Ibid., Hartenstein, t. V, p. 357; Baini, t. I, p
intéressés qm tentent de mettre en mouvement notre volon™ un mob. e supra-sensible absolument désintéressé, le devoi I' rTvèle 1 existence en nous d une sphère supra-sensible, do laZZ de la bonne volonté, de la sphère de la liberté. Enfm, quand nous ne voulons m connaître, ni agir, et que nous nous borno.t à o templer les choses, à les laisser agir sur nous, à jouir de rhamome de nos facultés de connaître qui se révèle au conac de certaines d'entre elles, nous sommes obligés d'admettre Tue ïa cause véritable de cette finalité subjective d^ la nature rsidleû: ^ussi, dans une sphère supra-sensible. Il n'y a qu'une seule chose
le M '^"' f Y ''""■*'■ '"'"^ ''^-^"^ ">'"-«l e»e ««' réalisée. Dans le domaine de la connaissance, elle échappe à tous nos moyens
dinvestigation mais elle est l'hypothèse nécessaire sans laquelle toute théorie de la connaissance est impossible. Enfin dans le domame esthétique, un coin du voile qui, au point de vue de la connaissance, cache le Noumène se soulève à demi. Sans doute ce n est pas directement que dans la contemplation esthétique' le noyau profond et caché de la nature extérieure et de la nature intérieure se révèle à nous. C'est indirectement, c'est symboliquement. « Or je dis que le Beau est le symbole de la moralité et que cest seulement sous ce point de vue (en vertu d'une relation naturelle à chacun et que chacun e.xige de tous les autres comme un devoir) qu'il plaît et qu'il prétend à l'assentiment universel C'est l'intelligible que le goût a en vue.. . c'est vers lui que conspirent nos facultés de connaître supérieures et sans lui il y aurait contradiction entre leur nature et les prétentions qu'élève le gortt. Dans cette faculté, le Jugement ne se voit plus, comme quand il n'est qu'empirique, soumis à une hétéronomie des lois de l'ctpérience : il se donne à lui-même sa loi relativement aux objets dune SI pure satisfaction, comme fait la raison lelativement à la faculté de désirer ; et par cette possibilité intérieure qui se manifeste dans le sujet, comme par la possibilité extérieure d'une nature qui s'accorde avec la première, il se voit lie à quelque chose qiu' se révèle dans le sujet même et en dehors du sujet, et qui n'est ni naturt^ ni liberté, mais qui est lié au principi; do cette dei'nière, cest-à-dlre avec le supra-sensible, dans lequel la facidté lliéoi-i(|ue se coiirond avec la faculté pratique, d'une manière iricounuo, mais semblabbipourtous'. >) Dans le passage que nous venons de rlier, la théorie
i. Critique du Jugement, Hartenslciri, t. V, p. :lf,:;; ll.inji, I. I, |i. :137,
subjective du Beau est encore confondue avec la théorie objectiv et d'ailleurs chez Kant la séparation entre les deux points de vi n'a jamais été faite nettement. Il n'a pas compris qu'en admettai ce « quelque chose » qui se révèle dans le sujet môme et en deho; du sujet, et qui n'est ni nature ni liberté, mais qui est lié au prii cipe de cette dernière, c'est-à-dire avec le supra-sensible, il a a( mis, en fait, un fondement absolument objectif du Beau. Toute les fois qu'un objet de la nature met d'accord nos facultés de con naître nous nous trouvons devant un objet beau, participant à que Platon et Schopenhauer ont appelé l'Idée de Beauté; toutes les fois qu'un artiste a produit un chef-d'œuvre, c'est que cette Idée de beauté s'est révélée à lui. Si, comme nous croyons que ce fut le véritable avis de Kant, la chose en soi est liberté, il était nécessaire que le Beau symbolisât la moralité et qu'il y eût entre l'acte esthétique et l'acte moral les analogies que Kant a énumérées : le désintéressement et la liberté, dans l'acte esthétique, de l'imagination, dans l'acte moral, de la volonté.
