PROPOSITION GRAMMATICALE
No. 1. Les vérités que je vais exposer, ne sont pas nouvelles, puisqu’elles doivent nécessairement se trouver dans toute langue quelconque, et qu’elles y forment le fil grammatical de la pensée, ou l’ordre des éléments de l’expression que l’esprit suit, même à son insu, aussi régulièrement que la nourriture se digère et se distribue intérieurement sans la participation de notre volonté. Ces vérités auraient déjà porté les beaux fruits, si elles n’avaient pas été plus ou moins obscurcies et défigurées par toutes nos vieilles méthodes grammaticales, dont je ferai voir les défauts les plus essentiels.
2. Lorsqu’en 1843, je publiai mon essai d’Analyses Grammaticales, suivant les principes de l’Abbé Girard, j’expliquai dans la préface qui accompagne cet ouvrage, la théorie des principes qui font la base de ma méthode en ce genre. En différentes dissertations, je me suis efforcé de démontrer la supériorité de ces principes. Près d’un siècle s’est écoulé depuis que ce profond grammairien a terminé sa carrière. Après l’abbé Girard, quelques notions lumineuses ont été aperçues par quelques idéologues et grammairiens. Je ne dis pas qu’ils en ont vu toutes les conséquences ; mais je crois que ces notions peuvent servir à confirmer les principes fondamentaux de la grammaire de notre savant Abbé ; si toutefois, ce ne sont pas ses propres idées déguisées sous une forme qui leur donne une apparence de nouveautés. La plus féconde et intéressante de ces notions est que toute proposition peut se diviser en deux parties, le sujet et l’attribut. Par exemple : Dieu est bon, nous offre une proposition, dont Dieu est le sujet, et
est bon l’attribut, sans aucune copule : c’est le sentiment, entre autres, de Dumar$ais, de Beauzée, et de M. N. Landais. Démontrons cette vérité.
Division de la proposition en deux parties. ,
3. Dans la nature nous observons toujours deux choses bien distinctes, des êtres physiques ou des êtres moraux, et les évènements qui concernent ces êtres. Par évènement on entend, tout ce qui a lieu, tout cc qui arrive, tout ce qui se passe dans le monde, evenit. Le nombre des évènements est certainement beaucoup plus multiplié que celui des êtres, puisque lon peut remarquer une infinité de faits ou évènements, qui sc rapportent à un seul être. Sur la terre nous ne voyons rien d’invariable : le temps semble entraîner chaque chose vers sa fin; ainsi, Dieu excepté, disons que tout passe. Comme on ne peut parler que de ce que l’on connaît, on ne peut donc parler que d’êtres, ct des évènements qui les concernent. Ces êtres sontles sujets de toutes nos pensées, et ces pensées sont les résultats des impressions faites dans le siège de notre entendement, par la perception de ces évenements. Lorsque par le secours des mots, nous exprimons et les sujets, et ce que nous pensons relativewcnt à ces sujets, nous énonçons ce qu’on appèle des propositions. L’expression de la pensée relative à un sujet, s’appèle attribut: d’où il s’ensuit nécessairement que toute proposition doit contenir un sujet et un attribut. Il est bon d’observer que parle mot attribut, en fait de grammaire, on entend tout simplement ce que lon dit relativement au sujet: et, par conséquent, qu’attribuer quelque chose à une personne ou à uue chose quelconque, c’est dire quelque chose relativement à cette personne, ou à cette chose. D’après ce qui précède, il est évident que l’on a beaucoup trop raisonné sur Ja proposition, et qu’on l’a obscurcie, en l’enveloppant d’observations et de prétendues règles de logique. Mais la proposition considérée sous son point de vue grammatical et étymologique, pro ponere, exposer, est l’énonciation de ce que l’on rencontre ou découvre dans la nature. Aussi, suivant les principes dé l’abbé Girard, range-t-on la proposition au nombre des phrases détachées et expositives. Girard ne parle pas ex professo de la proposition ; mais si l’on veut faire une distinction entre la proposition ét la phrase, on peut dire que toute proposition est une phrase, mais que toute phrase n’est pas une proposition. Pour que la proposition conserve cette dénomination, il faut qu’elle ne dépasse pas les limites que lui presctit l’origine quenous venons de lui assigner, autrement, sous un point de vue idévlogique, elle perd cette dénomination pour prendre celle de phrase, qui est la seule sous lequelle la grammaire particulière, la considère.
