est complète. Immobilité, saillie dorsale, abcès, pus dans les selles. Etat général mauvais. Aujourd'hui, il ne souffre plus et remue les jambes.

10° P. Allard. — Entre le 20 mars 1894 pour mal de Pott dorsal avec paraplégie complète. Légère amélioration.

11° T. Dezeau. — Entre le 1° mars 1894 pour mal de Pot dorsal, marche impossible. Trois mois et demi après, l'enfant peut marcher.

12° Claudine Godard. — Entre pour mal de Pott dorsal supérieur, accompagné d’une paralysie incomplète, est encore en traitement. au

13° André Lévy. — Entre en juillet 1893 pour mal de Pott dorsal supérieur avec une paralysie datant de deux ans.Marche actuellement.

14° Yvonne Cantu. — Entre en septembre 1893 pour malde Pott dorso-lombaire et paralysie, repos jusqu’en octobre 1894. Lègère amélioration. Depuis, perdue de vue.

15° Léon Cahn. — Entre le 15 mars 1893 pour mal de Pott dorsal supérieur avec paralysie datant de deux ans. Incontinence d'urine. Sort guéri le 2 août 1894.

16° André Mind. — Entre en 1891 pour mal de Pott dorsal

SAS 2 supérieur avec une paralysie complète. Après six mois d’immobilisation, 1l peut marcher.

17° Aline Fr. — Jeune fille de 17 ans atteinte de paraplégie complète, consécutive à une tuberculose vertébrale déterminée par une chute et accompagnée d’abcès. Après deux ans et demi d'inmobilisation, il n’y a plus trace d’abcès, la paralysie a disparu. Depuis cinq ans, il n’y a pas eu de rechute.

Voilà certes un faisceau de succès, si maintenant nous consultons la statistique, nous voyons qu’elle donne des résultats variables.

Frey, de Zurich, sur vingt et un cas de paraplégie pottique traitées à la clinique depuis dix ans, cite deux améliorations seulement et pas une seule guérison. Sans vouloir contester un seul instant la véracité de cette assertion, nous ne pouvons nous empêcher d’être surpris.

Mohr à réussi 44 guérisons sur 72 cas.

Gibney a trouvé sur 58 cas, 55 guérisons et 3 morts.

Ces écarts dansles succès obtenus ne seraient-ils pas dûs à la façon dont est appliquée l’immobilisation ? dont est soigné l’état général? Nous serions tenté. de le croire.

On sait, en effet, que le traitement de toute tuberculose doit s'adresser à l’état local et à l’état général, or, les soins à apporter à ce dernier sont de la plus haute importance et c’est du maintien d’un bon état général que dépendra souvent la guérison de la lésion locale.

Dans les hôpitaux où le nombre de malades est forcément considérable, l’air se vicie rapidement et est respiré Jour et nuit par nos tuberculeux qui auraient besoin d’une aération pure et souvent renouvelée. Ajoutez à cela que les sujets atteints de mal de Pott, et nous parlons surtout ici des enfants, car ce sont eux qui paient le plus large tribut à la Tuberculose vertébrale, lorsqu'ils sont soumis à lPimmobilisation sont

Ace couchés le plus souvent dans des gouttières de Bonnet : capitonnés, recouverts de ouate, entourés de bandes, toute la surface cutanée reste plusieurs jours dans un atmosphère où se retrouvent les odeurs provenant de la décomposition de la sueur et des produits divers de la respiration cutanée, de la fermentation ammoniacale des urines, des matières fécales qui finissent toujours par souiller les petits immobilisés, pour peu qu’il y ait un foyer de suppuration, le tableau est complet! d’ailleurs, quel praticien ne l’a remarqué dès qu’il faut changer le pansement du malade! et c’est dans ce milieu éminemment malsain que nous condamnons à vivre nos pottiques et nos tuberculeux! c’est là ce que nous leur donnons à respirer ! On ne peut rêver une hygiène plus détestable, aussi les insuccés ne nous étonnent-ils pas!

Quand au corset de Sayre employé dans certains cas, c'est un adjurant précieux, mais si on immobilise un malade avec cet appareil, pourquoi lui permet on de marcher ? C’est là détruire par une contradiction flagrante tout le bien qu’on pouvait en attendre, pourtant nous lui ferons un peu les mêmes objections qu’à la gouttière Bonnet, il enserre le malade dont il emprisonne une partie du corps, mais nous n’insistons pas, n'ayant pas trouvé qu’on l'avait souvent appliqué dans le traitement de la paraplégie pottique. |

C’est, frappé par toutes ces remarques, que le professeur Piéchaud s’est demandé si on ne pourrait pastrouver un mode d'immobilisation à labri de ces reproches et permettant de faire en même temps l'extension élastique sans fatiguer le malade, on le faisait bénéficier ainsi de deux méthodes excellentes qui, combinées donnaient à l’Hopital des Enfants de Bordeaux, de forts beaux résultats dans les tuberculoses articulaires. Pendant notre stage hospitalier nous avons pu voir en effet dans le service de notre maître, des membres inférieurs raccourcis

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TPE par une coxalgie revenir assez rapidement presque jusqu’à la longueur normale,ou fléchisparune tumeur blanche du genoux et ramené à la rectitude par ces deux moyens. C'était là le bénéfice de l’extension et l'immobilité avait de son côté produit un arrêt de la tuberculose, une guérison par ankylose la seule que l’on puisse espérer en pareille circonstance.

Pour cela un tube en caoutchouc fixé aux membres inférieurs par l'intermédiaire d’un étrier en flanelle, allait s’attacher aux barreaux du lit et faisait l'extension, on modérait à son oré le degré de tension du tube en caoutchouc. La contre extension était faite par l'intermédiaire de deux larges bandes qui passaient entre les cuisses et de deux autres qui passaient dans l’aisselle en entourant le bras pour aller de là s’attacher aux barreaux de la tête du lit.

Mais ce système de contre extension fatiguait le malade, occasionnait même des douleurs et comprimait les organes importants surtout dans le creux axillaire; aussi devait-on fréquemment détacher les liens contre extenseurs pour permettre à l’enfant de se reposer.

La méthode était bonne, le mode d’application défectueux, surtout quand il s'agissait de tuberculose vertébrale, et pourtant telle elle rendit de sérieux services. Sous son influence, des abcès par congestion occupant une grande partie de l’abdomen avaient rétrocédé et guéri, il fallait s’en tenir à elle tout en l'améliorant, c’est ce que M. le Professeur Piéchaud chercha à fire en prenant un point d’appui sur le thorax, pour la contre extension, et en supprimant ainsi la compressiontropforte dans les aisselles.

Il fallait aussi, puisqu'on voulait du nouveau, éviter les inconvénients que donnait la gouttière de Bonnet; en un mot, mettre l'enfant à son aise dans un appareil qui ne gènerait

aucune de ses fonctions.

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