Liîhmami, loc. cit., [). 238 à 2S
3ii2 L'ESTHÉTIQUE DE KANT
tives et négatives, ([ui, en se fusionnant, se compensent mutuellement. Ainsi, devant une œuvre d'art médiocre, tant que nous n'essayons pas, par une tension volontaire de notre attention, d'en (lécouvrii* les drlaiils, les éléments émolionnels, dus à la contemplation, se fondront en un sentiment composé qui sera un sentiment faible de plaisir ou de peine ; les éléments de plaisir prédominent-ils, le sentiment tout entier sei'a timbré agréablement et inversement; mais, en tout cas, le timbre restera toujours faible, ce qui prouve bien que le plaisir et le déplaisir s'y compensent. Il en va tout autrement pour les sentiments mélangés, dans lesquels, nous le savons, malgré l'intimité de la liaison contractée par les éléments de plaisir et de peine, il nous est cependant encore possible d'observer séparément chacun des deux éléments qui constituent le mélange, vu que, sans cela, nous ne les appellerions pas des sentiments mélangés. Ces sentiments mélangés, à rencontre des sentiments associés superficiellement, peuvent atteindre une grande intensité, et l'accroissement d'intensité de l'un des deux facteurs entraîne un accroissement d'intensité équivalent de l'autre. C'est ainsi que le plaisir d'une ascension est d'autant plus grand qu'elle est plus dangereuse, et que, comme l'a merveilleusement exprimé le Dante dans les vers célèbres :
Nessun maggior dolore, Chc ricordarsi dcl tempo felice Xella niiseria.
« Il n'est pas de plus grande douleur que le souvenir d'une grande joie au milieu d'actuelles souffrances, » ce que nous traduisons, par rapport à la question qui nous préoccupe, en disant que, dans un sentiment mélangé, plus le sentiment de plaisir qui constitue Tun des éléments du mélange est intense, plus vif est le sentiment de peine qui en constitue l'autre '.
4° Après avoir étudié successivement la dépendance du sentiment de rintensité et de la durée de la représentation timbrée, et ensuite sa dépendance de représentations extérieures avec les trois cas de la similitude et de la dissimilitude de nature de la représentation timbrée et des représentations qui la modifiaient, avec identité de l'objet et la différence de l'objet, nous voici arrivés à la dernière série des lois empiriques du sentiment, c'està-dire à l'élude de la dépendance du timbre émotionnel de représentations extérieures dues à l'association. Nous avons eu, dans cette étude du sentiment esthétique, l'occasion de parler, à différentes reprises, du rôle considérable joué par l'association dans