4. De ce que nous venons de dire, il s’én suit que la proposition est l’élément primitif de tous nos discours: que les phrases impératives, les phrases interrogatives, et les phrases négatives .ne sont pas des propositions, mais des transformations de propositions. Un seul exemple suffit pour prouver cette assertion. Voici une
propositior tenant : dans votre et vous a:
transformi:
plus facil rentes part cier le sen:
position.
5. La dé essentieller Puisque cet où l’avaien verbe et s taires, en :
cuper, Die:
sujet, bon, 1 est proprem sujet. Ile Pattribut, p ou affirmat:
prétendaien proposition, absurdité e quemment € Laneelot la négation | ment d’accoi prochant une convenance il serait souv faits l’esprit suppose au n génies de not sciences natt celui qui tou nent, ne voie de muscles? :
de la pensée.
celot qui cars ment dans to proposition pe tout simpleme qu’on rencont
; 6. Si l’on «
dénommées de
n0S nouveaux
prendre de fai ne citerai que
proposition : Vous vous promenez dans voire jardin: Dites maintenant: Promenez vous dans votre jardin: Voyé promenez vous
pe dans votre jardin? Vous ne vous promenez pas dans votre jardin ; et vous avez trois différentes phrases qui évidemment sont des transformations de la précédente propos'iion ; puisque rien n’est plus facile que de reconnaître, dans ces trois phrases, les diffées rentes parties de cette proposition ; et que l’esprit ne saurait appréts cier le sens de ces phrases s’il ne peut comprendre celui de la proe i position.
5 5. La découverte de la division de la proposition en deux parties up essentiellement distinctes, promet les plus heureux résultats, jér puisque cette évidente vérité tend à désabuser le public de l’erreur eul où l’avaient entrainé les écrivains de Port Royal, sur la nature du aps verbe et sur l’analyse de la proposition. En effet ces pieux solité, taires, en analysant la proposition dont nous venons de nous oeque cuper, Dieu est bon, la divisaient en trois parties, savoir, Dieu, le ne sujet, bon, l’attribut, et est, la liaison ou copule, qui, suivant eut, nos est proprement l’action de notre esprit qui affirme l’attribut du ites sujet. Ilest facile de voir que cette doctrine exclut le verbe de yê= Vattribut, puis qu’afin de toujours retrouver leur prétendue copule, et ou affirmation dans le verbe esé, et un adjecif pour attribut, ils ous D prétendaient très bien expliquer une phrase, en substituant à une e la proposition, par- exemple, il chante, cette autre, Il est chantant : né- absurdité et barbarisme encore pratiqués en France, et consétun quemment en Canada.
it de Lancelot ne voyait un jugement que dans l’affirmation ou dans ive- la négation de la proposition. Mais maintenant on est générale- Le à ment d’accord qu’un jugement à lieu chaque fois que l’esprit raphose prochant une idée d’une autre, décide qu’il y a, ou qu’il n’y a pas à qui convenance entre elles. En sorte que dans une seule proposition rla il serait souvent fort difficile de compter touts les jugements qu’a ions faits l’esprit avant de se déterminer. L’emploi d’un seul mot nsie suppose au moins un jugement : aussi Cuvier un des plus profonds pro génies de notre siècle, dir-il, dans son rapport sur les progrès des dé- D sciences naturelles, page 253: ‘ qui peut nier que l’homme qui lit, Lbbé celui qui touche de l’orgue, celui qui fait des armes, ne se souvienhées nent, ne voient, ne jugent, et ne raisonnent à chaque contraction ion ; A de muscles? Sans doute, c’est-là surtout que se montre la rapidité
de la pensée. ” Ainsi ce n’est pas ce jugement dont parle Lancelot qui caractérise la proposition, puisqu'il se manifeste également dans toutes les autres formes du discours, et qu’une seule proposition peut et doit contenir plusieurs jugements; mais c’est tout simplement, comme on vient de le voir, l’énonciation de ce qgv’on rencontre ou découvre dans la nature.
