‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 134 sur 137 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

I. Rapports entre le Jugement et le sentiment. — A première vue inconciliables : le Jugement n'opère qu'avec des concepts, le sentiment est irréductible au concept. — Lien entre le Jugement réfléchissant théorique et le sentiment. — Liens entre le sentiment et le Jugement réfléchissant esthétique : 1» Le sentiment étant la faculté de l'àme intermédiaire entre le connaître et le désirer, et le Jugement la faculté de connaître intermédiaire entre rentendement et la raison, c't'st 1«> Jugement qui doit fournir des principes a priori au sentiment. — Répons»» : caractère systématique de cette déduction : il se pourrait que, malgré cotte analogie de situation, il n'y eût aucune espèce de rapport entre les deux facultés. — 2° Subjectivité du Jugement et du sentiment. — Réponse : le Jugement n'est pas subjectif de la môme façon que le sentiment. — 3° Le Jugement est la familté de subsumption par excellence, le sentiment est, lui aussi, une espèce de subsumption.

— Réponse : le Jugement n'est pas uniquement une faculté de subsumption, »'t faire du sentiment une subsumption, serait en faire un raisonnement inconscient.

— 4° Le Jugement réfléchissant théorique et le sentiment sont tous deux îles contemplations. — Réponse : si le sentiment esthéti(|ue peut être assimilé à une espèce de contemplation, le sentir en général est l'état le moins contemplatif «le notre moi. — 5° La loi du Jugement réfléchissant est la finalité, de même tout ce qui nous cause du plaisir est final. — Réponse : la finalité, principe régulateur

de notre raison théorique, ne peut être confondue avec la finalité du plaisir ... io\

II. Le Jugement esthétique: rapport subjectif senti de riinaL'iiiati.m et de l'entendement. — Son mctif^ Bestimmungsgrund, est toujours un sentiment. — C'est un jugement sur la finalité de l'objet, qui affirme cpie le plaisir, résultant «hla contemplation de la forme d'un objet, peut être universelienn-nt et nérrssairement partagé

III. Rapports réels du Jugement et du sentiment : On bien, le plaisir étant éprouvé, le jugement en est la simple énonciati..n, on bien, le jn^en^enl est suivi d'un sentiment, Uriheilsgefuhl. -Kuni sontieiil d'abord la première théorie ; le jugement est la mise en forme logique d'un sentiment immédiatement éprouNe

devant un objet donné. -Kant ne s'est pas arrêté a e.tte .•o.nvptiou, pan- I

V aurait eu, dans ce cas, non plus une dilféreiMe de nature, mais seiilemetil une différence de degré entre le jugement esthétique ivflnbissanl et le j.u'em-nl

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esthétique des sens, et qu'alors, celui-là aurait été aussi peu universel et nécessaire que celui-ci. — Mouvement tournant de Kant 163

IV. Le sentiment, au lieu d'être immédiat et spontané, devient un sentiment de jugement, Urtheilsgefilhl. — La théorie de Vharmonie subjective de l'imagination et de l'entendement : le sentiment esthétique est l'accompagnement subjectif de cette harmonie. — Le jugement esthéti(iue i)eut-il se déduire du jugement en général? — En quoi fait-il progresser la connaissance? D'après Kant, en effet, le jugement esthétique contient un principe de finalité formelle de la nature, sans lequel V entendement ne pourrait pas se retrouver. Confusion entre le jugement réfléchissant théorique et le jugement réfléchissant esthétique 168

V. Rôle du sentiment dans le jugement esthétique. La finalité sentie d'un objet pour l'accord de nos facultés de connaître constitue le sentiment esthétique : la finalité est pensée avant d'être sentie dans ses effets. — Objections : 1» Kant intellectualise la sensibilité, tout comme Leibnitz. 2" Il a dit et répété que, dans le jugement csthéticiue, il s'agit uniquement de la façon dont un objet nous est donné, et non de la façon dont il est pensé. — 3" La conception du jugement esthétique est, dès l'abord, contradictoire: un jugement ne peut pas être esthétique, un état purement esthétique ne peut pas être un jugement. — 4» La théorie de la connaissance en général, de la tendance vers le connaître, ne pallie pas la contradiction ; générale ou particulière, la connaissance est un connaître et non un sentir. — Mouvement tournant de Kant : le motif du jugement esthétique n'est plus seulement le sentiment, mais il est en même temps, zugleich^ dans une règle des facultés de connaître supérieures — ce qui est contraire aux lois du temps. — Théorie de l'état d'âme, du Gemûthstustand. — Réponse: cet état d'àme est ou bien un connaître ou un sentir . . . ^ 174

