‹ Essai Critique Sur Le Traitement De La Paraplégie PottiqueChapitre 13 sur 17 · LAN · texte numérisé non relu

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A cet effet, on fit construire un corset de coutil sufisamment capitonné et moulant la poitrine du malade, c’est-à-dire qu’à l’aide de trois boucles placées en haut dans le milieu et en bas sur sa face antérieure on pouvait le serrer suffisamment pour Pimmobiliser, on utilisait ainsi pour safixationla forme du tronc dont la circonférence de la partie moyenne plus considérable que la circonférence de la partie inférieure remplissait ainsi le. rôle de cran d'arrêt, enfin, une courte bretelle pouvait permettre de laisser passer les bras.

Deux bandes solides s’attachaient d’un bout, de chaque côté, à l'extrémité inférieure du corset et de l’autre bout aux barreaux de fer du pied du lit. Deux autres bandes s’attachaient par dessus chaque épaule et de là aux barreaux de fer de la tête du lit. L'enfant ainsi immobilisé était en contre extension.

Quand à l'extension, on la faisait au moyen de deux gros tubes de caoutchouc fixés à la plante du pied par létrier d’une bande de flanelle enroulée jusqu’au dessus du genoux, en attachant les tubes aux barreaux de fer du pied du lit.

À l’aide de ces liens élastiques on pouvait à son gré augmenter ou diminuer le degré d'extension. L'enfant était couché dans un lit absolument plan. Nous donnons à la fin de notre travail une reproduction de l'appareil appliqué sur un sujet.

On pourrait croire tout d’abord, et c’est ce que l’on craignit tout au début de l’application que cette position rigoureusement horizontale, jointe à l’immobilité et à l’état de tension de tout le corps fatiguât vite le malade, il n’en fut rien, tous s’en trouvèrent très bien et ne se plaignent nullement. Bien plus, nous avons été étonné de voir combien les enfants même les plus espiègles et qui chaque jour étaient hors de la gouttiére après avoir coupé, déchiré, arraché les bandes, supportaient facilement cet état. Nous avons en ce moment présent à la mémoire le souvenir d’un garçon de sept ans qui perdait ainsi tout le béné-

fice de son immobilité dans une gouttière et qui fut rapidement amélioré d’une coxalgie dès qu’on lui eut appliqué ce nouvel appareil très patiemment supporté.

De plus, par le fait de sa simplicité même, il peut être appliqué partout et laissant à découvert une grande partie du corps ilpermet aux multiples et importantes fonctions cutanées de s'exercer librement : adieu la prison viciée des émanations fétides! d’ailleurs il est aussi facile d'étendre l’enfant sur une claie d’osier recouverte d’un léger matelas que sur un lit et c’est avec cette installation nouvelle que les petits tuberculeux : pottiques, coxalgiques et autres, bénéficient de tous les jours de beau temps de l’année, car on les sort étendus de la salle, et, dans les jardins et cour de lhôpitalà Fombre où sous une tente, ces petits souffreteux respirent l'air pur du dehors qui peut être leur apportera la guérison, à coup sûr leur maintiendra longtemps un état général satisfaisant.

Quant à l’état local nous avons assez longuement insisté sur tous les bénéfices qu’il pouvait retirer de cet ingénieux et simple appareil : d’ailleurs nous donnons maintenant l’observation d’une fillette actuellement encore dans le service pour laquelle on à appliqué le corset dont nous parlons.

OBSERVATION (Personnelle).

Mal de Pott datant de 14 mois. — Paraplégie brusque survenue 6 mois après. — Immobilité et extension avec le corset du docteur Piéchaud.

Bouvier, Bénédictine, 7 ans 1/2. Entre à l'hôpital des Enfants le 7 juin 1895 parce qu’elle ne pouvait plus marcher ni remuer les jambes.

L'Enfant est née à terme.et normalement, et jusqu’à l’âge de trois ans a joui d’une bonne santé, à cet âge elle eut, nous dit la mère, une fluxion de poitrine et resta au lit pendant cinq semaines, mais la convalescence

fut longue et dura plus d’un an ; depuis elle a eu successivement la coqueluche et la variole.

Les antécédents héréditaires de l’enfant sont bons, son père est bien portant, n’est pas buveur, mais à de temps en temps des attaques de rhumatisme, la mère est bien portante et n’a jamais été malade, elle à trois autres enfants ; deux garçons, l’un de 15 ans, l’autre de 11 ans, une fillette de 4 ans, tous trois en excellente santé. Nous ne relevons pas d’antécédents tuberculeux dans la famille.