Division de l’attribut en quatre parties.
6. Si l’on demande à diviser l’attribut en différentes parties, dénommées de manière à caractériser leurs fonctions spéciales, nos nouveaux grammairiens nous répondent qu’ils n’osent entreprendre de faire de semblables distinctions. Sur cette question je ne citerai que la troisième édition de la Grammaire Générale, ou
résumé de toutes les grammaires françaises par M: Napoléon Landais, page 401, où: il est dit que atte alstinction: pr pas nécessaire pour l'intelligence des règles de la syntaxe. Notre grammairien croit cependant qu’il importe essentiellement de savoir distinguer, entre les différents compléments que peut avoir un verbe, celui qu’il appèle le complément immédiat. Je cite ici M. Landais par le seul motif de faire voir au lecteur, que, sous Je point de vue grammatical, on n’est guère plus avancé en France | qu’en Canada.
Le 7. Je vais donc tâcher de suppléer au défaut de la grammaire de M. Landais, et de toutes les nouvelles grammaires publiées en France et prouver jusqu’à l’évidence, que si en France on eut pris la peine de consulter attentivement la grammaire de l'abbé Girard, nos nouveaux grammairiens français auraient trouvé le moyen de donner des dénominations d'imré aux mots et aux groupes de mots, qui assistent le verbe à former l’attribut, lorsque ce dernier est composé. . Quant à lutilité de ces dénominations spéciales, on la trouvera dans les dix règles du régime constructif, ou des membres de la phrase, que nous donnons en notre nouvelle édition des analyses grammaticales.
8. Remarquons ici que la proposition étant ordinairement réputée dü don:aine de la logique, ou si on l’aime mieux, de livres décorés du titre de logique, on doit se transporter sur les champs de la grammaire, pour faire une division de l’attribut, laquelle semble avoir été hors de la portée des philosophes de l’antiquité, et même de la plupart des idéologues modernes. C’est d’après cette explication que je me permets de me servir des mots proposition, phrase, membre de la phrase, comme je le trouve convenable à mon sujet.
Le profond Girard qui en fait de grammaire ne prenait pour guides que la nature et l’usage, pose en principe que “ esprit humain comme copiste de lu nature, imagine conformément aux manières dont celle-ci opère, et que c’est dans la forme de concevoir qu’il faut chercher et trouver celle de parler. *? C’est en suivant ces principes de notre incomparable grammairien que j’ai démontré la division de la proposition grammaticale, et c’est par le même moyen que je vais démontrer la division de l’attribut, lorsque ce dernier est composé.
9. Depuis plus de vingt siècles, les philosophes et les grammairiens ont considéré le verbe comme le mot par excellence; mais c’est Girard qui en a le plus clairement expliqué la nature et les fonctions. ‘orsque ce grammairien considère le verbe en lui-même, il dit qu’il peint l’évènement : et lorsqu’il le considère employé dans une phrase à un de ses modes adaptifs, il s’appèle attributif, c’est à dire comme attribut, quand l’attribut est simple, et comme la principale partie de l’attribut lorsque cet attribut est composé. On peut aussi remarquer, qu’ordinairement le verbe se place à la tête de l’attribut.
10. Girard n’explique pas pourquoi, en ce cas, il donne à Pattribut une terminaison en if. C’est, sans doute, parce que les mots infinilif, gérondif, subjonctif, nominatif, génitif, &c., frappent si souvent l’oreille quand on étudie le français et surtout
avons déjà allons voir 11. L’a de la phrase circonstance comme les ; la question ela propos besoin de c« comprend l’:
mouvement ( c’est un prin sition nous n la phrase, sa:
le circanstan de la phrase quons l’accor de nos sens, quel nous fou qui précède subjectif de 1 reste donc pli constanciel.
nature, les ba tent le verbe 12. Comme est destiné à est spécifié.
