Ueber Philosophie ilberhaupt, Hartenstein, t. VI, p
2» Critique de la liaison pure, Hartenstein, t. IH, p. iiO ; Bariii, t. 1, p. 7o.
et que pour sa théorie de la connaissance. Kant finira bien par avouer que l'universalité et la nécessité du jugement sur le Beau n'est qu'une Idée, c'est-à-dire, en somme, une hypothèse nécessaire mais indémontrable. Seulement il n'en arrive là que bien tard et surtout, — et c'est là précisément où gît le sophisme, — il n'en arrive là qu'après avoir déduit de son hypothèse, que sans aucune espèce de droit il pose comme une vérité démontrée, des conséquences qu'il considère comme prouvées, môme après avoir reconnu le caractère hypothétique de leurs prémisses, alors que cependant le caractère hypothétique de celles-ci devait nécessairement entraîner le caractère hypothétique de celles-là.
Nous allons donc assister au renversement du rapport établi entre le jugement et le sentiment. Jusqu'à présent, et c'est là, avons-nous dit, le rapport naturel et légitime — c'est le sentiment qui précédait et le jugement, simple énonciation du sentiment, qui suivait. Maintenant, c'est le jugement qui précède et le sentiment qui suit. C'est le second des deux rapports possibles entre le sentiment et le jugement que nous avions distingués plus haut, et dans lequel le sentiment au lieu d'être spontané et immédiat est un véritable sentiment de jugement, ein Urtheilsgefûhl. Lorsque nous nous trouvons devant un objet, au lieu de prendre tout d'abord conscience du sentiment de plaisir que sa représentation nous cause, nous commençons par juger que cet objet est approprié à notre faculté de connaître, et le plaisir esthétique ne fait que suivre cette constatation qui en est le motif. Juger qu'un objet est approprié à notre faculté de connaître, c'est juger qu'il a été en quelque sorte prédéterminé pour cette faculté de connaître, c'est juger par conséquent qu'il est final. Nous voilà en présence de la théorie de la finalité subjective ou de la finahté sans fin, qui se lie étroitement à la théorie de l'harmonie de l'imagination et de l'entendement, et qui n'est môme qu'une expression différente de cette harmonie. Nous allons donc examiner ensemble les deux théories.
Nous savons que le jugement réfléchissant en général consiste à chercher, pour un objet particulier donné, un concept possible. Nous tentons cette réduction, cette subsumption sous un concept, devant n'importe quel objet. Maintenant il se trouve qu'il y a des
objets, pour lesquels le jugement ne dispose d'aucun concept sous lequel il puisse les subsumer, vu que ces objets sont irréductibles à des concepts, et c'est le cas de tous les objets, donnant lieu à de véritables jugements esthétiques, de toutes les beautés que Kant appelle libres. Qu'arrive-t-il alors ?