Sans doute, on pourra nous objecter que dans la pensée de Kant toute cette théorie n'est encore, n'est toujours qu'une théorie subjective. Tous les textes que nous avons cités sont empruntés à la Dialectique du Jugement esthétique, où Kant s'efforce précisément de démontrer l'idéalisme de la finalité, où le supra-sensible q Kant avoue être le fondement dernier du Jugement du goût n'e en somme qu'une Idée, un but que doit se proposer la raison pour atteindre la concordance de toutes nos facultés de connaître, pour unir en un système coordonné les trois grandes facultés de l'âme humaine. A cela nous répondrons en confessant une fois de plus que Kant n'a pas fait la distinction entre le point de vue subjectif et le point de vue objectif, mais en affirmant qu'il aurait dû la faire, et qu'en étudiant de près les textes de son Esthétique, cette séparation s'impose absolument. Si nous remontons jusqu'aux prémisses du système, jusqu'à la finalité, il est incontestable qu'elles sont nettement subjectives, et que c'est ce caractère de subjectivité qui différencie précisément le point de vue téléologique da point de vue mécanique. Les lois de la raison et, parmi elles, la loi essentielle, la causalité, sont bien, elles aussi, subjectives eu ce sens que ce sont des formes de notre esprit, des principes de notre entendement, mais, d'autre part, elles sont objectives précisément parce que ce sont des formes universelles et nécessaires de notre entendement sans lesquelles tout l'univers des phéno* mènes serait inconcevable. Tout au contraire la finalité, comme nous l'avons longuement montré, n'est qu'un principe euristique, qu'une idée régulatrice, d'après laquelle nous n'envisageons les
shoses qu'à de certains moments, que dans des circonstances dé-
îrminées. C'est justement parce que la finalité pour Kant n'est
)as universelle et nécessaire de la même façon que la causalité,
"Vil n'en a pas fait une catégorie, mais tout d'abord une Idée de
raison et ensuite le principe de la faculté de juger. , Mais d'autre part, l'on pourrait prétendre que c'est pour cela même, qu'à un certain point de vue, la finalité a une valeur plus objective, nous fait pénétrer plus profondément dans le fond même des choses que la causalité. La causalité étant une forme universelle et nécessaire de notre esprit, tous les phénomènes, tous les objets de l'expérience y sont nécessairement soumis^ puisque c'est la causalité elle-même qui crée l'expérience. Il n'en est pas de même de la finalité. La finalité s'explique par le besoin que nous avons d'étendre notre connaissance aussi loin que possible, de soumettre les choses au besoin d'unité qui est la loi essentielle de notre esprit, d'appliquer, selon la profonde formule de Kant, la logique à la nature. Or, il se pourrait parfaitement, précisément parce que ce n'est là qu'un but idéal que se propose l'esprit, que cet idéal, il lui fût impossible de l'atteindre. Il se pourrait parfaitement, Kant l'a dit expressément, « que la différence spécifique des lois empiriques de la nature et de leurs effets fût si grande qu'il fût impossible à notre entendement d'y découvrir une ordonnance saisissable, de diviser ses productions en genres et en espèces, de manière à appliquer les principes de l'explication et de l'intelligence de l'une à l'explication et à l'intelligence de l'autre, et à faire d'une matière si compliquée pour nous (car elle est infiniment variée et n'est pas appropriée à la capacité de notre esprit) une expérience cohérente* ». Il se pourrait parfaitement que l'esprit dût se résigner à être ballotté de phénomènes en phénomènes, de séries de phénomènes en séries de phénomènes, sans jamais pouvoir se fixer, sans jamais réussir à soumettre ces séries à une loi, sans jamais atteindre à un système. S'il n'en est pas ainsi, si notre besoin d'unité et de systématisation des choses se trouve satisfait; si nous parvenons à distinguer, dans la multiplicité et dans la variété incommensurable des choses, des points communs, des lignes semblables; si nous pouvons essayer de les classer, de distinguer des genres, des espèces et des classes, d'établir des liens entre les genres derniers et les classes ultimes, c'est qu'il y a là quelque chose qui n'est pas dû à notre raison, mais (pii est dû aux choses elles-mêmes, qui est dû à la naliu'e, (pii n'est pas subjectif, mais qui est objectif. Il nous semble donc (lue nous avons
1. Critique du Jugement^ Hartonstciii, t. V, p. 191, 102; liarui, l. I, p. 38.
bl» l'esthétique DE KANT \
le droit d'affirmer que la finalité, tout en étant un principe plus subjectif, à un certain point de vue, que la causalité et les autres catégories, aboutit à des conclusions plus objectives que celles-là, et nous permet d'entrevoir quelque cbose du fondement de la nature, de supposer qu'il y a de l'intelligence dans les choses, et que l'intelligence suprême, qui les a créées, a eu égard à rintelligence humaine.
Nous sommes arrivé aux mômes conclusions quand nous avon étudié dans un chapitre précédent la théorie kantienne des êtres organiques. Sans doute, une fois des êtres organiques, c'est-à-dire des êtres, dont toutes les parties sont réciproquement fins et moyens, admis, Kant nous explique très bien comment nous ne pouvons pas les soumettre au mécanisme et comment nous sommes obligés de leur appliquer le point de vue téléologique. Ce point de vue téléologique est bien, lui, un état subjectif, une façon particulière d'envisager les choses, en partant non plus des parties pour remonter au tout, mais du tout pour en déduire les parties. Seulement ce qui n'est pas subjectif et ce que la théorie de la connaissance, telle que Kant l'a exposée dans la Critique de la Raison pure, ne nous permettait pas de prévoir, c'est qu'il put y avoir dans la nature des objets qui nous obligeassent à appliquer le principe téléologique, c'est qu'il y eût des êtres organiques. Comme l'a dit très bien Kuno Fischer, Kant a merveilleusement expliqué pourquoi, s'il y a des êtres vivants, nous devons les représenter téléologiqaement, mais il ne nous a pas expliqué qu'il puisse y avoir des êtres vivants, que la vie puisse nous apparaître dans le monde sensible '. L'existence des êtres organiques, l'apparition de la vie dans le monde sensible, si nous en tirons toutes les conséquences, nous permet de conclure que la cause suprême de la nature lui a assigné comme but final de rendre possible l'existence de l'homme en tant qu'être moral, que la nature n'est qu'un moyen, qu'une apparence du monde moral.
Il en est tout de même de la beauté. Kant a très profondémen décrit l'état esthétique. Il a admirablement montré qu'une des ca ractéristiques essentielles de cet état, c'est le sentiment de l'har monie de nos facultés de connaître, mais ce qu'il n'a pas démon tr et ce qu'il est impossible de démontrer subjectivement, c'est que,: devant tel objet, doive s'établir l'harmonie de l'imagination et de l'entendement, et, devant tel autre, non. Il y a là évidemmen quelque chose qui ne dépend plus de nos facultés de connaître, qui ne dépend plus de leur harmonie subjective, mais qui doit