‹ Essai d'analyse psycho-sensorielle et de psychogénie scolaireChapitre 131 sur 139 · A ER · texte numérisé non relu

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rie de Binet sur son conditionnement émotif. Elle est, en quelque sorte, un réflexe évolué, perfectionné, transmué même, par l’auto suggestion, comme nous l'avons indiqué, grâce à une activité synergique complexe dont C et J avec K seraient les principaux éléments.

La prédominance visuelle féminine reste très accusée depuis la dixième année. La première modalité d'imagination, dite représentative, où la synergie VK joue un rôle capital, reste étroitement liée à ces deux éléments; l’apport dynamique de l’association d'idées qui progresse, va faire éclore l’imagination créatrice avec l’aide du symbolisme. Les filles ne paraissent pas avoir encore dépassé la première étape psychogénique du Jugement conceptuel basée sur la catégorisation spatiale, donc sur le jeu (VK) des images visuelles. Cependant l’enquête sur les rêves a permis de voir que la deuxième étape, conditionnée par la synergie auditive, commence alors de se manifester chez elles. :

Encore subconsciente, vacillante et capriciéuse, pointe leur volonté .qui est d’abord la préoccupation des examens basée sur l’amour-propre dont il ne faut point médire. N’est-il pas cénesthésique et moteur à la fois? Ne joue-t-il pas un grand rôle dans la formation de la conscience? Les manifestations cénesthésiques concomitantes prouvent qu'elles restent supérieures-à ce point de vue. Elles le sont aussi pour le symbolisme et l'esthétique. Rien de surprenant à cela, car une synergie opto-cénesthésique en est le fondement probable. .

En résumé, les garçons deviennent alors plus conceptuels et volitifs, tandis que les filles restent affectives et plutôt artistes. Tenons bien compte de ces indications naturelles, si on les vérifie ailleurs, afin de ne pas aller imprudemment

‘trop loin dans la voie anglo-saxonne de l’éducation unique et

asexuelle. C’est peut-être un grand danger qu’il appartient à l’esprit français de conjurer. M. Ch. Blondel écrit justement (Traité de Dumas, H, 535) : « La mode a beau être de ne plus faire de distinction entre les hommes et les femmes, il n’en est pas moins vrai qu’à la puberté, le moi prend un sexe comme le corps. » Gette sexualisation psychique commence même à 5 ans, comme on l’a vu d’après nos tests.

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

La courbe féminine de cet âge est plus harmonieuse, plus régulièrement progressive, et le brusque progrès masculin amène un rapprochement. C’est en pleine crise pubertaire que les différences sexuelles s’atténuent. Cette formation intime et profonde, dont les pédagogues et les psychologues ont négligé la très grande importance, en général, jusqu’à présent, favorise la distraction dans les deux sexes. Elle nuit au premier schématisme perceptif; mais c’est pour ménager, semble-t-il, l’éclosion définitive du schématisme conceptuel qui suppose nécessairement la réflexion et la méditation.

C’est, en effet, l’époque des rêveries vagues et parfois dangereuses. Il convient alors de ne pas surmener un corps en pleine crise. Nous sommes personnellement reconnaissant encore à nos parents et à notre vieux médecin d’autréfois, de nous avoir imposé alors un an d'interruption dans nos études, interruption qui fut vite rattrapée. Tous les maîtres reconnaissent que les classes peuplées d'adolescents de 12 à 13 ans, sont particulièrement ingrates. Nous nommerions volontiers cette période importante et grave : « d’incubation » Elle correspond au début de la période de pleine action cénesthésique qui conditionne l’éclosion de la conscience totale ou morale. Celle-ci ne saurait exister sans le schématisme conceptuel et l’aptitude à la réflexion, dont nous venons de parler.

Aussi la comparaison des diagrammes If et III montre-t-elle que cette époque est loin d’être négative. C’est parce que des transformations organiques profondes se produisent. que des anastomoses et des synergies nouvelles doivent se créer, qu’un affaissement général se constate. Cet affaissement du tonus musculaire se traduit par la régression kinesthésique. Pour toutes les raisons déjà exposées, il doit forcément se répercuter sur l’accommodation tympanique et la puissance synergique de l'audition. On pourrait dire que l’activité cénesthésique accapare la majeure partie du potentiel humain au début de l'adolescence. Toute métamorphose suppose une ineubation préalable. |

En revanche, le graphique du cycle conceptuel se développe.

Le sens quantitatif a doublé; de même, les jugements logiques ont gagné 100 pour 100. Dans sa chrysalide, la « psuchè » enfantine acquiert déjà les ailes puissantes du « nous ».