6 passage sui par sa présen sens, ou qui s les objets de 1:
l'odeur, de Pd e bien est L’ot le Dictionnaire de grammaire Pobjet imméd phrases ou pro € murmure de pas touché le 4 le bout du dois portent. Rem du verbe, que longtemps, ce siècle, en Fra adopter celle dé Minatifs, &c.
di
le latin, que de donner nne: semblable t- . inaison à une expres-
. sion, semblait à notre auteur le revêtir & : espèce d’uniforme de otre la grammaire, et par conséq'ient préver:. ie lecteur que c’est une voir expression technique de l’art grammatical ! Ce que nous disons ici “un M de lattributif, s’applique au sujet. de la proposition dont nous ici avons déjà porlé, et à touts les membres de la phrase, dont nous 18 le allons voir l’énumération. | ance 11. L’abbé Girard compte sept membres ou parties constructives
de la phrase, le subjectif, l’attributif, l’objectif, le terminatif, le aire circonstanciel, le conjonctif et l’adjonctif, que l’on peut considérer s'en comme les grands types de l’expression de la pensée. : Simplifions pris la question autant que possible. Le conjonctif ne fait pas partie rard, dela proposition, puisqu’il se borne à lier les propositions quand le en de besoin de ce lien a lieu pour former la période. L’adjonctif, qui es de comprend l’apostrophe, l’interjection, et enfin tout ce qui exprime le rnier mouvement d’âme,suivant Girard, n’est pas essentiel à la proposition; 8, On c’est un principe admis de toutes parts. Pour l’analyse de la propou des sition nous n’avonus donc plus besoin que des cinq autres membres de dition la phrase, savoir, le subjectif, l’attributif, objectif, le terminatif, et
le circanstanciel. Dans ce nombre des cinq espèces de membres at ré- de la phrase qui peuvent concourir à former la propusition, remarlivres quons l’accord des premiers éléments de l’expression avec le nombre hamps de nos sens, et avec celui des doigts de chacune de nos mains, lequelle D quel nous fournit le moyen le plus facile de calcul. D’après ce. ité, et qui précède nous pouvons dire que nous connaissons Je sujet ou s cette subjectif de la proposition, ainsi que son attributif. Il ne nous silion, reste donc plus qu’à expliquer l’objectif, le terminatif, et le cir-
able à constanciel. Voyons maintenant s1 nous pouvons trouver dans la nature, les bases de ces trois grands types de l’expression, qui assistent le verbe dans la formation de l’attribut.
12. Commençons par l’objectif. C’est, suivant Girard, ce qui est destiné à représenter ce que l’attributif a en vue, et par qui il est spécifié. Le Dictionnaire de Trévoux, au mot objef, contient le passage suivant : “ L’objet est ce qui nous touche et nous émeut par sa présence ; ce qui est opposé à notre vue, ou qui frappe nos sens, ou qui se présente à notre imagination. ... Les couleurs sont les objets de la vue, le son est l’objet de l’ouie, la saveur du gout, l'odeur, de l’odorat, &c. Le vrai est l’objet de l’entendement,
gram- le bien est l’objet de la volonté.” Ajoutons à cette citation ce que lence ; le Dictionnaire de l’Académie dit au mot Actif. ‘ Actif en terme nature de grammaire se dit des verbes qui expriment une action dont erbe en VPobjet immédiat est énoncé ou sous-entendu.”’ Ainsi dans les phrases ou propositions suivantes : je vois un homme, nous écoutons le murmure de la cascade, ce courtier goûte bien le vin, il ne lui a pas touché le bout du doigt ; un homme, le murmure de la cascade, le bout du doigt, sont les objectifs des verbes auxquels ils se rapportent. Remarquons ici que le Père Bufñier connaissait l’objet du verbe, que les grammaires anglaises connaissent depuis très. longtemps, ce membre de la phrase, mais que depuis près d’un siècle, en France, on a cessé d’employer cette expression r , adopter celle de complément immédiat, de régime direct, de détersurtout Æ minatifs, &c. Ce que l’on doit considérer comme un pas rétro-
t pour d'esprit taux cevoir suivant ’ai dét par le t, lors-
air
” grade dans l’ért grammatical. Puisque j'ai parlé des gramniaires anglaises, qu’il me soit permis d’ajouter tout , suite, que celles de
Lonthet de Murray, en t de la ponctuation, reconnaissent comme ad) du verbe, ! le terme, et la circonstance de ee de lieu, de manière, ets.