Ibid., p
l'existence*. Par conséquent, sans examiner la genèse des différentes gammes à cinq sons, des gammes chromatiques, diatoniques, etc., ni les différents modes employés par les Grecs, le moyen âge et les temps modernes, nous pouvons conclure que pas plus quïl n'y a de lois esthétiques absolues, indépendantes du temps et de l'espace, pour les assemblages des couleurs et pour les groupements des formes, il n'en saurait y avoir pour les assemblages des sons. Dans la musique comme dans la peinture, le libre talent de l'artiste, formé par les différentes influences physiques et historiques qu'il a subies, triomphe des lois physiques et physiologiques, se les soumet au lieu de se subordonner à elles, et les fait servir, comme des instruments, à la réalisation d'un idéal librement choisi et librement exécuté.
Nous venons de montrer pour les deux facteurs que, pour la commodité de notre examen, nous avions distingués dans l'impression esthétique, pour le facteur sensible et pour le facteur formel, que non-seulement toute universalité et toute nécessité véritable et rigoureuse du sentiment du Beau est inconcevable, mais que même cette universalité et cette nécessité « supposée et comparative », que Kant traite avec tant de dédain, est inadmissible. Si maintenant nous examinions le troisième facteur de l'impression esthétique, c'est-à-dire le facteur associé, il est évident que là l'instabilité et la contingence du sentiment du Beau sont infiniment plus grandes encore. Nous avions séparé dans ce facteur associé lui-même, le facteur associé direct du facteur associé indirect. Or, si pour le premier, l'on est encore fondé à réclamer une adhésion unanime, si devant les objets naturels dont la vue nous est familière, on peut prétendre légitimement à ce que tous les spectateurs joignent aux sensations qui émanent d'eux les mêmes images et les mêmes concepts, ii est évident que pour le second, pour le facteur indirect, on ne saurait demander rien de pareil, et que là l'association dépend de l'expérience individuelle de chacun d'entre nous. Quant au symbolisme sympathique auquel nous avions subordonné et réduit en dernière analyse les trois éléments sensible, formel et associé, il est hors de doute que pour lui aussi, comme pour chacun de ceux-là en particulier, l'universalité et la nécessité, et même la généralité ne peuvent être soutenues : il dépend de chacun d'entre nous de donner aux choses mortes la vie et la personnalité qui en font des objets esthétiques, et chez chaque contemplateur cet acte de création peut s'opérer différemment. Nous pouvons donc conclure en toute certitude que, non-seulement le