Le principal défaut des programmes officiels, c’est leur méconnaissance absolue de la période pubertaire. Habitude absurde : c’est le moment où la plupart des familles songent à mettre leurs enfants pensionnaires. Nulle autre époque ne pourrait être plus mal choisie. L’absence des conseils maternels pour la jeune fille, les camarades vicieux pour le jeune homme, autant de dangers qu’il importe de signaler aux parents, comme aux pouvoirs publics, dans l’intérêt même d’un pays qui s'énerve trop. Pour revenir aux instructions officielles, c’est tout juste si elles conseillent, dans les établissements féminins, la modération des exercices physiques à cette époque et la nécessité d’un matériel convenable pour la toilette. Encore ces prudentes et sages mesures ne remontent-elles pas au delà d’une décade environ.

Il est complètement irrationnel de placer à cet âge des examens (comme ceux des bourses) qui exigent un très gros effort et décident, en un jour plus ou moins propice, d’une carrière, d’une vie. Tout cela devrait être reporté à la treizième année. Ce ne serait pas du temps perdu, au contraire. Depuis que l’examen du certificat d’études primaires a été retardé jusqu’à 12 ans, les résultats immédiats et lointains n’ont été que meilleurs. Il n’y aurait aucun inconvénient à le retarder encore et le rendre moins livresque en même temps. L’accès de l’enseignement secondaire n’en serait pas plus difficile si l’on comprenait mieux ce qu’exige une éducation intégrale et rationnelle, établie d’après l’étude scientifique de l'enfance et non exclusivement selon la tradition évidemment respectable, mais parfois trompeuse. Nous aboutissons ainsi à l’éternelle question des programmes et du surmenage, de la fatigue scolaire.

Alfred Binet, avec ses premiers collaborateurs de l’Année psychologique, a prouvé que la fatigue physique, loin d’être toujours une diversion salutaire au travail intellectuel, comme

on le croyait, s'ajoute souvent à la fatigue intellectuelle et en aggrave les effets”.

Or, la fatigue de l’époque pubertaire est organique et con-

tinue. Pourquoi ne pas en tenir compte? Il conviendrait de supprimer, ou tout au moins d’alléger considérablement le travail scolaire dès le commencement de la crise. Nous n'avons pas besoin d’insister sur l'importance toute particulière de l’inspection médicale à cet âge.

A défaut, le maître le moins psychologue est obligé‘de constater une distraction chronique, très difficile à combattre, qui tient à cette rêverie vague dont M. J. Payot signale les effets néfastes dans son Education de la volonté. Nous l’avons expliquée déjà par l’accaparement véritable d’énergie que produit alors la prédominance cénesthésique et la mise au point d’un dyna-

misme comme d’un schématisme nouveaux.

Bref, nous sommes dans une période de déficience physiologique autant qu'intellectuelle, accusée par le fléchissement de toutes les courbes, la disparition ou le ralentissement désespérant de tout progrès sérieux. C’est la période ingrate, bien connue de ceux qui exercent dans les cours supérieurs des écoles primaires. Une discipline trop sévère ne guérirait pas ce mal, au contraire. Jamais l’enfant n’a eu plus besoïn d’une ambiance affectueuse. Il ne s’agit point de mauvaise volonté, de paresse délibérée, mais d’impuissance physio-psychologique. Les travaux de Voronoff, qu'il convient de prendre au sérieux en dépit de leur caractère spécial, ceux de son admirateur, le chirurgien Dartigues surtout, prouvent que la formation et l’activité des tissus sexuels exerce une énorme influence sur le tonus général et l’intensité de la vie mentale.

1. G. Dumas et Piéron (Traité de psych., I, p. 309) ont constaté, au laboratoire de psychologie de Sainte-Anne, à Paris, que, pour un travail exécuté dans les mêmes conditions, les courbes de fatigue musculaire prises à l’ergographe de Mosso, et les courbes de fatigue de l’attention, prises au chronoscope de d'Arsonval, présentent les mêmes ondulations et les mêmes chutes comme si le sujet avait, dans l’ordre physique et dans l’ordre mental, la même formule de dépense. II faut cependant tenir compte de l'observation qualitative de Kraepelin : le travail intellectuel d’une heure augmente le nombre des soulèvements, tandis que la promenade ane hote diminue le tra-

vail. La conclusion, c’est qu’un équilibre, dont les normes restent à fixer, s'impose.

Tout ceci résulte aussi des célèbres travaux de Gley sur les hormozones. Ces découvertes ont exercé, sur la physiologie psychologique, une influence qui ne fait que croître, Une étude plus attentive et systématique de la période pubertaire, menée en collaboration étroite entre physiologistes, médecins, éducateurs et psychologues, s’impose à l'attention de ceux qui dirigent l'éducation nationale, Mais il convient d'attendre des résultats moins discutés en physiologie endocrinienne.

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