‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 58 sur 137 · Wundt, Logik, t. II, p. 435 à · texte numérisé non relu

Wundt, Logik, t. II, p. 435 à

comme hypothèse, la possibilité de l'adaptation des phénomène de la nature aux besoins logiques de notre pensée ; de même nou pouvons conclure ici, avec les modernes biologistes, à la légitimit de l'explication téléologique que Kant a proposée des phénoménal de la vie et des êtres organisés. Loin de reprocher à Kant d'avoi appliqué la conception finale aux êtres organisés, pourrait-on li reprocher de ne 1 avoir admise que pour eux. S'il est vrai qu nous avons toujours le droit, après être descendus d'une cause ses effets, de rebrousser chemin, de renverser la série et de consi* dérer ce que nous avons jusque là considéré comme des effets, comme des causes, — et c'est bien en cela que consiste l'explication téléologique, que loin d'opposer à l'explication causale, i faut coordonner et adjoindre à cette dernière, — l'on ne compreni pas pourquoi les explications téléologiques seraient uniquemen réservées aux organismes.

Cela ne paraît conforme ni aux principes de la philosophie aux méthodes actuelles des autres sciences. D'une part, en effet Kant enseigne que dans le monde moral la finalité a une valeui réelle et dans le monde organique une valeur idéale. Pourquoi e comment n'en aurait-elle aucune dans le monde mécanique ? Pou Kant, nous le savons, il n'y a qu'un temps et qa'un espace, et pai tant un seul monde sensible. Si maintenant, quelques-uns desphé nomènes de ce monde agissent réellement d'après des fins, et g d'autres sont considérés nécessairement comme conformes à de fins, il est impossible d'en concevoir qui soient absolument dé pourvus de finalité. L'être moral est, en effet, en même temps être organique, l'être organique, en même temps, être matérie et mécanique et, par conséquent, il faut aussi que la nature inor ganique, bien que nous devions tenter de l'expliquer sans noui servir de la finalité, ait des fins, sans quoi, encore une fois, il n'^ aurait ni unité de temps et d'espace, ni unité du monde sensible Aussi bien Kant ne conteste-t-il pas au fond la valeur des fin! pour la nature inorganique. Il conteste seulement que, pour l'étudier, nous devions jamais nous en servir, et que nous puissions jamais, si tant est qu'il y en ait, les reconnaître. Il n'y a que dans le monde moral que nous puissions connaître des fins, parce que, là, la fin jaillit immédiatement et directement de la volonté. Dans tout ce qui n'est pas raison, dans tout ce qui n'est pas volonté, il est impossible de connaître la finalité, bien que, dans certains cas, devant les êtres organisés qui se produisent, se forment, se réparent et se reproduisent eux-mêmes, nous soyons obligés de supposer qu'il y a finalité. Mais cela ne prouve en aucune sorte que même là , où rien ne nous oblige ni même ne nous

LE JUGEMENT RÉFLÉCHISSANT THÉORIQUE Ul

autorise à nous servir de la finalité, il n'y ait pas des fins».

D'autre part, avons-nous dit, les méthodes modernes, même des autres sciences que la biologie, n'excluent, en aucune sorte, les considérations finales. Pourquoi, par exemple, ne trouverionsnous pas l'organisation du système solaire aussi final que l'organisation du corps humain? Et, en effet, nous voyons que les astronomes, dans leurs calculs les plus exacts, ne se sont pas interdit les principes d'explication téléologique, que, par exemple, le principe de stabilité, posé par Laplace dans son Exposition du système du monde, d'après lequel tous les troubles d'un système doivent se compenser de telle sorte, que les états primitifs du système se reproduisent dans des périodes déterminées, est un principe téléologique. Tout de môme, les principes fondamentaux de la science, dont le nom déjà semble répugner à toute intervention téléologique, de la mécanique, comme le principe de la conservation de la quantité du mouvement, posé par Descartes, et le principe de la conservation de l'énergie, posé par la mécanique moderne, sont des principes téléologiques. Loin de s'exclure, les principes de causalité et de finalité se nécessitent l'un l'autre : l'un est un processus descendant, l'autre un processus ascendant, l'un va de la condition au conditionné et l'autre du conditionné à la condition ^.

Donc, pour le fond des choses, Kant nous paraît avoir parfaitement raison. Nous avons à nous demander maintenant seulement s'il en est de même au point de vue de la forme, et jusqu'à quelle mesure la conception de la Critique du Jugement s'accorde avec celle de la Critique de la Raison pure.

La première observation qui s'impose à nous en examinant la théorie de la finalité appliquée aux organismes, de la finalité objective, c'est que, à première vue, elle nous semble dépourvue de tout lien avec la théorie de la finalité que nous avions examinée précédemment. Là, il s'agissait de montrer que pour réduire les faits particuliers à des concepts, les phénomènes à des lois, les individus à des espèces et les espèces à des genres, nous avions besoin de supposer que la nature se prèle aux

1. Kuno Fischer, Kritik der Kantischen Philosophie^ Munich, 1883, p. 48 et 4y.

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