Il y a quatorze mois environ, l’eufant commença à se plaindre de douleurs dans le ventre, puis dans le dos, sa mère l'ayant examinée fà ce moment :à trouva qu’elle avait a1 milieu du dos une bosse légère, mais qne bientôt elle vit s’augmenter de plus en plus, elle amena sa fille à la consultation de l'hôpital mais ne vouiut pas la laisser. Chez ses parents la petite malade allait et venait, se fatiguait très vite et ne pouvant rester couchée, se reposait assise sur une chaise ; pendant cinq ou six mois, nous dit la mère, la bosse augmenta mais insensiblement.

Il y a huit mois l’enfant était debout, quand tout à coup elle chancela sur ses jambes après avoir vacillé «comme une personne ivre » on voulut lui donner la main pour la fai:e marcher, mais il était absolument impossible à l’enfant de remuer les jambes, on la porta au lit puis pendant tout le temps qu’elle resta dans sa famille, on la leva, la fit asseoir, etc... enfin sa mère se décida à la faire entrer à l'hôpital.

Le 7 juin 1895elle estadmise dans le service de M. le professeur Piéchaud et on constate que tout mouvement est absolument aboli, non seulement elle ne peut pas marcher, mais couchée elle ne peut pas lever les jambesaudessus du plan du lit, ni les déplacer dans un sens ou dans l’autre, il lui est également impossible de fléchir le pied ou de remuer les orteils ; les masses musculaires sont flasques mais non diminuées de volume d’une façon no*table.

La sensibilité dans toutes ses formes est conservée aux membres inférieurs su’ l'abdomen dans la région lombo-sacrée, seulement au toucher la peau donne la sensation d’un léger refroidissement. Pas de douleurs ni sourdes, ni paroxystiques. Réflexes rotuliens exagérées. Pas de contracture. Trémulations Cpileptoïdes.

Miction et défécatior normales.

On constate à la région dorsale une déviation à gauche du rachis et une gibbusité correspondant aux 6° 7 et 8° vertèbres dorsales, la gibbosité n’est pas très volumineuse.

L'examen des organes, du poumon notamment ne nous révèle rien de particulier. L'appétit est bon, l’enfant digère facilement, a quelquefois de

petites diarrhées:

On établit le dingnostic de paraplégie pottique, et de suite on met l’enfant dans un corset dont nous avons décrit ci-dessus le modéle, on fait extension ec contre extension comme nous l’avons indiqué et on s'assure les jours suivants que l’enfant “Hpponte très bien son traitement et ne souffre aucunement.

Juillet. — Un mois après, en juillet 1895 on constate que l’enfant peut faire quelques mouvements limités. Elle lève à une faible hauteur, il est vrai, les jambes hors du plan du lit et les porte latéralement: les trémulations épileptoïdes paraissent avoir beaucoup diminué; l’etat général est bon.

Août. — Nouvelle amélioration, mais nous constatons qus la jambe droite élevée à une certainehauteur oscille comme une pendule ; de plus le p'ed droit se fléchit un peu en dedans. Mise à terre et soutenue sous les bras enfant fait très difficilement faire quelques pas,le pied droit surtout traîne sur le parquet. Elle peut fléchir le cou de pied et faire mouvoir les orteils.

Septembre. — L'enfant remue facilement ses jambes. Mais la marche est toujours difficile.

5 octobre. — En soutenant l'enfant sous les aisselles, on constate # elle marche assez facilement, le pied droit surtout se lève avec autant de facilité que le gauche. Ktant donnée l’impotence de ses membres, il y a un mois, on ne peut s'empêcher de constater une amélioration considérable, l’état général continue à être excellent.

Nous regrettons de ne pouvoir assister à la guérison complète de notre jeune malade, mais nous ne doutons pas que ce ne soit maintenant qu'une affaire de quelques semaines. ‘ |

Voilà donc un cas de compression brusque de la moelle, nous savons que l'intervention chirurgicale n’a que peu ou pas d'effet, aussi est-ce pour nous une bonne fortune de pouvoir Citer un parei! cas aussi notablement amélioré par l'application de l’immobilité et de l'extension combinées. Sans doute la cure est longue, mais combien de fois avons-nous remarqué qu il en était de même après l'intervention chirurgicale ! ù

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