‹ Essai critique sur lesthétique de KantChapitre 82 sur 137 · I. Ft'oUuer, Vorschule der Aesthetik, i>. 49 et oO · texte numérisé non relu

I. Ft'oUuer, Vorschule der Aesthetik, i>. 49 et oO

aticiino influence sur le sentiment primitif, et enfin que, comme nous avons déjà eu Foccasion de le dire, le passage du plaisir à la douleur n'a pas lieu à travers un état neutre, parce que des représentations pénibles accompagnent déjà, avant Tapparition de la douleur proprement dite, la repr(>sentation primitive *.

2» Si nous en venons maintenant à la dépendance du sentiment de la durée de la représentation, il faut distinguer plusieurs cas, selon que la représentation est continue ou intermittente. Si la représentation donnée est continue, il faut avant tout, pour que le timbre émotionnel puisse naître, et surtout puisse se développer dans toute son ampleur, que cette représentation dépasse ce que Lelmiann appelle, par analogie avec le seuil intensif, le seuil extemlf, extemive ScJnvelle. Il est clair que, pour jouir véritablement et d'une œuvre d'art et d'un spectacle de la nature, il ne suffit pas de parcourir rapidement un musée, ou de jeter un coup d'œil i-apide et distrait sur un paysage. Il faut, pour qu'une véritable jouissance esthétique puisse naître, que nous consacrions à l'objet contemplé un temps qui varie avec la grandeur et la complexité du spectacle. D'ailleurs, le terme de contemplation, dont nous nous servons quand il s'agit d'une œuvre d'art ou d'un paysage, implique déjà une certaine durée. En efïet, il est d'une expérience constante que, plus une représentation est complexe, plus le temps qu'il faut pour en jouir est long. Là encore, il y a un maximum que le sentiment ne peut pas dépasser impunément. Une fois que le timbre émotionnel atteint ce maximum, il va en s'atï'aiblissant et paraît môme s'évanouir complètement. La contemplation par trop prolongée, môme de l'œuvre la plus intéressante et du point de vue le plus pittoresque, finit par nous fatiguer. L'affaiblissement incontestable du sentiment de plaisir est dû, ou bien à la diminution de l'intensité de la représentation timbrée, ou bien à l'apparition de sensations et de représentations autres, différentes, ou bien à ces deux raisons à la fois. Mais si, par suite d'une tro[) longue durée, le timbre émotionnel diminue et s'émousse, il n'en disparaît pas pour cela, mais lise modifie : une fois le maximum de durée dépassé, le timbre émotioiuiel, d'agréable (pi'il était devient pénible, le sentiment de plaisir devient lui sentinuMit de peine. Il ne semble pas en être de môme ])onr les sentiments qui soirt primitivement désagréables : le maxinnnn de diuM'e d'un sentiment pénible dépassé, le sentiment pi'imiti\ement pénible naw devient pas pour cela agréable, et tout au plus arrivons-nous alors à l'insensibilité.

1. Lchmaiiii, Die Mmpgesclze des menschlichen Gefûldslehcns. \\. \T1 à lSi>.

Quand, à jM'ésenl, la l'oprésenlation donnée est intcrmillcnlo, Ion conipi'end aisiMiionl qiK; si, comme nous venons de le montrer, un sentiment s'émousse quand la représentation demeure dans la conscience d'une façon continue, il doit s'émousser bien davantage et bien plus facilenu^it quand la repivsentation ne fait qu'y passer. En effet, le contenu de la repi'ésentalion n'a pas alors le temps de se révéler entièrement à la conscience, ou bien parce que notre attention est dirigée ailleurs, ou bien parce que, dans l'intervalle des l'cprésen talions timbi'ées agréablement, peuvent naître d'autres j-eprésentations timbrées désagréablement qui viennent inlluer sur les premières, ou bien pour ces deux raisons à la fois. Lorsque maintenant la représentation originairement timbrée de plaisir ou de peine est devenue, par de fi'équentes répétitions, presque sans timbre, sa disparition qui, à première vue, semblerait ne devoir exercer aucune influence sur notre sensibilité, est très souvent ressentie à de certains moments comme une peine très vive. C'est là une des lois les plus importantes du sentir en général qui exerce aussi sur le goût une influence considérable, et nous savons tous par notre expérience journalière combien le moindre dérangement de nos habitudes en apparence les plus insignifiantes peut nous causer de peines vives '.

3" Si, après l'examen de la dépendance du sentiment de Tintensité et de la durée de la représentation timbrée, nous abordons celui de la dépendance du sentiment de représentations étrangères à la représentation timbrée donnée, extérieures à elle, nous avons, comme nous l'avons indiqué dans le plan que nous avons tracé au début de notre étude des lois du sentir, à distinguer trois cas. Tout d'abord A : la représentation timbrée et les représentations qui la modifient sont de nature analogue et concernent des objets différents. En effet, c'est un fait d'expérience constante que certaines moditicalions du timbre d'une représentation donnée dépendent de ce que d'autres représentations étaient présentes dans la conscience ou bien en même temps, ou bien immédiatement avant la représentation timbrée, et dans ce cas ces modifications du timbre sont dues à la parenté plus ou moins grande, aux points de contact plus ou moins nombreux et plus ou moins étroits entre la représentation timbrée et les représentations qui la modifient. C'est ici que tout naturellement trouvent leur place trois des lois de Fecbner : les lois du contraste, de la succession, de la réconciliation. Et tout d'abord la loi du contraste que Fecbner formule dans les termes suivants : lorsque des excitations, différant en

Page 1