Nous savons, par la Critique de la Raison pure, que pour qu'il y ait une représentation d'objet, il faut que les deux fonctions fondamentales, — ce que Kant appelle les deux sources de la faculté de connaître en général, — à savoir la capacité de recevoir des représentations, la réceptivité des impressions, et la capacité de connaître un objet au moyen de ces impressions, la spontanéité des concepts, agissent de concert. La déduction transcendentale expose minutieusement toutes les étapes de cette action concordante de la sensibilité et de l'entendement. Elle montre, tout d'abord, que grâce à l'intuition sensible, les objets nous sont donnés, mais que cette intuition elle-même serait impossible, si préalablement l'imagination n'en avait rassemblé en un tout, n'en avait lié en une représentation les différents éléments. Elle montre ensuite que cette môme imagination, qui est proprement la fonction de reproduction, reproduit les différentes parties dont se compose la représentation, et que sans cette reproduction l'intuition elle-même serait impossible. Elle montre de plus que cette représentation, par laquelle un objet nous est donné, qui jusqu'à présent n'était due qu'à l'action concordante et déjà synthétique de l'intuition et surtout de l'imagination reproductrice, pour devenir une connaissance véritable, devait être soumise à une synthèse nouvelle, à la « synthèse de la récognition dans le concept », qui réside uniquement dans la conscience de l'unité de la synthèse à laquelle nous soumettons la représentation. Elle nous apprend enfin que cette dernière et essentielle synthèse, qui n'est que l'aperception originaire, c'est-à-dire la conscience de l'identité du Moi. du « je pense » accompagnant toutes nos représentations, serait elle-même impossible sans Timagination productrice, de telle sorte, qu'en somme, la connaissance totale s'opère, d'une part, par les intuitions des sens et de l'autre par l'aperception et ses formes qui sont les catégories que relie l'imagination productive. L'accord de Fimagination et de l'entendement est donc la condition indispensable de toute connaissance, et cela se comprend 1res bien si l'imagination n'est pas seulement, comme personne ne le conteste, un facteur essentiel de Tune des deux sources du connaître en général, de l'intuition, mais encore, comme elle l'est pour Kant, le facteur essentiel de la seconde de ces deux sources, de l'entendement, l'imagination dans sa fonction
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productrice n'étant que l'entendement inconscient. Lorsque donc nous nous trouvons devant un objet quelconque, nous com mençons par en ôtre aiïeclés, nous en avons une intuition sensible, l'imagination reproductrice en rassemble les différentg éléments, en crée une image, puis un schème', et enfin l'entendement fournit le concept.
Qu'arrive-t-il maintenant devant un objet beau? L'imagination ou l'intuition, — Kant emploie les deux termes indifféremment, — commence toujours par apprébender cet objet ou, plus précisément, par en appréhender la l'orme. L'entendement veut, lui aussi, remplir sa l'onction, qui est de rapporter des intuitions à des concepts. Seulement nous savons que pour les objets véritablemeni beaux, que pour les beautés libres, Fentendement ne peut arrivei à former des concepts, vu que la beauté libre y est absolument irréductible, et que pour les autres, les beautés adhérentes, il ne songe pas à atteindre le concept. 11 y a jugement esthétique, nous citons ici les textes correspondants de la première Introduction et de l'Introduction définitive de la Critique du Jugement, tant la pensée de Kant est ici obscure, pour ne pas dire incompréhensible, — lorsque « le Jugement, qui ne dispose d'aucun concept pour l'intuition donnée, avant de comparer l'objet donné à des objets analogues, rapproche l'imagination, en tant que faculté d'appréhender un objet en général, de l'entendement en tant que faculté de représenter un concept en général, et perçoit dans ce rapprochement un rapport de ces deux facultés, qui constitue k condition subjective, seulement sensible, de l'usage objectif du Jugement^ c'est-à-dire de l'accord de ces deux facultés*». «En effet, l'appréhension des formes qu'opère l'Imagination ne peul avoir lieu sans que le Jugement réfléchissant la compare sans bul avec le pouvoir qu'il a de rapporter les intuitions à des concepts. Or si dans cette comparaison, l'imagination, en tant que faculté des intuitions a pinori, par l'effet naturel d'une représentation donnée, se trouve d'accord avec l'entendement ou la faculté deî concepts, et qu'il en résulte un sentiment de plaisir, l'objet doif être jugé alors comme approprié au Jugement réfléchissant^ ».
1. « Un objet de l'expérience ou une im^ge de cet objet atteint bien moins encore le concept empirique, mais celui-ci se rapporte toujours immédiatement au schème de l'imagination comme à une règle qui sert à déterminer notre intuition conformément à un certain concept général. Le concept du chien, par exemple, désigne une règle d'après laquelle mon imagination peut se représenter d'une manière générale la figure d'un quadrupède sans être astreinte à quelque forme particulière que m'offre l'expérience, ou même à quelque image possible que je puisse montrer in concreto. » Critique de la liaison pure, Hartenstein, t. III, p. 143; Barni, t. I, p. 202.