‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 65 sur 137 · Ihid., Hartenstein, t. V, p. 298 ; Barni, t. I, p · texte numérisé non relu

Ihid., Hartenstein, t. V, p. 298 ; Barni, t. I, p

dante,dans le jeu harmonieux de rimagination et de l'en teii dénient, cela est parfaitement légitime, mais en tout cas, c'est un acte postérieur à celui par lequel j'ai uniquement conscience d'avoir joui. Ce qui précède donc dans l'acte esthétique, à notre avis, qui, tout au moins dans les passages que nous avons cités, a été aussi un instant celui de Kant, c'est le sentiment de plaisir, sentiment auquel il nous est aussi loisible que non loisible de donner une forme logique. Je puis, après avoir, devant un objet donné, éprouvé un sentiment de plaisir, dire : tel objet me plaît, tel objet est agréable ou beau ou gracieux ou sublime, mais ces différents jugements sont bien évidemment postérieurs au sentiment éprouvé.

Qu'est-ce qui a amené, maintenant, Kant à modifier cette conception si naturelle, si conforme à la vérité psychologique ? C'est que si Kant l'avait soutenue jusqu'au bout, il n'y aurait plus eu de différence réelle, de différence de nature, mais tout au plus une différence de degré, entre le Jugement esthétique et un jugement que Kant tenait essentiellement à en séparer le plus profondément possible, à savoir le jugement sur l'agréable. Nous nous expliquerons plus loin sur la légitimité de la distinction établie par Kant entre les concepts du beau et de l'agréable, et ce qui nous intéresse ici, ce n'est pas encore de montrer ce qu'il y a de trop absolu dans cette distinction, mais bien de rechercher les arguments par lesquels Kant la justifie. Nous savons que, pour lui, l'agréable est ce qui plaît aux sens dans la sensation : or, cette sensation excite le désir d'objets semblables à celui qui l'a produite, et, par conséquent, le jugement par lequel nous déclarons un objet agréable exprimant un intérêt attaché à cet objet, ne peut-être, pour cette raison déjà, confondu avec le jugement sur le Beau qui est entièrement désintéressé. A cette raison Kant en joint une autre qui est beaucoup plus importante, parce qu'elle montre d'une façon très évidente la contradiction dans laquelle Kant va s'engager. « Il y a », dit il, a à côté du jugement esthétique réfléchissant un jugement esthétique des sens, à savoir quand le prédicat du jugement ne peut en aucune façon être un concept d'objet, étant donné qu'il n'appartient en aucune façon à la faculté de connaître. Soit le jugement: le vin est agréable, où le prédicat exprime le rapport immédiat d'une représentation au sentiment de plaisir et non à la faculté de connaître » ' .

Ce texte est des plus importants, parce que nous y voyons opérer ce que je voudrais appeler le mouvement tournant, par lequel Kant va insensiblement, sans nous en avertir, et sans avoir l'air de s'en

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