VI. L'intervention de la finalité dans le jugement esthétique : la finalité est pensée avant d'être sentie. — Réponse : la finalité ne peut pas être pensée avant d'être sentie, parce qu'elle ne se révèle à nous que par le sentiment 179

VII. La finalité sans fin. — Conception intellectualiste de la finalité, qui devait l'exclure du domaine de l'esthétique : toute fin, d'après Kant, a un rapport nécessaire à la raison. — Réfutation par Kant de la théorie qui fait résider le Beau dans la finalité objective interne ou la perfection. — Kant lui-même n'a pa su différencier véritablement le Beau du parfait, — Exemple de Kant : au fond, la finalité formelle subjective de Kant se réduit à une finalité objective interne ou la perfection. — Deux sens de la finalité formelle subjective : 1° Vision confuse de l'unité vers laquelle conspirent tous les éléments d'un objet. 2" Conscience de la prédétermination de cet objet pour l'harmonie de l'imagination et de l'entendement. — Kant a appelé la finalité subjective, parce que les facultés, pour lesquelles la forme de l'objet est finale, sont subjectives 183

VIII. Pour Kant, il n'y a pas, dans le domaine du Beau, de passage du concept au sentiment. — Objections : avoir un concept du Beau et être ému par ce concept, n'est pas la même chose. — Kant n'a pas distingué entre les différents moments de l'acte esthétique : d'abord, le sentiment de jouissance immédiat et spontané, puis vient le Jugement, suivi lui-même d'un sentiment. — Différence à ce point de vue de la musique et des autres aits. — Kant lui-même, obligé d'introduire à côté de la pulchritudo vaga, la. pulchritudo adharens. — La conception de la pulchritudo adhœrens est, dans le système de Kant, une manifeste contradiction. ... 192

IX. La théorie de l'idéal. L'idée normale esthétique et l'idéal proprement dit. La conception d'un idéal inadmissible dans l'esthétique de Kant. — Théorie psycholo-

gique de l'idée normale esthétique : les gmtrk imaaes de Galton nh- .• 1» Méconnaissance du rôle du sentiment r]-,n« i. "^ * ^^ ^f"^"' - Objections : général et surtout des idées n :m ^ lu ^^^^^ *^^"- "--^•- en

serait monstrueuse. - 3» L'idée normale 71.^' T n "'''"''' ^' ^'"^"^

le Beau peut-il être universel :^ 2:^T^ ^S^^::^ ^^^^^^ de la m.^i.. - 01,ect^„. . ,, ^-^^^^:^rrtl^

X. Théorie de l'universalité et de la nécessité du jugement esthétirue.- C^Llù^re paradoxal de la thèse : un jugement, d'après le seul sentiment .a,.- Zd pla.sir, cause par un objet, prononce . priori que ce plaisir doit être lié che "o. .. hommes, la représentation du même objet. - Solutions : le sentimo ' est! tique est 1 harmonie sentie de l'imagination et de l'entendement : cette liarm e est requise pour tout jugement, quelque « vulgaire ,. qu'il puisse être; le^" ment se onde donc sur la condition formelle subjective du jugement en général

- Objection : D après Kant, rien ne peut être universellement partagé si ce n'est la connaissance. Donc, un sentiment ne peut pas être universellement parta-é

- La théorie du sens commun. - Objection : Ce sens commun est ou bien un sentiment commun - etj alors, il n'y a pas d'universalité, ou bien il est une in telltgence commune - et alors, nous sortons du domaine de l'esthéticiue -la théorie kantienne n'est que la « subjectivisation ,, de la théorie de Leibuitz • la liaison une du multiple, au lieu d'être une loi objective, devient une loi subjective. - L'état esthétique, après avoir été, pour Kant, un pur sentiment immédiat et spontané, devient l'état psychologique où le caractère spécilique du connaître - la réduction de la variété à l'unité - se révèle le plus complètement. - Four Kant, comme pour Leibnitz, il n'y a que du Beau, et point de laid m d'objets indifférents, puisque l'accord de l'imagination et de l'entendement est requis pour tout jugement. - L'universalité et la nécessité, de réalité incontestable, devient un desideratum ou plutôt un impératif : il faut qu'il y ait accord aussi dans le monde des sentiments. — Cet impératif esthétique est au fond un impératif moral : intervention de la raison, des Idées, de l'idée de la moralité

XI. Résumé. — La solution du problème de l'universalité et de la nécessité ne sera donnée que dans l'étude du sentiment esthétique 222

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